La rectrice de l’Université Laurentienne, Mme Lynn Wells, a annoncé récemment, sur les ondes de CBC, que l’institution demandait l’avis du public au sujet du nom que devraient porter dorénavant ses équipes sportives connues, depuis 1960, sous l’appellation de Voyageurs. Cette initiative est née du processus de planification stratégique effectué il y a quelques années pendant lequel l’université a mené des consultations communautaires. L’une des suggestions recueillies au cours de ces consultations fut de «changer le nom pour qu’il reflète davantage son mandat triculturel qui comprend les cultures francophone, autochtone et anglophone». Le nom représenterait de plus «un segment de l’histoire coloniale du Canada».
C’est peu connaître l’histoire des rapports entre Autochtones et Voyageurs que d’utiliser le colonialisme comme raison pour changer le nom des équipes sportives. En effet, selon le Rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, publié en 1996, les deux siècles de l’histoire des Autochtones et des Voyageurs, soit du XVIIe au XIXe siècle sont marqués, au contraire, par l’interaction et la coopération.
Voici ce que dit le Rapport : «En dépit d’une multitude de préjugés et de stéréotypes de cette première période entre des sociétés autochtone et non autochtone, on constate aussi l’apparition d’un respect mutuel chez des individus et des groupes qui travaillaient, commerçaient et parfois vivaient ensemble pendant de longues périodes. Loin des salons de l’Europe et des dissertations de l’élite, les gens ordinaires s’appropriaient mutuellement les aliments, les vêtements ou les techniques de chasse ou de transport qui leur étaient utiles. Les rapprochements entraînés par le commerce de la fourrure se traduisaient souvent par des mariages qui eurent pour effet d’enrichir les deux cultures. Les descendants de ces unions allaient former un nouveau peuple à l’identité distincte, les Métis» (Volume I, p. 110).
Le nom Voyageurs reflète on ne peut mieux le mandat triculturel de l’université. Bien que la majorité des Voyageurs de cette époque furent des francophones, plusieurs d’entre eux étaient aussi anglophones. Ils travaillaient pour deux compagnies dont les propriétaires et les dirigeants étaient anglophones, soit la Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest qui ont fusionné en 1821 après plusieurs années de concurrence et de rivalité. Plusieurs Voyageurs ont aussi épousé des femmes autochtones et ont ainsi créé un peuple distinct, les Métis, que l’Acte constitutionnel du Canada de 1982, à l’article 35(2), reconnaît maintenant comme des Autochtones.
Donc les Voyageurs sont à la fois francophones et anglophones; ils ont travaillé pour deux entreprises anglophones, et, enfin, ont créé un peuple qui est aujourd’hui reconnu comme autochtone. Ils représentent donc les trois cultures identifiées dans le mandat triculturel de l’Université Laurentienne, soit les francophones, les anglophones et les autochtones. Aucun autre nom que celui de Voyageurs ne reflète mieux ce mandat.