le Lundi 26 octobre 2026
le Lundi 26 octobre 2026 9:51 Chronique historique (SHNO)

Centenaire de la Fondation de l’Ordre de Jacques-Cartier

Henri Brunet. — Photo : Courtoisie
Henri Brunet.
Photo : Courtoisie

Chronique de la Société historique du Nouvel Ontario (SHNO)

Centenaire de la Fondation de l’Ordre de Jacques-Cartier
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Il y a 100 ans, le 22 octobre 1926, le curé de Vanier, F.X. Barrette et un laïc, Charles Ménard, fondent une société secrète formée de notables canadiens-français voulant exercer une influence auprès de leurs compatriotes. Cette société va s’appeler l’Ordre de Jacques-Cartier (OJC) ou la Patente et les membres se feront appeler les «Pieds-Noirs». L’OJC existera pendant 40 ans, après avoir établi plusieurs cellules dans de nombreux villages et villes du Canada.  

Mon père, Henri A. Brunet, décédé en 2012, en a fait partie. Comme enfant, je n’en garde aucun souvenir, car les réunions étaient secrètes et il n’était pas question d’en discuter à la maison. Même 40 ans après la dissolution de l’OJC, quand mon père a remis les quelques documents qu’il lui restait à Claire Pilon, voici ce qu’il a écrit sur l’enveloppe : «Je me fie à ta discrétion quant aux noms des personnes qui vivent encore et qui pourraient s’opposer à dévoiler leurs noms». 

Mon père a rédigé ses mémoires au début des années 2000 et un des chapitres parlait de l’Ordre de Jacques-Cartier. En ce 100ième anniversaire de sa fondation, il est bon d’entendre un ancien membre en parler en toute franchise.

«Au début de juin 1943, lors de ma deuxième année d’enseignement à Hanmer, le directeur de l’école, P.E. Dupuis, me demande si je suis intéressé à faire partie d’une organisation secrète de Canadiens-français. Il me donne très peu de renseignements mais m’apprend qu’Aimé Joubert, un confrère, et le curé de Hanmer, Fulgence Charpentier, en font partie. Cela me rassure. Puisque le curé en fait partie, ça ne peut pas être mauvais, me dis-je! J’accepte donc et le dimanche suivant, nous nous dirigeons vers la salle de l’église Ste-Anne de Sudbury. J’apprends alors que je serai initié avec une dizaine d’autres dans l’Ordre de Jacques Cartier. Tous les initiés portent un masque et le tout se déroule dans une atmosphère de mystère et de discrétions. Mot de passe secret, poignée de main spéciale afin de reconnaître les autres frères et surtout il ne faut pas dire un mot des activités à personne, pas même aux épouses, car certaines pourraient manquer de discrétion. J’accepte ces directives, car je ne suis pas marié et de plus je partage les objectifs de l’Ordre qui sont de promouvoir les intérêts des Canadiens-français et de la langue française. 

Armoiries de l’Ordre de Jacques-Cartier. 

Photo : Courtoisie

Au cours des agapes qui suivent la cérémonie de l’initiation, je cause avec des gens que je connais et surtout avec Laurier Carrière que j’ai eu comme inspecteur alors que j’enseignais à Cornwall plusieurs années plus tard. Je lui apprends la nouvelle que des religieuses viennent remplacer le directeur de mon école et moi-même à l’école de Hanmer. L’Association des enseignants n’existe pas encore. M. Carrière me conseille alors de faire ma demande à Kapuskasing car on a besoin d’un homme à l’école Immaculée Conception. Je suis son avis et en septembre, je me retrouve en charge d’une classe de garçons de la 7e année.

À la fin de juin, je quitte Hanmer sans avoir pu assister à une seule réunion de l’Ordre de Jacques Cartier, que nous appelons généralement “La Patente” ou les “Pieds Noirs”. La Patente existe aussi à Kapuskasing et bientôt on m’invite à me joindre. La Patente à Kapuskasing n’est pas très militante et plusieurs des membres font aussi partie des Chevaliers de Colomb où tout se déroule en anglais.»

De Kapuskasing, mon père est allé enseigner à Cornwall puis à Ottawa. Voici la suite de son témoignage :

«Comme l’organisation n’existait pas à Cornwall, j’ai dû attendre d’être rendu à Ottawa pour participer à ses activités. 

L’Ordre de Jacques Cartier ne cherchait pas à regrouper tous les Canadiens-français. Il visait seulement à noyauter les organisations existantes et à faire passer ses mots d’ordre et c’est ainsi qu’il organisa la lutte pour fonder un bon nombre de caisses populaires, pour obtenir que la monnaie canadienne devienne bilingue, que les chèques émis par le gouvernement fédéral deviennent bilingues. On fait aussi élire des Canadiens-français à toutes sortes de postes clefs. L’Ordre se servait des organisations déjà existantes comme la Saint-Jean Baptiste, les journaux de langue française comme Le Droit, Le Devoir, pour faire passer ses mots d’ordre et faire élire des candidats qui sauraient défendre les intérêts des Canadiens-français dans les domaines de la politique fédérale, provinciale, municipale et scolaire».

La suite du témoignage de mon père suivra dans une prochaine chronique dans le journal Le Voyageur du 11 novembre. En attendant, je vous encourage à voir la pièce «Les patenteuses», une comédie musicale écrite par Chloé Thériault, au sujet de 4 femmes dont les époux font partie de la Patente et qui se demandent bien ce qui se passe à ces réunions «secrètes». Les représentations sont les 13 et 14 novembre prochain à la Place des Arts du Grand Sudbury. Tous les renseignements sont disponibles sur letno.ca