L’année 2025 marque le centenaire de la naissance de Jean Éthier-Blais. Né à Sturgeon Falls, le 15 novembre 1925, l’homme avait tout d’un personnage de roman. Citoyen du monde, il a voyagé les continents grâce à sa carrière de diplomate, de professeur, d’écrivain et de critique littéraire. Il a vécu la grande part de sa vie à Montréal où il avait ses entrées dans les milieux culturel, politique, artistique et intellectuel.
Selon le chercheur et auteur Martin Doré : «Il fut un prosateur élégant, un critique intelligent, un observateur assidu de notre époque, un artiste complet, et son œuvre, grande et belle, est une des plus variées qui aient été écrites au Québec.» Ajoutons, en Ontario français et dans la Francophonie.
Cadet d’une famille de neuf enfants, il est le fils d’une institutrice et d’un entrepreneur forestier propriétaire d’une scierie dans le Nipissing-Ouest. Les Blais habitent dans une somptueuse demeure de la rue Lévesque dans un confort cossu, où la bonne et le jardinier contribuent au bien-être de la maisonnée. Très jeune, Jean découvre la musique classique, l’opéra, les livres et le sublime enchantement de la lecture qui fait naître chez-lui le désir de s’enfouir sous les mots. «Les lignes, les pages pénétraient en moi, devenaient la chair de ma chair et se dissolvaient. Aucune réflexion, rien, que des sensations. Mais j’avais huit ans et j’oscillais entre La comtesse de Ségur, La semaine de Suzette et l’Encyclopédie de la jeunesse, qui formaient un triangle sacré, auquel je revenais toujours», relate Jean Ethier-Blais dans son essai Fragments d’une enfance, où il évoque ses souvenirs de jeunesse à Sturgeon Falls.
Élève doué pour la langue française, il est inscrit par son institutrice au tout premier Concours de français de l’Ontario en 1938. L’élève qui remportera la première place aura droit à une scolarité gratuite de huit ans, soit le cours classique en entier, chez les Jésuites au Collège du Sacré-Cœur de Sudbury. Une formation de quatre ans à l’Université d’Ottawa attend l’élève qui arrivera en deuxième place. C’est ce scénario qui souriait au jeune prodige. Il se rend à Ottawa où a lieu le concours et retrouve sa sœur Jacqueline qui lui révèle les trésors de la Capitale. « Je découvris un vaste bourg, une cathédrale qui ressemblait, en plus prétentieux, à notre église, des rues interminables, bordées d’arbres; en un mot, ma ville répétée presque à l’infini. J’admirai l’Université d’Ottawa où, bon deuxième, j’irais faire mes quatre années de cours secondaire», peut-on lire dans l’ouvrage cité plus haut. Comble de gloire et de désespoir, il remporte la première place. Il se retrouve à l’âge de 12 ans, pensionnaire au Collège du Sacré Cœur.
Suivront des études en Europe, des postes diplomatiques et une carrière de professeur de littérature à l’Université Carleton à Ottawa et à l’Université McGill à Montréal. De plus, il est critique littéraire au journal Le Devoir pendant une vingtaine d’années. Écrivain prolifique, il produit une œuvre importante et diversifiée qui comprend des romans, des essais et des recueils de poésie. Il a accumulé plusieurs honneurs dont le prix Athanase-David, l’Ordre national du Québec et l’Ordre des francophones d’Amérique.
Jean Éthier-Blais est décédé à Montréal, le 12 décembre 1995, à l’âge de 70 ans. Il est enterré au cimetière de Sturgeon Falls, au pied du monument familial du clan Blais, où reposent ses parents, frères et sœurs. Dans l’ouvrage, Dictionnaire de moi-même, Blais écrit : «Non, ce ne sera jamais la fin pour quiconque aime plonger dans le passé. Lorsque je regarde le mien, comme dans une boule de cristal, je m’étonne d’y voir si peu de choses. Une enfance chrétienne, une adolescence romantique, Paris, des voyages, le besoin d’écrire qui m’oblige à me lever et à venir vers cette table. Quand cela a-t-il commencé? Où finira-t-il? Il me semble que, même après ma mort, un je-ne-sais-quoi restera de moi, sous forme d’attachement ou de livre.»
Ce «je-ne-sais-quoi » se retrouve de façon concrète sur le boulevard Lasalle à Sudbury. Une école du Conseil scolaire du Grand Nord porte son nom. Ou presque. C’est au moment de ses études au Collège du Sacré-Cœur que le jeune poète se réinvente en se donnant une nouvelle identité. Il se nomme Jean-Guy le jour de son baptême. C’est une fois arrivé à cette «adolescence romantique» qu’il décide de modifier son nom. Il laisse tomber «Guy» mais conserve «Jean». Voulant rendre hommage à sa mère Antoinette, il adopte le patronyme «Éthier». Jean Éthier-Blais apparaît et s’affirme.
Afin de marquer les cent ans de Jean Éthier-Blais, la Société historique du Nouvel-Ontario (SHNO) vous invite à une soirée hommage à ce grand auteur, le jeudi 20 novembre à 19 h à l’École publique Jean-Éthier-Blais, 2190, boulevard Lasalle à Sudbury. Le conférencier Stéphane Gauthier, directeur général et culturel du Carrefour francophone, passionné de littérature et grand connaisseur de l’œuvre de Jean Éthier-Blais, offrira commentaires, analyses et anecdotes en complémentarité à une biographie de l’auteur préparée par la journaliste Rachel Desaulniers. La SHNO vous invite également à l’Assemblée annuelle des membres à 18 h, qui précèdera la conférence. L’activité est gratuite et un léger goûter sera servi. Pour réserver votre place : [email protected]