Le 4 décembre, Shafqat Ali était convoqué pour témoigner sur le français de Mark Carney devant le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes.
S’il a reconnu qu’il existait bien un déclin du français au Canada, c’est sa manière de le formuler qui a fait bondir les députés conservateurs et bloquistes. Sans répondre directement à la question, il s’est appuyé sur les données du recensement de 2021 avant de conclure : «Le député l’a dit : il y a un déclin du français.»
«Je ne veux pas que vous utilisiez mes paroles, je veux savoir si vous, comme ministre du Conseil du Trésor, vous reconnaissez le déclin du français au Canada […] oui ou non ?», a tonné Joël Godin, porte-parole des langues officielles pour le Parti conservateur du Canada.
À partir de là, Shafqat Ali a préféré évoquer son mandat, alors que l’intitulé de sa convocation portait sur «L’usage du français dans les communications gouvernementales et les institutions fédérales».
«Vous êtes ici sur une motion déposée le 23 octobre dernier concernant l’article de Radio-Canada concernant le 17 % [de français] de votre premier ministre. Est-ce clair pour vous?» a tonné le député conservateur Joël Godin.
Le ministre a plus tard affirmé que les conservateurs jouaient à «des jeux politiques». En marge du comité, il a toutefois refusé de réponse directement à une question de Francopresse sur le déclin du français au Canada.
Secousses en comité
Shafqat Ali a également offert une réponse sur la partie VI de la Loi sur les langues officielles modernisées alors qu’il avait plutôt été interrogé par un député libéral sur la partie VII. Cette section est l’une des plus importantes pour les francophones, car porteuse de mesures positives.
Ces deux parties de la Loi doivent bientôt être précisées et encadrées par un règlement qui devrait tomber avant la fermeture du Parlement pour la session d’hiver, le 12 décembre.
Mais le président du Conseil du Trésor n’a pas donné de réponse concrète sur son leadeurship par rapport à la mise en œuvre de la Loi.
Il n’a pas non plus donné de détails sur la nature des efforts déployés par son ministère pour protéger le bilinguisme dans un contexte de révision globale des dépenses des ministères, commandée par Mark Carney l’été dernier.
Cela ajoute à la méfiance des francophones élus au Parlement – tous partis confondus – et à celle des communautés francophones au pays, qui avaient déjà critiqué le fait qu’il ne parle pas français.
«Je suis des cours, je m’engage à apprendre le français», a-t-il répété plusieurs fois à l’intention de Joël Godin, qui a ramené ce sujet sur la table.
«Le français est ma sixième langue. Je ne veux pas qu’on remette en question ma capacité d’apprendre le français. Je ne veux pas réagir à une attaque personnelle, mais la loi et la Charte donnent le choix aux Canadiens de recevoir les communications et les services dans la langue de leur choix. Je m’engage au bilinguisme», a-t-il fait valoir.
«Ce n’était pas une attaque personnelle, a tenté d’apaiser Joël Godin. Je vis exactement la même chose que vous : j’apprends l’anglais. Ce n’est pas facile, je suis entièrement d’accord, mais le but était de savoir si vous reconnaissez [le déclin du français].»
De son côté, Mario Beaulieu, du Bloc québécois, a estimé que le président du Conseil n’avait «pas répondu aux questions».
En marge du comité, Joël Godin a affirmé à Francopresse que Shafqat Ali avait été «exécrable et méprisant».
«Il ne connait pas ses responsabilités et ça démontre qu’on se fout du français dans ce gouvernement-là parce que le président du conseil du Trésor n’a pas réagi suite à ce qui s’est passé […] au niveau de l’utilisation du français auprès du premier ministre.»
Pour lui, c’est un «autre exemple» que Mark Carney ne «prêche pas par l’exemple» quand il s’agit du français.