Cette initiative, présentée le 19 mars 2026 à Sudbury par le ministère de l’Énergie et des Mines, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer l’autonomie économique de la province, à stimuler la croissance dans le Nord et à développer des chaînes d’approvisionnement intégrées pour les minéraux critiques.
Selon le gouvernement de l’Ontario, cet investissement permettra de financer une partie des coûts liés à l’exploration et à la mise en valeur de nouveaux gisements. Il devrait également soutenir 71 emplois dans des collectivités du Nord et en milieu rural, tout en générant des retombées économiques estimées à 18 millions de dollars. «Le programme cible principalement les petites sociétés minières et les prospecteurs titulaires de permis, qui jouent un rôle central dans les premières étapes de découverte des ressources».
L’annonce intervient dans un contexte où l’Ontario a lancé des consultations pour moderniser sa Stratégie relative aux minéraux critiques. Cette démarche vise notamment «à réduire les formalités administratives, à accélérer les processus d’approbation et à augmenter les investissements consacrés à l’exploration initiale. L’objectif est de renforcer la position de la province dans un secteur jugé stratégique pour l’économie canadienne et mondiale.»
Le ministre de l’Énergie et des Mines, Stephen Lecce, a déclaré : «Pour renforcer l’autonomie du Canada, l’Ontario investit massivement dans l’exploration préliminaire afin d’alimenter un solide bassin de nouvelles mines et de nouveaux emplois.» Il a ajouté que la modernisation du régime de permis et l’augmentation des investissements permettent à la province de se positionner comme «chef de file national en matière d’investissements en exploration préliminaire» et comme «la province la plus attrayante au Canada pour l’investissement minier».
L’exploration minière préliminaire est décrite comme une étape à haut risque, où seulement un projet sur mille devient une mine exploitée. «Les coûts élevés, les délais importants et les contraintes géographiques rendent difficile l’accès au financement privé pour les petites entreprises du secteur. Le POAPSEM vise précisément à atténuer ces obstacles en partageant une partie des risques financiers».
Le programme prévoit un financement pouvant atteindre 50 % des coûts admissibles. «Avec les ajustements récents, les prospecteurs peuvent recevoir jusqu’à 65 000 dollars par projet, incluant un soutien à la participation des communautés autochtones. Les petites sociétés minières peuvent quant à elles obtenir jusqu’à 215 000 dollars par projet, également avec un volet de financement destiné à favoriser l’engagement autochtone», explique le gouvernement.
Depuis sa création en 2021, le POAPSEM a permis, selon le gouvernement, d’investir 30 millions de dollars dans des cycles précédents. «Ces fonds ont soutenu 213 entreprises et financé des projets d’exploration initiale, dont 165 portaient sur des minéraux critiques. Le gouvernement souligne que chaque dollar public investi a généré plus de deux dollars d’investissement privé, ce qui en fait, selon lui, un levier efficace pour attirer des capitaux.»
Parallèlement à ce programme, la province a annoncé la mise en place d’un Fonds pour le traitement des minéraux critiques doté de 500 millions de dollars. «Ce fonds vise à renforcer la capacité de transformation des ressources extraites en Ontario, afin que celles-ci soient également traitées localement. L’objectif est de créer une chaîne d’approvisionnement complète, de l’extraction à la transformation, en passant par la fabrication.»
Les minéraux visés incluent notamment le lithium, le nickel, le cuivre et les terres rares, qui sont essentiels à plusieurs secteurs industriels. Ils sont utilisés dans la fabrication de batteries, dans les technologies de défense et dans divers processus industriels. La demande mondiale pour ces ressources est en croissance, ce qui renforce l’intérêt stratégique de leur exploitation, poursuit le gouvernement.
Le gouvernement met également en avant le cadre «Un projet, un processus» (1P1P), qui vise à simplifier les démarches réglementaires en unifiant les processus entre différents ministères. Selon lui, cette approche permettrait de «réduire d’environ 50 % les délais d’approbation des permis provinciaux pour certains projets d’exploration avancée et de mise en valeur.»
