le Vendredi 5 juin 2026
le Jeudi 27 novembre 2025 9:00 chronique culturelle

Jean-Éthier Blais magistralement revisité par la SHNO

Jean Éthier-Blais — Photo : Courtoisie
Jean Éthier-Blais
Photo : Courtoisie

Je dois admettre, avec une certaine honte, que je ne connais pas Jean-Éthier Blais. Ou plutôt que je ne le connaissais pas avant cette magistrale présentation qu'ont fait de cet écrivain les co-animateurs Rachel Desaulniers et Stéphane Gauthier dans le cadre de l'Assemblée annuelle des membres de la Société historique du Nouvel-Ontario (SHNO) le jeudi 18 novembre à l'école publique qui porte son nom.

Jean-Éthier Blais magistralement revisité par la SHNO
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Le boîtier contenant des objets personnels de Jean Éthier-Blais, dont les insignes de l’Ordre national du Québec et un cahier de notes. Vous trouverez ce boîtier dans le foyer de l’École publique Jean-Éthier-Blais à Sudbury.

Photos : Pierre Riopel / SHNO

Oui, bien sûr, j’avais entendu parler de Jean-Éthier Blais, mais j’ignorais son œuvre littéraire. Et j’avoue que c’est une honte car en plus d’être l’un des grands auteurs de l’Ontario français, du Québec et de la francophonie internationale, il est natif du Nouvel-Ontario, plus précisément de Sturgeon Falls, et a passé huit ans à Sudbury pour faire ses études classiques à l’ancien Collège du Sacré-Coeur. 

 

Rachel Desaulniers, ancienne journaliste à Radio-Canada et Stéphane Gauthier, directeur-général et culturel du Carrefour francophone de Sudbury ont conduit l’auditoire d’une trentaine de personnes, via un voyage de train imaginaire, dans une aventure qu’est la vie de cet écrivain assez prolifique.

 

Fils cadet d’une famille à l’aise et fortunée de huit enfants, Jean-Ethier Blais est né à Sturgeon Falls le 15 novembre 1925. Baptisé Jean-Guy blais, il changera son nom à Jean-Ethier Blais, Ethier étant le nom de famille de sa mère, née à Montebello, au Québec. 

 

La famille Blais habite une grande maison à Sturgeon Falls, le père étant un entrepreneur forestier ayant hérité plusieurs concessions de son père, Gatien, l’un des fondateurs de la ville de Chelmsford. Dans cette maison spacieuse, Jean-Ethier décide de se réfugier, dès un jeune âge, dans le grenier où il s’adonne à la lecture. Par la fenêtre, il obtient une hauteur de vue de la ville de Sturgeon Falls, du lce Nipissing et de la rivière L’Esturgeon. 

 

Selon Stéphane Gauthier, sa démarche artistique va ainsi «de l’intérieur à l’extérieur, du regardant au regardé». Cette maison constitue un thème que l’on retrouve beaucoup à travers son œuvre dont dans son livre Fragments d’une enfance, publié en 1988. 

 

Jean-Ethier passera donc 12 ans dans cette maison pendant lesquels il terminera son école primaire et remportera le premier prix du premier Concours de français tenu à Ottawa en 1938. Ce premier prix lui méritera une bourse pour aller étudier pendant huit ans au Collège du Sacré-Coeur. Il espérait plutôt gagner le deuxième prix qui était une bourse pour faire ses études secondaires à l’Université d’Ottawa où il aurait rejoint ses deux frères.

Danielle Joly, la nièce de  Jean Éthier-Blais, et Stéphane Gauthier,  co-animateurs de la présentation sur Jean Éthier-Blais.

Lors de son séjour à Sudbury, il fera la connaissance du père jésuite Rodolphe Dubé, alias François Hertel, qui l’influencera dans ses écrits. Au Collège, il poursuit ses lectures, entre autres des auteurs tels Chateaubriand, St-Simon, Lionel Groulx, Hertel et Nelligan. 

 

Hertel a écrit un livre en 1944 dans lequel il prônait la création d’une deuxième province canadienne-française composée du Nord du Québec et du Nord de l’Ontario où habitait une majorité de Canadiens français.

 

Après avoir passé huit ans, de 1938 à 1946, à Sudbury, Jean-Ethier ira étudier pendant deux ans à l’Université de Montréal avant d’aller poursuivre des études à Paris et à Munich à compter de 1950. «C’est en Allemagne qui il a une espèce de conversion et qu’il a la conviction qu’il va et doit devenir écrivain. C’est en lisant Goethe qu’il décide de devenir écrivain, de se réconcilier avec lui-même. Jean-Ethier est un écrivain récalcitrant», a raconté Stéphane Gauthier. 

 

En décidant de prendre la plume, il remplira l’un des souhaits de sa mère. En 1953, M. Blais déniche un emploi à l’ambassade du Canada à Paris. Il passera quelques années comme diplomate avant de devenir professeur de littérature, en 1960, à l’Université Carleton, à Ottawa et, en 1963, à l’Université McGill, à Montréal, où il demeurera jusqu’à sa retraite en 1990. Il obtiendra un doctorat ès Arts en 1971 de l’Université Laval. 

 

Selon Stéphane Gauthier, Jean-Ethier maitrisait bien l’anglais, il avait une confiance inébranlable en ses moyens et n’était pas intimidé par la connaissance des autres. Pendant 25 ans, il a été critique littéraire au quotidien montréalais Le Devoir, devenant ainsi le premier critique de la littérature canadienne-française.

 

«En tant que tel, il pouvait décider qui était bon et qui ne l’était pas. Il avait ainsi une influence sur les portefeuilles des écrivains», a déclaré M. Gauthier.

Jean-Ethier Blais a été l’auteur de plus de vingt titres, dont des essais, des romans et de la poésie. Il a remporté de nombreux prix au cours de sa vie qui s’est terminée subitement le 12 décembre 1995, à l’âge de 70 ans. 

 

En 1996, l’école publique de Sudbury qui porte son nom a accueilli ses premiers élèves. Après en avoir appris autant au sujet de Jean-Ethier Blais, grâce à Rachel Desaulniers et Stéphane Gauthier, je me suis permis d’aller chercher, à la bibliothèque de l’Université Laurentienne, son livre Fragments d’une enfance que j’ai lu d’un trait mais avec l’aide d’un dictionnaire à mes côtés. 

 

D’ailleurs, le dictionnaire Larousse s’est avéré l’un des premiers livres qu’a lus Jean-Éthier poursuivant ainsi une pratique de sa mère et de sa grand-mère maternelle. Cet écrivain franco-ontarien aurait d’ailleurs conseillé aux jeunes d’apprendre quatre ou cinq nouveaux mots par jour; à ce rythme ils ou elles auraient un vocabulaire de 30 000 mots une fois devenus adultes.

 

Grâce à cette présentation, je dois avouer que je connais un tant soit peu Jean-Ethier Blais et je me promets d’en apprendre davantage en lisant d’autres écrits de cet auteur franco-ontarien.

Collaboration spéciale de Donald Dennie, membre de la SHNO