le Mercredi 3 juin 2026
le Dimanche 27 octobre 2024 9:00 Société

«Mon grand-père, c’était un conteur-né»

Marguerite M'Bonimpa et Sylvi Belleau, animatrice de l'atelier d'écriture de contes — Photo: Donald Dennie
Marguerite M'Bonimpa et Sylvi Belleau, animatrice de l'atelier d'écriture de contes
Photo: Donald Dennie

Adolescent, j’allais voir mon grand-père pour des conseils et je ressortais de chez lui la tête remplie d’histoires et de contes. J'ai compris un moment donné qu’il avait aiguisé ce don en étant hôtelier d’abord à Sudbury à l’hôtel Montreal House et ensuite à Hanmer en tant que propriétaire de la Hanmer Tavern.

«Mon grand-père, c’était un conteur-né»
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En tant que tel, il a dû entendre des dizaines, sinon des centaines de contes de la part de ses clients et il les peaufinait au point d’en arriver à ses propres versions.

Combien de fois m’a-t-il raconté avoir acheté une parcelle de terre de 80 acres dans le canton de Capreol qui était boisée de pins rouges et gris? Graduellement ce conte s’est embelli par sa conviction qu’à chaque fois qu’il allait marcher dans les sentiers de cette petite forêt, qu’il s’immobilisait en s’asseyant dans ses sous-bois et qu’il entrait dans un état de profonde méditation, un moment donné les arbres commençaient à lui parler. 

Ce n’était pas dans un vocabulaire propre aux êtres humains, mais plutôt un son, un bruit sourd, un «hum» qui se transmettait d’un arbre à un autre. Et plus sa méditation devenait profonde, plus il entendait ce bruit sourd se répandre à travers la petite forêt de pins.

À la fin de ce conte, je me disais «le vieux y m’raconte des belles histoires». Mais ce conte ne m’a jamais laissé. Au point que, combien de fois ai-je moi-même fait l’expérience de m’asseoir dans une forêt et de me concentrer le plus possible pour venir à bout d’entendre les arbres se parler. Hélas! Rien!

Le don et l’héritage 

Plusieurs années ont passé et plusieurs expériences du genre m’ont toujours laissé bredouille. Je me suis dit, à un moment donné, que c’était sans doute une caractéristique propre à cette seule petite forêt. J’aurais bien voulu essayer d’y vivre ce conte sauf que la forêt n’existait plus, mon grand-père l’ayant dépouillée pour procurer du bois de chauffage aux habitants du petit village qu’il habitait lors de la Grande Dépression des années 30.

Mon père en ayant un jour hérité, j’ai réussi à le convaincre de faire reboiser cette parcelle, maintenant réduite à 50 acres. J’ai bien évité de lui dire que mon objectif était de pouvoir entendre les arbres se parler car, assurément, il m’aurait dit que j’avais trop souvent entendu les contes de mon grand-père.

Les arbres ont grandi. C’est redevenu une petite forêt comme autrefois. Je me suis mis à déambuler dans ses nombreux sentiers dans l’espoir d’entendre les arbres se parler, même me parler. Encore rien. Je me suis donc dit que ce conte, mon grand-père l’avait inventé de toute pièce.

Sauf que, récemment j’ai mis la main sur certains livres qui font état d’expériences scientifiques dont les résultats indiquent que les arbres peuvent effectivement communiquer entre eux. Au point même où si un arbre est atteint d’un virus quelconque, il peut en avertir ses voisins afin qu’ils se préparent à se défendre.

J’ai aussi lu que des autochtones peuvent effectivement entendre cette conversation, tout comme mon grand-père me l’avait raconté, à condition d’y croire et de considérer toute la nature comme un être animé.

Aujourd’hui, je suis convaincu que mon grand-père n’avait pas perdu la boule, mais qu’il avait sans doute hérité de ce don après avoir entendu ce conte de sa mère mohawk».

Réussir un conte

Voilà le conte que j’ai réussi à pondre à la suite d’un atelier d’écriture de contes animé par Marguerite M’Bonimpa et Sylvi Belleau dans le cadre du Festival Les vieux m’ont conté qui se déroule du 17 au 27 octobre dans divers endroits du Moyen-Nord et de l’Est ontarien.

Dans l’écriture d’un conte, selon les animatrices, il est essentiel de répondre aux questions suivantes : Qui, à savoir quels sont les personnages principaux et secondaires; Quand, c’est-à-dire bien définir le temps, le moment et la durée du conte; Où : bien situer les lieux où se déroule le conte; Quoi, à savoir qu’est-ce qui agit comme déclencheur de l’histoire et quel est le problème qui se présente dans le conte; enfin Comment, soit les péripéties et le dénouement ainsi que la solution du problème central du conte.

En plus de répondre à ces questions, le conteur ou la conteuse doit prendre soin des expressions de son corps, surtout le visage, le regard et l’ouïe. La voix est évidemment de toute importance car il faut que les auditeurs et auditrices dans les dernières rangées d’un auditoire puissent entendre le déroulement du conte.