Universitaire et écrivain fécond très engagé dans le milieu communautaire francophone en Ontario et au Canada, il a été élu, en 2020, le 13e ambassadeur du réseau du patrimoine Franco-Ontarien, faisant de lui le premier Canadien francophone d’origine extérieure à ce poste. Avec lui, l’UTA a ainsi ouvert toute une série d’activités qui vont avoir lieu partout au Canada au courant du mois de février, qui est le mois de l’histoire des Noirs, dans le but de commémorer la présence de ces derniers dans le pays.
Le féru d’histoire a structuré sa présentation en deux parties distinctes : dans la première, il a retracé avec soin les vagues successives migratoires de l’arrivée des Noirs au Canada et dans la deuxième, il a exposé leurs contributions à la construction du pays et les multiples défis. On apprend que l’année 1604 est une date fondatrice qui marque l’arrivée du premier Noir en la personne de Mathieu Da Costa, interprète et homme libre, médiateur entre les Européens et les Mi’kmaq. La période esclavagiste comprise entre 1628 et 1833 a été marquée par la présence d’Africains réduits en esclaves dans les colonies françaises, puis britanniques. Des loyalistes sont arrivés au Canada à la suite de la guerre d’indépendance américaine (1776-1783); ainsi que les répercussions de la guerre de 1812 qui a drainé plusieurs Noirs fuyant l’esclavage ou s’engageant aux côtés des Britanniques. Il y a aussi le rôle du chemin de fer clandestin dénommé Underground Railroad, symbole majeur de la quête de liberté vers le Canada qui a entraîné plusieurs Noirs.
Dans la deuxième partie, l’auteur de l’ouvrage L’Histoire oubliée de la contribution des esclaves et soldats noirs à l’édification du Canada (1604-1945) a présenté avec clarté les notables contributions des Noirs à l’édification du Canada. Dans le domaine militaire, économique, sportif, politique, musical, les Noirs ont laissé des empreintes indélébiles. Par exemple, au niveau économique, au Nord de l’Ontario, la plus ancienne présence noire documentée remonte à l’époque de la traite des fourrures. Des Noirs, certains libres, d’autres anciennement réduits en esclavage, ont travaillé comme voyageurs, guides, interprètes et manœuvres. Ils circulaient et vivaient autour du Lac Supérieur, du Lac Nipissing et du corridor de la rivière des Outaouais. Avec l’industrialisation du Nord de l’Ontario, des travailleurs Noirs ont été employés dans des chantiers forestiers, des entreprises minières et des industries sidérurgiques. Ils vivaient souvent dans des logements ségrégués ou informels, ce qui rend leur histoire plus difficile à retracer. À Sudbury, des familles noires ont fait partie de la classe ouvrière multiculturelle dès le début du XXᵉ siècle.
Quant à la politique d’immigration, le docteur Ba, en véritable scribe courageux, se basant sur des expériences largement documentées, ainsi que la qualité de vie des communautés noires, pense qu’il y a trois pays hors d’Afrique offrant davantage de respect, de reconnaissance et de protection institutionnels aux Noirs. Ces pays sont : le Canada, le Brésil et le Royaume-Uni. Selon l’historien, le Canada occupe la première place dans ce classement prestigieux en raison de plusieurs facteurs. Tout d’abord, il y a la présence d’un cadre juridique solide qui lutte contre la discrimination raciale. Ensuite, le multiculturalisme est inscrit dans la loi et les Noirs sont fortement représentés dans des secteurs clés, tels que l’enseignement, la santé, la politique, les médias et la fonction publique. Enfin, les lois canadiennes sur l’immigration sont plus ouvertes et inclusives que dans de nombreux autres pays occidentaux. À cet effet, on peut voir des familles noires toutes entières arriver au Canada directement avec la résidence permanente.
Les défis restent quelques inégalités systémiques, de la sous-représentation et quelques enjeux de reconnaissance. L’érudit en histoire recommande aux nouveaux arrivants Noirs deux choses : «la première consiste à apprendre à connaître l’histoire du pays d’accueil, ainsi que sa géographie, sa trajectoire culturelle, ses lois, et prendre le temps pour bien observer le pays. La deuxième chose est celle de connaître la raison de sa venue au Canada sur le plan personnel, afin de trouver la voie idoine pour bien s’intégrer, travailler l’éveil, se former, s’adapter et s’épanouir professionnellement. Il faut connaître les réalités culturelles du pays d’accueil, pratiquer de la curiosité productive, par exemple, investir dans la préparation de l’avenir des enfants». Après l’exposé, naturellement, des échanges de haut vol se sont déroulés avec des participants qui étaient satisfaits des mines d’informations partagées sur l’histoire de la présence des Noirs au Canada. Les témoignages sont parlants : pour Charlotte Bogomaz, «nos églises sont réanimées par l’immigration africaine». Jacques Babin a souligné que «Mattawa tout comme Kapuskasing sont des villes de l’Ontario ayant eu des Maires noirs». Pour Jean-Marie Messier, «dans ma carrière en éducation, j’ai observé que les Noirs font revivre le français dans nos écoles secondaires ».
Le prochain dîner-conférence aura lieu le dimanche 1er mars 2026 de 11 h 30 à 14 h à l’hôtel Radisson sur le thème : En canoë : de Mattice à Moosonee, animé par Simon Laflamme et Mélanie Girard.
Collaboration spéciale de Jacques Fanche, Bénévole communautaire et culturel