Le ministre du Développement et de la croissance économique du Nord, George Pirie, a souligné l’importance de l’exploration initiale dans le développement du secteur : «Le Nord de l’Ontario figure parmi les régions au potentiel minéral les plus riches au monde, et tout débute par l’exploration initiale.» Il a ajouté que le soutien aux prospecteurs et aux sociétés minières juniors vise à créer les conditions nécessaires pour transformer les découvertes en investissements et en emplois.
Plusieurs représentants du secteur ont également réagi à l’annonce. Steve Virtue, président-directeur général de l’Ontario Prospectors Association, a déclaré : «L’indépendance minérale de l’Ontario est au cœur de notre souveraineté économique, et des programmes comme le POAPSEM jouent un rôle essentiel pour la préserver.» Il estime que le soutien à l’exploration initiale contribue à maintenir la compétitivité de la filière minière.
Le maire du Grand Sudbury, Paul Lefebvre, a mis en avant le rôle de sa région comme centre d’expertise minière : «Le Grand Sudbury est fier d’être un pôle mondial d’expertise minière, fort d’un écosystème minier et d’un secteur de services et de fournitures incomparable au monde.» Il considère que le programme permet aux petites entreprises de faire progresser les découvertes et de renforcer la position du Nord de l’Ontario à l’échelle internationale.
Priya Tandon, présidente de l’Ontario Mining Association, a pour sa part insisté sur l’importance de l’exploration pour l’avenir du secteur : «L’exploration est le point de départ des mines de demain. » Elle a salué la décision du gouvernement de maintenir son soutien aux petites entreprises, qui sont à l’origine de nombreuses découvertes.
Dans le Nord-Ouest de la province, Rick Dumas, président de la Northwestern Ontario Municipal Association, a souligné l’impact local de ces investissements : «Cet investissement dans l’exploration précoce est déterminant pour le Nord de l’Ontario, particulièrement pour les localités du Nord-Ouest où le secteur minier est au cœur des économies locales.» Il a ajouté que ces programmes soutiennent les emplois et les entreprises locales, tout en favorisant le développement économique.
Des entreprises bénéficiaires ont également témoigné de l’impact du programme. Marc Sale, chef de la direction de First Class Metals PLC, a affirmé que le soutien reçu «a réellement transformé notre capacité à mener des activités d’exploration sur nos propriétés en Ontario». Il considère le POAPSEM comme un investissement dans l’avenir du secteur minier provincial.
Grant Mourre, chef de la direction de SPC Nickel Corp., a indiqué que le programme constitue «un soutien déterminant, essentiel pour garder l’exploration initiale active et porteuse de nouvelles découvertes». Il a également évoqué un contexte mondial marqué par l’incertitude et une demande croissante pour des minéraux provenant de sources fiables.
D’autres entreprises ont mentionné des résultats concrets liés au programme. Michael Farrant, président de New Break Resources, a déclaré qu’une subvention obtenue a joué «un rôle clé» dans la découverte aurifère réalisée sur le projet Moray. Il a ajouté que les travaux d’exploration menés au cours des dernières années ont été «considérablement renforcés» grâce au soutien du programme.
Michael Michaud, président de RPX Gold, a expliqué que le financement a permis de couvrir des activités essentielles telles que le forage et la modélisation géologique, contribuant à une évaluation économique préliminaire de son projet aurifère près de Wawa. Selon lui, cela a permis de démontrer la viabilité économique potentielle du site.
Dans le domaine de la recherche, Nadia Mykytczuk, présidente et chef de la direction de MIRARCO, a souligné l’importance des données scientifiques dans l’exploration : «Tout gisement rentable prend racine dans une connaissance fine et approfondie du terrain sous nos pieds.» Elle considère l’investissement provincial comme une étape importante pour sécuriser la chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques.
Selon les données fournies dans le communiqué, environ 200 entreprises mènent actuellement plus de 300 projets d’exploration en Ontario, principalement dans le Nord. En 2024, la province a attiré près de 1,1 milliard de dollars en dépenses liées à l’exploration minérale et à l’évaluation de gisements, ce qui confirme sa position de chef de file au Canada.