Ces valeurs lui ont été inculquées par sa grand-mère, alors que cette dernière était enseignante dans une école secondaire pour des enfants avec des besoins spéciaux et que France était étudiante dans une école primaire voisine. «Tous les midis, je marchais à la maison et de retour à l’école en compagnie de ma grand-mère. En plus d’être enseignante, elle était cheffe syndicale à son école». En tant que telle, sa grand-mère avait défendu une enseignante qui avait donné naissance, alors qu’elle n’était pas mariée. Bien que la convention collective accordait un congé de deux semaines aux femmes qui accouchaient d’un enfant, la direction de l’école catholique lui avait refusé ce congé. Sa grand-mère a fait valoir à l’école qu’elle devait respecter la convention. «La justice sociale, elle me l’expliquait dans des mots que je pouvais comprendre à mon jeune âge». Aujourd’hui, France Gélinas défend et promeut cette valeur dans son travail de députée.
Les débuts de la jeune thérapeute à Sudbury
Née à Shawinigan, au Québec, France voulait d’abord faire des études en ingénierie, suivant ainsi son père, l’aîné d’une famille de 14 enfants, qui était technicien en électronique pour une compagnie de câble de télévision. Mais lorsqu’elle a eu 16 ans, sa mère, la huitième d’une famille de 12 enfants, qui était couturière à St-Tite pour une entreprise de fabrication de bottes de cowboy, a été victime d’un accident vasculo-cérébral qui l’a handicapée. «Lorsque ma mère a eu cet accident et est allée en réadaptation, j’ai vu ce que les physiothérapeutes faisaient et j’ai changé de cap; je suis devenue thérapeute».
Après avoir reçu son diplôme de l’Université Laval, elle est arrivée à Sudbury en 1983 pour commencer un emploi comme physiothérapeute à l’hôpital Laurentien (aujourd’hui Horizon Santé Nord) en remplacement d’une thérapeute qui partait en congé de maternité. «On était bien désespéré pour avoir une physiothérapeute qui parlait le français», a-t-elle déclaré. «Comme j’étais une des seules qui parlait le français, j’ai eu toutes sortes de belles opportunités, j’ai pu travailler dans toutes les unités. Pour une nouvelle physiothérapeute, c’était un emploi extraordinaire».
Au cours des 12 années passées à l’hôpital Laurentien, elle n’a pas vécu d’expériences négatives, parce qu’elle était femme. «Dans ce temps-là, 97 % des employées étaient des femmes, donc tout a été bien de ce côté-là», admet-elle.
Un premier poste de leadership
En 1996, France a accepté le poste de directrice du Centre de santé communautaire de Sudbury, qui avait ouvert ses portes en 1991. «J’avais été membre du Conseil régional de la santé dont la fonction était de faire l’inventaire de la santé, des services dont les gens avaient besoin et j’avais travaillé très fort pour avoir un centre de santé communautaire francophone à Sudbury». Forte d’une maîtrise en administration des affaires de l’Université Laurentienne, elle se sentait prête à faire le saut dans un poste de leadership. «L’Institut franco-ontarien (situé à l’Université Laurentienne) nous a fourni les données dont on avait besoin pour financer le Centre. L’étude avait montré la différence entre les besoins de services de santé pour la population francophone. C’est cette étude qui nous a permis d’avoir un centre francophone plutôt que bilingue. Le Centre de santé de Sudbury a eu comme résultat le fait que le niveau de santé de la population francophone (à l’exception des personnes âgées) est à peu près au même niveau que celui de la population anglophone. De plus, le Centre de santé communautaire pouvait identifier qui pouvait offrir des services en français dans l’ensemble du réseau».
L’entrée en politique
France Gélinas admet qu’elle n’a jamais eu l’ambition d’entrer en politique, qu’elle n’avait jamais pensé à ça. Toutefois, la députée du NPD de Nickel Belt à l’époque, Shelley Martel, venait souvent rencontrer France pour parler santé, car elle n’avait jamais travaillé dans ce domaine et sentait le besoin d’en apprendre. Lorsque Mme Martel a annoncé sa retraite de la politique en 2007, Shelley et d’autres ont encouragé France à se présenter, arguant qu’il fallait plus de femmes dans des postes de leadership. Elle a finalement accepté de se présenter et, à sa grande surprise, a remporté non seulement l’investiture de son parti contre deux hommes, mais aussi l’élection dans la circonscription de Nickel Belt en 2007.
«Mon arrivée à Queen’s Park a été affreuse», se souvient France Gélinas. «C’était une gang d’hommes riches qui parlaient anglais. Une femme francophone qui n’était pas riche, c’est clair qu’elle n’avait pas d’affaire là. Ensuite, dans les séances à l’Assemblée législative, l’ambiance, c’était quelque chose que je n’avais jamais vécue de ma vie, soit d’entendre le monde se crier des bêtises d’un bord à l’autre de la Chambre. L’adaptation n’a pas été facile; ce n’était pas un milieu de travail accueillant.»
Toutefois, elle s’est graduellement rendu compte qu’il y avait du bon monde dans tous les partis, des gens qui sont là pour les bonnes raisons et qu’il y a moyen de faire du bon travail. Aujourd’hui, elle admet avoir vécu beaucoup d’expériences positives, principalement celles de pouvoir aider plusieurs personnes de sa circonscription. «Une grande partie de la job, c’est d’aider les autres avec tous les programmes et les services du gouvernement provincial», avoue-t-elle. «Dans les domaines de la santé, de l’éducation et des services sociaux, qui sont les plus importants à Queen’s Park, on est capable d’aider beaucoup de monde. Et ça, c’est la job que j’adore».
Quant à son avenir en politique, France dit toujours aimer ça, mais, en politique, il faut être prête à une défaite électorale n’importe quand. «Je trouve que je fais encore une bonne job et si les gens veulent toujours de moi, je vais être bien contente. Utiliser les ressources pour aider les gens, ça me motive tous les jours», conclut-elle.