Sous le sol de cette mine repose 237 000 tonnes de trioxyde d’arsenic, le sous-produit de plus de cinquante ans d’exploitation minière. Une cuillère à soupe d’arsenic peut tuer des dizaines de personnes; 237 000 tonnes peuvent tuer la population du monde entier.
Avec les changements climatiques et la fonte du pergélisol, on craint que l’arsenic ne se déverse dans l’eau du lac, ce qui entraînerait une catastrophe écologique d’une ampleur importante. Bouleversée par cette histoire et ses implications pour notre avenir, Marie-Ève décide d’entreprendre un projet de recherche sur les effets des industries d’extraction au Canada.
La pièce Giant Mine, une œuvre de théâtre documentaire présentée du 4 au 7 mars à La Place des Arts du Grand Sudbury (PdA), raconte l’histoire de cette enquête environnementale. Co-produite par Marie-Ève Fontaine (qui joue son propre rôle), le Théâtre du Nouvel-Ontario et le Théâtre français du Centre National des Arts, la pièce est une unique exploration de l’éco-anxiété qui met de l’avant une scénographie atmosphérique et intime.
On retrouve cette intimité dès le début de la pièce : alors que les spectateurs entrent dans la salle de théâtre, ils sont accueillis par les interprètes et sont invités à explorer la scène avec eux.
En se promenant, ils peuvent observer des roches, des minéraux et d’autres artéfacts intéressants placés au tour de la scène qui sont présentés par les comédiens eux-mêmes ou bien accompagnés par des extraits sonores qui traitent du thème de l’écologie. Il n’y a pas de coulisses traditionnelles et aucun endroit n’est interdit d’accès : le spectateur est libre d’explorer l’espace comme il veut.
Comme pour renforcer davantage cette intimité, la scène est placée entre deux zones assises qui se font face, ce qui permet aux spectateurs de se regarder l’un l’autre pendant la pièce. Tout au long de la soirée, il y a un échange silencieux entre les membres du public et leurs réactions, leurs visages et leurs langages corporels finissent par faire partie du récit.
Une bonne part de Giant Mine est constituée de dramatisation d’entretiens menés par Marie-Ève, pendant ses années de recherche. Parmi les personnages interviewés, il y a des géologues, des ingénieurs miniers, des citoyens concernés, qui ont presque tous un point commun : ils refusent d’assumer la moindre responsabilité pour leur rôle, aussi minime soit-il, dans ce système qui pollue et empoisonne nos communautés.
La géologue à la recherche de zones propices à l’extraction se console en se disant qu’elle n’est pas directement responsable pour l’exploitation, malgré l’importance de son rôle dans ce processus. Le mineur, conscient des effets néfastes de son travail, apaise sa conscience en se disant : «Eh bien, je dois bien gagner ma vie, n’est-ce pas? Et si je ne le fais pas, quelqu’un d’autre le fera».
Mais est-il utile d’examiner ces enjeux sous l’angle de la responsabilité individuelle? À la fin du spectacle, Marie-Ève se questionne sur ce point. Elle se demande si tous ces efforts de compostage, de recyclage, de prendre des douches plus courtes, de réduire la quantité de ses déchets ont réellement un impact ou si elle prend ces initiatives simplement pour se sentir bien, pour prétendre qu’elle fait une différence. Et malgré sa posture écolo, n’est-il pas le cas qu’elle, comme tout le monde, profite des innombrables produits qui sont fabriqués grâce à l’exploitation minière? Comment faire pour réconcilier ces positions?
Giant Mine aborde ces questions, tout en exposant une multitude de faits et d’anecdotes absolument terrifiants sur la gravité des dommages causés par l’exploitation minière. Aucune réponse ni solution n’est proposée; le but est plutôt d’affronter ces enjeux, d’entamer des conversations. Et c’est peut-être exactement ce dont nous avons besoin, s’il y a un espoir de trouver une issue.