La pièce de théâtre utilisait les conventions théâtrales établies pour créer plusieurs malaises pour les spectateurs. Les attentes du public étaient renversées lorsque les comédiens entraient sur scène pour donner une performance. Mais dans ce cas-ci, les comédiens semblaient perdus, découvrant presque pour la première fois l’équipement, les éclairages, les rideaux noirs ainsi que le public. On était témoins d’une pièce de théâtre pas comme les autres : des interactions nombreuses avec le public, une absence de «scènes» et un décor presque caché derrière les rideaux noirs au fond de la scène. Ce qu’il en reste : une interprétation de personnages/acteurs sur scène qui ont une complicité engageante et dynamique entre eux. Leurs quêtes souvent banales, mais en évolution, le public comprend en fin de compte que le malaise est l’attrait principal de la pièce de théâtre. L’entièreté de la pièce de théâtre est mise en scène comme exploit de maître : l’œil du public pouvait absorber tous les moments qui semblaient «improvisés» grâce au souci méticuleux du metteur en scène pour la narration chaotique des personnages.
Un invité surprise!
Pour certains qui étaient là vendredi soir, la soirée où j’étais présent, je me suis carrément senti interpellé par les comédiens. Le moment est ensuite venu pour une conversation avec le comédien Jon Lachlan Stewart ainsi que des excuses de Maxime Genois pour avoir lancé un soulier trop près de mon siège. Les comédiens avaient insisté aussi pour la participation d’un membre chanceux du public qui a fini par monter sur scène. Ce ne fut nul autre que l’ancien directeur de l’information du Voyageur, Julien Cayouette. Se prêtant au jeu, il s’assoit dans un morceau du décor, ajoutant à l’enthousiasme du public. Cela dit, l’existence de personnes sur scènes qui interagissent tout en trouvant comment mener leur quête personnelle était subtilement captivante. Lorsque la comédienne Alice Moreault n’arrivait pas à avoir une conversation difficile
avec Debbie Lynch-White, elle avait besoin d’un espace pour respirer et se calmer. Cependant, les autres personnages ont décidé de l’encercler pour l’aider et lui offrir du support. Sachant bien que ce qu’elle voulait c’était l’opposé, Jon insiste qu’elle doit maintenant se calmer en lui offrant un isolement de groupe oppressif. Comme une expérience sociale, le public se sent confus et déchiré, ne sachant pas comment intervenir pour l’aider, mais il a incité le leader de groupe à alimenter la force du réconfort d’Alice. En effet, plusieurs fois dans le spectacle, Jon figurait quelqu’un qui s’exprime très bien socialement comme étant un manipulateur rusé, montrant aux autres personnages une nouvelle perspective de la vie et démontrant que c’est l’unique perspective qui peut changer leur vie pour le mieux.
Une anti-histoire
Pour une pièce de théâtre avec un dramaturge, la rédaction est venue du processus de répétition, frôlant l’improvisation et la création comme outil d’écriture. Les comédiens ajoutaient aussi quelques répliques qui n’étaient pas traduites dans les sous-titres lors du spectacle, une indication que les comédiens jouaient à volonté et de façon libre. En brisant plusieurs conventions ou «règles» de théâtre, dont le quatrième mur, le public a pu vivre un moment unique sur les planches de la Place des Arts de Sudbury.
En tout, Malaise dans la civilisation fait beaucoup rire, avec une interprétation experte, une mise en scène de haute qualité ainsi qu’une exécution habile de moments théâtraux surprenants et osés. Le public a bien profité de la visite des quatre comédiens-bouffons.