le Mercredi 3 juin 2026
le Samedi 18 octobre 2025 9:00 Société

La Première nation Nipissing honore les survivants des pensionnats et affiche sa fierté

George Couchie a mené l’assemblée dans un chant traditionnel, suivant son discours à la cérémonie de la Vérité et de la réconciliation de la Première nation Nipissing le 30 septembre à Garden Village. — Crédit photo : Christian Gammon-Roy
George Couchie a mené l’assemblée dans un chant traditionnel, suivant son discours à la cérémonie de la Vérité et de la réconciliation de la Première nation Nipissing le 30 septembre à Garden Village.
Crédit photo : Christian Gammon-Roy

La Première nation Nipissing a organisé une cérémonie émouvante pour marquer le 30 septembre, débutant par des tambours, des danses, des prières et des discours à la patinoire de Garden Village. Une foule importante s'est rassemblée pour y assister et rendre hommage aux survivants des pensionnats autochtones, dont leur membre June Commanda qui était présente.

La Première nation Nipissing honore les survivants des pensionnats et affiche sa fierté
00:00 00:00

Dans son discours, Gimaa (chef) Cathy Stevens a parlé de la réconciliation et de ce qu’elle exige tant des colonisateurs que des Premières nations. «De notre côté, en raison de tout ce qui nous est arrivé, nous avons été montés les uns contre les autres. Nous avons été utilisés dans le cadre du génocide colonial, par le biais de la violence latérale. Nous devons reconnaître cela en nous-mêmes, nous devons comprendre les traumatismes que nous nous sommes infligés les uns aux autres, et nous devons nous soutenir et nous honorer mutuellement,» a expliqué Gimaa Stevens lors d’une conversation après la cérémonie.

Mme Stevens espère que la réconciliation au sein de chaque communauté conduira ensuite à l’essor de l’ensemble des Premières nations. «Si chaque Première nation du Canada faisait ce travail pour s’unir à l’interne, alors nous deviendrions naturellement une seule grande entité à travers le Canada,» affirme-t-elle. Elle mentionne que chaque nation possède sa propre version des enseignements des Sept Grands-Pères, qui sont à la base de la culture Anishinaabe. «Je pense que nous nous retrouverions unis, et c’est ainsi que nous avons existé pendant des milliers d’années. Nous nous respections et il y avait la paix entre nous [avant la colonisation],» souligne-t-elle.

La cérémonie comprenait des chants, des danses, des discours en ojibwe et une affirmation claire et fière de l’identité autochtone, mais Gimaa Stevens précise qu’il ne s’agit pas de montrer une défiance envers les colonisateurs qui ont tenté d’éradiquer leur culture. Or, cette résilience est en effet une source de fierté. «Lorsque les gens peuvent voir tout ce que nous avions, ce que nous avons encore et ce que nous pourrions accomplir avec cela, cela leur procure un sentiment de fierté,» dit-elle. Si chaque personne peut ressentir une fierté et un sentiment d’accomplissement personnels, elle estime que les rassemblements et les cérémonies favorisent un sentiment plus large d’appartenance, d’identité et de fierté. «Lorsque vous vous réunissez en grand groupe, comme nous l’avons fait aujourd’hui, vous ressentez de la fierté pour votre culture et pour qui vous êtes, et vous voulez être plus, vous voulez faire plus.»

En ce qui concerne l’objectif de la réconciliation et ce à quoi cela pourrait ressembler selon Gimaa Stevens, elle veut voir les Premières nations devenir des partenaires à part entière dans les décisions prises à travers le Canada. «Ce que nous devons voir, c’est davantage d’intégration dans les processus décisionnels. Les lois provinciales et fédérales doivent être adoptées en consultation avec nous également. Nous devons être présents à la table, nous n’avons pas besoin qu’on nous dise le lendemain : «Voici ce que nous avons fait, nous avons pris cette décision hier, nous vous en informons maintenant.» Je pense que nous devons bénéficier de consultations équitables. Nous réagissons toujours après coup, mais nous devons participer aux étapes de planification, faire partie de la solution pour l’avenir. On ne doit pas se contenter de dire «oh mince, quelqu’un a-t-il appelé les Premières nations ?» C’est ce qui se passe actuellement,» dit-elle.

Mme Stevens pense que de tels changements au sommet serviraient d’exemple et se répercuteraient à tous les niveaux. «Le grand public se contentera de suivre ce qui se fait en haut. (…) Lorsque le gouvernement canadien commencera à faire les choses correctement, le reste des Canadiens suivront,» croit-elle.

Gimaa Stevens souligne aussi que les terres des Premières nations sont utilisées pour produire des richesses sans que ces nations n’en bénéficient de manière équitable. Selon elle, le gouvernement se contente de distribuer des fonds aux Premières nations plutôt que de les laisser contribuer et participer à la création de ces fonds. En conséquence, certaines communautés se retrouvent sans financement suffisant pour des services importants, tout en étant confrontées aux mêmes problèmes que toutes les autres communautés du Canada. «Toutes les sociétés du monde sont actuellement touchées par le fléau des opioïdes. Les opiacés constituent un énorme problème mondial, et certaines communautés disposent de ressources importantes. (…) Pourquoi n’y a-t-il rien de tel dans notre communauté? Pourquoi tous les autres peuvent-ils obtenir des ressources pour lutter contre ce problème? En omettant d’agir, en laissant simplement le problème se manifester ici et continuer à s’aggraver, c’est une autre façon de nous éliminer,» dénonce-t-elle, ajoutant qu’ils doivent se battre pour obtenir des services égaux tels que la police, les soins de santé, le logement et bien d’autres encore, afin d’être «à égalité avec ce qui existe ailleurs.»

L’égalité pour les Premières nations semble être la destination finale sur le long chemin de la réconciliation. Gimaa Stevens espère que les Premières nations auront une influence plus forte sur la façon dont les choses sont faites dans ce pays, sur cette terre. Ce n’est pas seulement dans l’intérêt des Premières nations, ajoute-t-elle, car elle est convaincue que les nations peuvent offrir beaucoup au pays si leurs contributions ne sont pas écartées.

Le texte a été raccourci pour des considérations d’espace.