Elles ont surtout été agrémentées de sculptures et de dessins et peintures répartis sur les trois étages de la Place des arts. Au premier étage se trouvaient des sculptures gigantesques du fondateur du Centre des jeunes, le père Albert Régimbal, s.j. et de son adjointe et ancienne directrice du Centre, Monique Cousineau, pour marquer en quelque sorte la démesure qu’était le projet du Centre, fondé en 1950, avec pignon sur rue, dans le sous-sol de l’église Ste-Anne des Pins, rue Beech, à Sudbury.
«C’est une histoire de la démesure et on veut être le miroir de cette ambition démesurée», a déclaré le directeur général et artistique du Carrefour francophone, M. Stéphane Gauthier. «Le père Régimbal était séduit par un rêve sur la montagne qu’il n’a jamais pu réaliser. Un terrain sur le Mont-Adam où devait se trouver un aréna de 5 000 places avec scène de spectacle. Il nourrissait un slogan : Vers les cimes. Toujours plus haut. Donc son ambition démesurée mais pourtant son ambition était très simple. Il voulait réunir la communauté autour d’un projet, car, pour lui, la communauté manquait d’unité. Il voulait l’animer, pondre des projets mur à mur. Une fois qu’on aura attiré les jeunes, là on va générer l’engagement. C’était là la recette.»
D’abord logé au sous-sol de l’église, le Centre des jeunes, qui était un centre pour les loisirs, les sports et la culture en langue française, est déménagé aux étages supérieurs de l’édifice Grand, rue Elgin, au cours des années 1970, avant de trouver refuge à l’ancien hôpital St-Joseph qui a pris le nom de Place St-Joseph au début des années 1980. Il y est demeuré jusqu’en 2005, lorsqu’il a dû se loger à l’ancienne école Nolin, rue Notre-Dame, jusqu’en 2009 avant de se loger au presbytère Ste-Anne jusqu’en 2022, l’année de l’inauguration de la Place des arts. En 1990, le Centre des jeunes s’est donné le nom de Carrefour francophone au grand dam de plusieurs.
En entrevue avec Le Voyageur, M. Gauthier a rappelé que l’édifice rêvé du Mont-Adam devait porter le nom de Centre de la culture française. «Par ce projet, on voulait mettre Sudbury et le Centre sur la mappe comme projet d’intégration. À ce moment, il s’agissait du plus gros et du plus ancien centre hors-Québec. Le Centre des jeunes avait des antennes jusqu’à North Bay. C’est impressionnant de voir le nombre de clubs qu’il avait».
M. Gauthier s’est joint au Carrefour francophone en 2006 en tant que directeur artistique avant d’assumer la direction générale en 2009. C’est en 2006 que La Slague, établie au Centre des jeunes dans les années 1960, renaît de ses cendres. Aujourd’hui le Carrefour compte 150 employé.e.s et gère un budget de 11,4 millions de dollars. Il gère 11 centres de la petite enfance, un douzième devant s’ajouter à Markstay en septembre 2026. Il s’agit de 80 % des opérations du Carrefour. Il organise aussi des camps d’été et des programmes de transmission de la langue et de la culture françaises.
«On n’a plus le modèle du Centre des jeunes», a admis M. Gauthier. «La structure du financement a changé, le milieu de la petite enfance s’est professionnalisé. On est sous le parapluie du ministère ontarien de l’Éducation. Le modèle d’affaires est beaucoup plus imbriqué avec les gouvernements.»
Le directeur général admet que le paysage a complètement changé avec les nouveaux arrivants. «Comment les retenir et les intégrer, c’est un défi. C’est clair que le milieu homogène qu’était le Centre des jeunes a beaucoup changé. Mais le désir ardent de se réunir autour de la langue demeure le même, mais là, on ne dit pas la culture mais les cultures. C’est fascinant de voir toutes ces grandes richesses là. Tout ça ensemble, ça crée un dynamisme de points de vue qui est très riche.»
Selon M. Gauthier, cet anniversaire, «c’est l’effort mémoriel non pas parce qu’on est pris dans le passé. Non. Mais il faut comprendre l’héroïsme des gens qui ont porté cette flamme là avec beaucoup moins de moyens. Il faut s’en rappeler. On a une dette morale envers eux». L’une des personnes dont on s’est rappelé fut Monique Cousineau et son rôle au camp d’été de l’île aux chênes, elle qui est décédée récemment à l’âge de 94 ans.
Cette rencontre de mercredi dernier constituait la première étape des festivités du 75e anniversaire. Le lancement d’un livre intitulé «Grandir et bâtir en milieu minoritaire» à l’automne constituera la deuxième étape. La troisième et dernière, un spectacle de clôture, aura lieu en juin 2027.