Le spectacle Nzinga est une coproduction du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui et de la compagnie montréalaise La Sentinelle. Le spectacle est un produit féminin avec un texte brodé par Alexis Diamond, Marie Louise Bibish Mumbu et Tatiana Zinga Botao, mais aussi avec une mise en scène d’Albertine M. Itela.
Comme nous pouvons le lire sur le site du Centre du théâtre d’Aujourd’hui, les autrices «racontent à leur façon leurs propres histoires, tout en partageant leur désir de voir les femmes occuper des postes d’influence et de pouvoir».
Nzinga ?
Le spectacle tire son nom de la reine du XVIIe siècle du peuple Mbundu et souveraine de Ndongo et de Matamba, aujourd’hui appelé l’Angola, en Afrique subsaharienne.
Née avec le cordon ombilical autour du cou, elle a reçu son nom, Nzinga, qui dérive du mot kimbundu kujinga, signifiant «tordre» ou «faire tourner».
Nzinga est née dans une famille régnante de Ndongo. C’est une femme de politique qui s’est évertuée à maintenir, mais aussi à améliorer sa position de reine. Elle est une figure de la résistance africaine contre les menaces du colonialisme européen.
Aux yeux des autrices, Nzinga «femme-Reine, femme-Sœur, femme-Mère, femme-Citoyenne, parle de souveraineté, de légitimité, de choix, des vérités, de posture, d’amitié, de respect, de jugements, de sororité et d’angle-morts».
Le spectacle Nzinga
Tatiana Zinga Botao, interprète principale du texte, est une artiste belge d’origine congolaise. Elle est diplômée de la cohorte 2014 du Conservatoire d’art dramatique de Montréal.
Dans ce triangle spatial, Tatiana découvre, à l’âge adulte, un fil coupé de son histoire familiale. Il s’agit, bel et bien, de son patronyme qui vient de son ancêtre la reine Nzinga, célébrée en tant que fondatrice nationale.
Le spectacle est donc un conte historiographique qui relie Tatiana à son aïeule. Il est question de coudre une histoire avec un fil ancestral. C’est «une histoire fusionnelle, d’entrelacements», disent les autrices sur le site de du Centre du théâtre d’Aujourd’hui.
«Nzinga s’inspire de cette même démarche introspective visant à inscrire son histoire familiale dans la grande histoire politique et sociale de son pays de naissance», évoque Jean Siag, journaliste aux Arts dans La Presse, dans sa critique de Nzinga, publiée le 10 novembre 2023.
«Au cours de la représentation, elle multipliera les parallèles entre son parcours et celui de cette reine guerrière, qu’elle ira jusqu’à incarner sur scène. Une femme qui lui inspirera fierté, courage et force», ajoute-t-il.
Le spectacle raconte par les mots, mais aussi par les mouvements l’acte d’émancipation de la femme africaine. «Le mouvement et la parole, l’intimité et la proximité ancrent le récit dans le présent. Les matières et les couleurs, les cartes du monde, d’Afrique, des territoires ancestraux racontent la reine en offrant la dimension mythique et universelle qui est la sienne», décrit Albertine M. Itela sur le site de du Centre du théâtre d’Aujourd’hui.
L’espace théâtral comme territoire d’éducation
«C’est à 10 ans que l’on apprend l’histoire de la Belgique. Je me souviens qu’il y avait tout un chapitre sur le Zaïre ex-Congo belge comme on l’appelait dans le temps. L’état belge avait civilisé les Congolais. Ce mot-là m’a toujours marqué : civilisé. Mes camarades de classe avaient tous lu Tintin au Congo, et ils riaient des bouches surdimensionnées des Noirs dans la B.D.», raconte Tatiana sur le site de la Compagnie La Sentinelle.
Un moment de son histoire qui choque, mais qui semble avoir sculpté une créativité artistique et intellectuelle de marque. Tatiana Zinga Botao conte les soubresauts de la femme africaine à travers sa propre trilogie identitaire, mais aussi en faisant écho à ses racines lointaines.
Bien que l’histoire personnelle ne reflète, nécessairement, pas celle de la collectivité, mais elle tire, suffisamment, sa racine de celle d’où nous venons. L’histoire de la femme africaine, émancipée, résiliente et résistante.
Une histoire territorialement différente, mais universellement commune à toutes les femmes…
Les billets sont disponibles sur le site du TNO :https://letno.ca/programmation/nzinga/#billets