Auteur, conteur, marionnettiste et chercheur d’histoire, Jocelyn Sioui exerce son métier depuis plus de 25 ans. Sa dernière création, Frétillant et agile, qui tourne avec succès depuis deux ans, prend sa source au cœur d’un véritable événement historique : le génocide des Wendats.
Malgré la gravité de cette toile de fond dramatique, l’œuvre se déploie comme une grande aventure lumineuse et profondément humaine.
Le public y suit les traces d’Auhaïtsic, un jeune garçon aux pieds croches et à l’équilibre douteux. Véritable anti-héros un peu «champ gauche», ce personnage improbable doit fuir la baie Georgienne (le lac Huron) pour entreprendre un long périple vers Québec.
«On suit cette personne qui fuit et il se passe toutes sortes de choses comiques, des choses inattendues, des rebondissements. On n’est pas dans le drame, on est plus dans l’aventure personnelle», explique Jocelyn Sioui.
Une fusion des arts sur scène
La force du spectacle réside également dans sa mise en scène multidisciplinaire, pensée comme un film en direct. Deux musiciens accompagnent le conteur sur scène pour rythmer le voyage d’Auhaïtsic.
L’élément le plus saisissant demeure sans doute l’intégration du théâtre de sable. Sous les yeux des spectateurs, l’artiste Catherine manipule du sable pour créer des dessins éphémères, projetés instantanément sur grand écran grâce à une caméra. Cette technique visuelle envoûtante vient compléter un univers poétique et dynamique. Selon son créateur, il s’agit d’un spectacle feel-good qui fait du bien, prouvant qu’il y a toujours «de la lumière au bout du tunnel».
Une œuvre déclinée pour tous les publics
L’histoire d’Auhaïtsic s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes. La représentation en soirée est toutefois spécifiquement adaptée aux adultes. Elle est parsemée de clins d’œil à l’actualité et de subtilités moins accessibles aux plus jeunes. Que les familles se rassurent : le projet dispose aussi d’un volet scolaire intitulé Petit Frétillant, une version jeunesse spécialement conçue pour être présentée devant les écoles.
Pourquoi mettre en lumière un «illustre inconnu» ?
La réponse réside dans la définition même du héros pour l’auteur. Les vrais héros ne sont pas ceux figés sur des statues, mais les citoyens ordinaires qui agissent au quotidien au sein de leur communauté ou d’organismes sociaux. Pour Jocelyn Sioui, la solution aux défis du monde ne vient pas d’en haut, mais de nous-mêmes, avec nos forces et nos faiblesses.
À travers le personnage d’Auhaïtsic, il n’essaie pas de bâtir un mythe, mais de démontrer que chaque individu possède le potentiel de faire la différence lorsque les événements l’y amènent.
Une collaboration artistique née du hasard
Marionnettiste de formation, Jocelyn Sioui a l’habitude d’orienter sa réflexion créative vers la marionnette. L’intégration de projections sur table de sable est le fruit d’une rencontre fortuite avec l’artiste Catherine Gignac, alors qu’ils travaillaient sur un projet commun.
Séduit par sa démarche, il a eu l’audace de l’inviter à joindre son talent à son spectacle, qui n’était initialement prévu que comme un projet de conte et de musique. Cette collaboration s’est transformée en un véritable mariage artistique.
La cohabitation des facettes artistiques sur scène
En tant qu’auteur, metteur en scène et conteur, Jocelyn Sioui orchestre le spectacle en semant des graines auprès de son équipe. Il se définit comme un «filtre sensible» : il laisse les artistes créer librement, puis canalise le meilleur de leurs propositions pour s’assurer que le projet garde une direction claire tout au long des 1 h 45 de représentation.
À quoi doit s’attendre le public de Sudbury le 23 octobre ?
Jocelyn Sioui promet au public de Sudbury une véritable communion, un spectacle profondément «feel-good» qui fait du bien. Bien que la pièce aborde l’histoire des Autochtones, l’œuvre évite toute lourdeur pour privilégier la légèreté et l’émerveillement.
Le public passera du rire aux larmes, pour repartir avec un message d’espoir : «même dans les périodes les plus obscures, il y a toujours de la lumière vers laquelle se tourner», conclut Jocelyn Sioui.