Cette exposition avec entrée libre qui était de passage à Sudbury, les 7, 8 et 9 octobre derniers, au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury (CSCGS), était présentée dans des petites valises, fabriquées pour la plupart par l’artiste plasticienne de Curran, Mme Line Labrecque, et «accompagnées de capsules vidéo pour permettre un voyage immersif dans le temps». Présentes pour accompagner cette exposition étaient la directrice générale de L’UCFO, Mme Janie Renée Myner, et la présidente provinciale du conseil d’administration, Mme Sylvie Gravelle. Chacune, à tour de rôle, expliquait le contenu des valises avec le parcours des femmes franco-ontariennes au cours des décennies, depuis le début du siècle jusqu’à aujourd’hui. Elles encourageaient les participants.es à écouter les capsules audios.
Les dioramas étaient accompagnés de rappels comme des carreaux de courte-pointes avec le vert comme couleur dominante, comme dans le drapeau franco-ontarien. L’application des codes QR permettait d’agrémenter la visite et d’entendre la description de l’histoire derrière chaque valise, ainsi qu’un témoignage enregistré pour représenter l’époque.
De gauche à droite : Sylvie Gravelle, présidente provinciale du conseil d’administration de l’UCFO, et Janie Renée Myner, directrice générale de l’UCFO.
Entre 1912 et 2040 !
L’exposition a couvert des évènements marquants entre 1912 et 2040, eh oui, 2040, car on a même imaginé à quoi on peut s’attendre dans un avenir proche. Ci-dessous, vous trouverez une version décrite abrégée de l’exposition.
La toute première valise représente le Règlement 17 avec une scène de ferme miniature où les écoliers ne pouvaient pas recevoir leur éducation en français (les leçons devaient se faire strictement en anglais, comme dictée par la loi. L’inspecteur qui «incarne l’autorité du Règlement 17 et la menace constante de voir les pratiques d’enseignement clandestines découvertes» vient en visite pour s’assurer qu’on respecte cette loi. Les familles utilisaient des moyens ingénieux pour dissimuler toutes formes de preuves au contraire, par exemple en cachant des livres français dans des bottes de foin. Le clergé occupait un rôle important pour soutenir les familles franco-ontariennes «dans leur volonté de préserver l’enseignement du français».
La prochaine capsule audio faisait part du début de l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes. Il faut noter que pour mieux comprendre tous les enjeux, il y a tout un historique chronologique derrière l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes, telle qu’elle existe aujourd’hui. Mme Myner l’explique : «l’Union des Cultivateurs Franco-Ontariens est née en 1929. Les hommes se rencontraient dans une salle, puis les femmes se rencontraient dans la salle à côté. Mais dans ce temps-là, ce sont les curés qui disaient à tout le monde ce qu’ils pouvaient faire. Mais, les curés disaient moins aux hommes comment ils étaient pour faire, cultiver leurs fermes, que ce qu’ils disaient aux femmes. Les femmes, après un bout de temps, se sont décidées à créer leur propre organisme. Donc, en 1936, elles ont créé l’Union Catholique des Fermières».
Garder sa dignité
Ensuite, on parle de 1945 où plusieurs femmes ne reverront pas leurs époux, décédés au front pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les veuves doivent persévérer par elles-mêmes, sans électricité ou services, pour subvenir aux besoins de la ferme et de leurs enfants. «C’est comme ça qu’on survit nous les veuves, on échange, on s’entr’aide», comme, par exemple, faire labourer un champ en échange d’un porc à l’automne, ou même avoir quelqu’un pour faire les foins en échange de beurre et de fromage pendant la saison estivale. «On demande pas la charité, mais des services contre des services» et «on garde notre dignité même quand tout est difficile».
En 1960, c’est au tour d’extraits du journal de Sœur Marie Claire qui relate comment se déroulait sa salle de classe au couvent, dans le système scolaire du temps, avec l’inscription «L’école, gardienne de la foi et de la langue» qui résume bien l’époque. «À travers cette scène minutieusement reconstituée, la valise raconte bien plus qu’une journée dans une salle de classe des années ’60. Elle évoque une période où l’école représentait à la fois un lieu d’apprentissage, de transmission de la langue et de la foi, mais aussi un espace où s’amorçaient les changements qui allaient transformer profondément la société franco-ontarienne.»
Une décision difficile
En 1969, la présidente à l’époque s’appelait Estelle Huneault. Elle pensait qu’il semblait qu’on empêche plein d’autres femmes de joindre nos rangs parce qu’on a deux critères particuliers. «Ce n’est pas juste des fermières, les femmes qui veulent se joindre à nous. Puis, si on garde le critère catholique, on n’a pas accès à autant de subventions, puisqu’ on n’est pas inclusives.» Donc, elles ont décidé de changer leur nom à l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes. Ce fut une décision difficile. Quelques cercles de l’est se sont séparés pour former une autre association : L’association des fermières de l’Ontario. Mais l’UCFO perdure encore depuis ce temps. Et donc, cette année, on célèbre 90 ans d’existence.
La prochaine valise «La voix au bout du fil» représente l’histoire de Mimi, une téléphoniste d’une centrale téléphonique Bell à Hawkesbury, qui a fermé ses portes en 1972. Cette capsule audio est particulière : on doit lever le combiné du téléphone à cadran pour entendre l’histoire de Mimi qui, à 81 ans, se remémore son travail indispensable à titre de téléphoniste, avant que les appels interurbains ne soient composés directement. Mimi se considérait comme non seulement une téléphoniste à l’époque mais comme une des «gardiennes des connexions humaines».
