le Mercredi 28 octobre 2026
le Mercredi 28 octobre 2026 12:14 Francophonie

Parution : les innombrables vies du Carrefour francophone au cours des 75 dernières années

Capture d’image de la couverture du livre «Grandir et bâtir en milieu minoritaire. 75 ans d’engagement et d’appartenance au Carrefour francophone».
Capture d’image de la couverture du livre «Grandir et bâtir en milieu minoritaire. 75 ans d’engagement et d’appartenance au Carrefour francophone».

Le Centre des Jeunes de Sudbury, établi en 1951 par le père Albert Régimbal, s.j. de la paroisse Sainte-Anne-des-Pins, s’est donné plusieurs identités et objectifs au cours de ses 75 ans d’existence. C’est ce qui ressort du livre intitulé «Grandir et bâtir en milieu minoritaire. 75 ans d’engagement et d’appartenance au Carrefour francophone», signé par l’historien franco-ontarien Serge Dupuis.

Parution : les innombrables vies du Carrefour francophone au cours des 75 dernières années
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L’auteur est notamment membre associé de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord (CÉFAN), et l’ouvrage, publié aux éditions du Septentrion, sera officiellement lancé le 3 novembre prochain à la Place des Arts du Grand Sudbury, à partir de 19h30.

Ce livre, qui contient 277 photos illustrant l’histoire du Centre des Jeunes et du Carrefour francophone et 34 000 mots relatant les multiples facettes de son développement de 1951 à 2006, contient une préface de Ronald Caza, avocat plaideur d’Ottawa, ainsi qu’une postface de Stéphane Gauthier, directeur-général du Carrefour francophone.

Le livre postule que le Centre des Jeunes/Carrefour francophone «a significativement contribué au développement institutionnel de la communauté francophone de Sudbury, d’abord en favorisant le développement de la personnalité de ses membres, puis en les accompagnant dans leur cheminement culturel». Axé sur le concept de personnalisme selon lequel la société est intrinsèquement liée à l’individu, tout comme l’individu dépend de la société, le Centre des Jeunes a cherché à inspirer l’engagement des jeunes laïcs.

L’espace de 6 000 pieds carrés qu’occupait le Centre et qui a été creusé à la main au sous-sol de l’église Sainte-Anne-des-Pins comprenait un atelier de menuiserie, une chambre noire pour la photo, quelques salles de rencontre et une bibliothèque de 1 500 livres, 100 disques, puis des revues et films tous en français. On y trouve enfin un petit gymnase où certains pratiquent la boxe et l’haltérophilie. Cet espace accueille aussi des chansonniers québécois, tels que Jean-Pierre Ferland et Gilles Vigneault. C’est ce dernier d’ailleurs qui suggère au père Régimbal d’appeler cette boîte à chansons la Slague en 1964.

La Cité du Christ 

Le père Régimbal a imaginé la fondation d’un ensemble de bâtiments sur le mont Adam, à Sudbury, appelé «Civitas Christi» (Cité du Christ). Au printemps 1963, il incorpore ce nom à celui du Centre des Jeunes. Ce rêve ne se réalisera jamais à cause de l’insuffisance de fonds, mais le nom restera greffé à celui du Centre. Il ne se décourage pas pour autant et se lance, en 1961, dans l’aventure de l’Île-aux-Chênes, une île d’environ un kilomètre carré située sur le lac Nipissing près de Lavigne. Il s’agit d’un camp d’été pour les jeunes d’abord inauguré par des pères Jésuites en 1945 qu’ils ont appelé Sainte-Anne-des-Chênes. La programmation de l’Île-aux-Chênes se spécialise à compter de 1966 par l’inclusion de camps de danse, un camp de leadership pour les jeunes adultes offert en collaboration avec le ministère de l’Éducation de l’Ontario dès 1967, un camp de musique pour garçons proposé à partir de 1968, ainsi qu’un camp de théâtre et un camp généraliste mixte offert dès 1969. En somme, les camps d’été se veulent une œuvre de résistance contre une société de consommation (industrielle et capitaliste). Monique Cousineau, originaire de Sturgeon Falls, deviendra la directrice de l’Île-aux-Chênes en 1980 après le décès du père Régimbal à l’âge de 65 ans. 

En 1966, le Centre doit abandonner ses locaux au sous-sol de l’église. Il se loge dans l’édifice du Théâtre Empire, sur la rue Elgin. Le père Régimbal avait saisi ce déménagement pour laïciser son organisation qui est devenue le Centre de la culture française. Il s’agit d’un centre récréatif et culturel où les jeunes entreprennent les loisirs de leurs choix et les responsabilités qui s’y attachent. À compter de 1968, le Centre de la culture française offre des cours de français langue seconde pour les fonctionnaires municipaux, provinciaux et fédéraux. Ces cours deviendront sa principale source de revenus.

L’édifice Place St-Joseph

Le fondateur du Centre des Jeunes se porte ensuite acquéreur de l’ancien hôpital Saint-Joseph qui avait fermé ses portes à la suite de l’ouverture de l’hôpital Laurentien en 1975. Il nomme l’édifice Place St-Joseph auquel il doit effectuer des rénovations très coûteuses. C’est dans cet édifice qu’en 1989, le Centre des Jeunes Civitas Christi/le Centre de la culture française change encore son nom pour devenir le Carrefour francophone sous la direction de Jean-Yves Bigeau. En 1997, le nouveau directeur, Réjean Grenier, inaugure une nouvelle vocation pour le Carrefour, soit celle de « garde éducative avant et après les heures de classe ». C’est ainsi que le Carrefour se lance dans la création de nombreuses garderies, surtout sous la direction de Stéphane Gauthier. Ce dernier fait aussi renaître de ses cendres La Slague en 2006 qui connaît un succès depuis 20 ans grâce à de nombreux spectacles musicaux à chaque année.

Le Carrefour a dû vendre la Place St-Joseph à l’entreprise immobilière Dalron qui transforme l’édifice en résidence pour personnes âgées. Le Carrefour aménage dans le presbytère Sainte-Anne-des-Pins jusqu’en avril 2022 alors qu’en compagnie des membres du Regroupement des organismes culturels de Sudbury (ROCS) il s’installe dans la nouvelle Place des Arts qui vient d’ouvrir ses portes.

Le Centre des Jeunes/Carrefour francophone a donc vécu 75 ans en s’ajustant aux nouvelles réalités économiques et culturelles de son milieu, en se donnant de nouveaux noms et de nouveaux programmes toujours au service de la population francophone.