L’éveil de la conscience féministe
En 1975 est déclaré par l’ONU comme l’Année internationale de la femme et c’est aussi l’année de la création du drapeau franco-ontarien à Sudbury! C’est la toute première fois où une femme peut ouvrir son propre compte de banque et faire la demande d’un prêt sans la permission de son époux, «symbole concret de son autonomie». Cette valise possède, entre autres, des appareils électro-ménagers, un téléviseur, preuves d’un certain confort à l’époque.
C’est en 1978 que «le gouvernement de Bill Davis dépose un premier projet de loi sur les services en français». Cette prochaine valise démontre «comment le militantisme linguistique est né autour d’une table de cuisine, entre le thé et les tâches familiales». Cette même année, «les femmes obtiennent un congé de maternité de 18 semaines».
La loi 8 en 1989 est mise à exécution : elle existe depuis 1986 grâce à Bernard Grandmaitre. Cette loi «garantit au public le droit de recevoir des services en français de la part des ministères et organismes du gouvernement de l’Ontario». La capsule audio qui accompagne le diorama relate le cas d’une dame âgée francophone qui réussit pour la toute première fois en 1989 de rejoindre le gouvernement en s’exprimant en français au téléphone, ce qu’elle considère comme sa «journée de dignité» qui, en même temps, lui a redonné confiance en elle-même.
Cette valise représente la Loi 104 de 1997 qui accorde aux Franco-ontariens la pleine gestion de leurs écoles.
Des dates décisives
La prochaine valise représente une destinée scolaire et institutionnelle. C’est en 1997 que la loi 104 «accorde aux Franco-Ontariens la pleine gestion de leurs écoles». On y remarque également la défense du combat de l’Hôpital Montfort, mené par une femme, Gisèle Lalonde, sous la devise «Montfort, fermé, jamais».
Les 400 ans de présence française en Ontario sont célébrés en 2017. La capsule audio relate également le mouvement #moiaussi, qui dénonce les abus jusque-là non-déclarés par les femmes, de peur de représailles. Enfin, la parole est libérée sur la place publique et les femmes prennent l’opportunité de dire, de dénoncer, de réclamer une vie sans violence et sans peur. Il faut admettre qu’on a toujours du chemin à faire en ce qui concerne la violence genrée.
Mars 2021 représente le confinement forcé de la pandémie du COVID. La capsule audio relate le journal d’une maman francophone et de son expérience en confinement avec son fils où ils ont «survécu en français». C’est aussi le moment où on popularise le concept de «charge mentale» des femmes.
L’exposition à ce point-ci fait place à «L’arbre de partage» où ceux et celles qui y ont assisté avaient la chance d’écrire un mot, un commentaire, une idée, une suggestion et de l’accrocher à l’arbre à cet effet, avec la chance de gagner un prix. La capsule audio contenait également un message de remerciement ainsi qu’un message d’espoir : «L’histoire des femmes franco-ontariennes n’attend plus d’être écrite. Elle existe désormais, vivante et vibrante, grâce à nous toutes».
L’avenir ?
Et qu’est-ce que l’avenir réserve? Voilà où l’on découvre à la fin de l’exposition une des composantes de ce qui pourrait nous attendre, en l’an 2040, avec l’intelligence artificielle. L’exemple dépeint une agricultrice sur son tracteur qui semble avancer par lui-même où elle regarde plusieurs drones qui captent sur un écran des images de différents champs de semence et l’état de santé de chacun d’eux, à mesure qu’elle avance.
Et l’idée de se servir de valises pour présenter cette exposition? Mme Myner explique : «Généralement, c’est parce que ça représente beaucoup la symbolique des vies de femmes, on faisait sa valise pour aller étudier au couvent, on faisait sa valise pour faire l’école normale, on faisait sa valise pour prendre mari et pays…».
«Cette tradition où les femmes voyageaient, elles étaient toujours ancrées dans la famille de leurs conjoints. Donc, ça représentait pour nous beaucoup les parcours de femmes. D’un autre côté, l’opportunité d’avoir des dioramas ou de représenter des tranches de vie à travers toutes ces valises-là, vu que c’était un contenu qui pouvait être transportable, qui pouvait être présentable à n’importe quel genre de public, on s’est dit que ça serait une bonne idée de générer des scénarios».
L’UCFO, qui fête ses 90 ans cette année, compte présentement 526 membres en 20 cercles, répartis en six zones régionales. Le cercle le plus près de la région du Grand Sudbury est à Verner.
Une agricultrice en l’an 2040 avec l’aide de l’intelligence artificielle.
Les prochaines expositions dans le Nord
Avant de se rendre à Sudbury, l’exposition a été présentée début octobre à Verner et à New Liskeard. Parmi les autres endroits qui accueilleront l’exposition, on peut noter, entre autres, en novembre, Chapleau, Kapuskasing et Cochrane. Donc, si vous connaissez des gens qui vivent dans les endroits mentionnés, vous pouvez leur faire part de cette exposition. Les dates de l’exposition sont affichées sur le site web www.ontariennes.ca, sous l’onglet Dioramas.
Malgré le fait qu’il n’existe pas de cercles présentement à Sudbury, cela pourrait changer, car l’exposition a généré beaucoup d’intérêt : plusieurs femmes ont manifesté leur intérêt.
Pour en savoir davantage sur L’UCFO, vous pouvez consulter leur site Web au : https://franco-ontariennes.ca
Si vous voulez devenir membre ou même avoir plus de renseignements pour partir un nouveau cercle, vous pouvez envoyer un courriel au : [email protected] ou par téléphone au : 613.679.1334.