le Samedi 20 juin 2026
le Mercredi 29 avril 2026 10:35 Société

Prix civiques : le bénévolat francophone à l’honneur

Lynne Dupuis, présidente-directrice générale de LMD Solutions, le commanditaire principal. — Photo : Courtoisie
Lynne Dupuis, présidente-directrice générale de LMD Solutions, le commanditaire principal.
Photo : Courtoisie

Le 20 avril dernier, la Ville du Grand Sudbury a rendu un vibrant hommage à ses forces vives, lors de la remise des Prix civiques. Cette cérémonie, qui célèbre le dévouement citoyen, a mis en lumière l’apport essentiel des bénévoles, avec une attention particulière portée, cette année, à l'engagement de la communauté francophone.

Prix civiques : le bénévolat francophone à l’honneur
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Remis depuis plus de vingt ans, les Prix civiques récompensent l’excellence dans des catégories distinctes. Parmi les distinctions les plus attendues figurait le prix de l’Engagement communautaire francophone, introduit l’an dernier. 

Cette année, les honneurs sont revenus à Jeannette Castonguay, dans la catégorie individuelle, et aux initiateurs du projet AlphaGraphe, pour le volet collectif.

LMD Solutions : un partenaire de valeurs

Le succès de cet événement repose sur des partenariats solides, notamment celui de LMD Solutions, commanditaire principal de la soirée. 

Pour sa présidente-directrice générale, Lynne Dupuis, dont l’entreprise se spécialise depuis 13 ans dans le coaching et la gouvernance, cet appui est naturel.

«C’est un immense plaisir de soutenir cet événement pour une deuxième année consécutive», confie-t-elle. 

Pour Mme Dupuis, le bénévolat est une valeur fondamentale, tant personnelle que professionnelle : «Nous travaillons étroitement avec des conseils d’administration et des organismes composés de bénévoles. Reconnaître leur apport est une extension directe de notre mandat.»

La reconnaissance : clé du succès

Selon l’experte en gestion, la gratitude publique est un levier stratégique pour toute organisation. «Si l’on veut mobiliser les gens durablement, la reconnaissance est l’un des plus grands facteurs de réussite», explique Mme Dupuis.

C’est cette conviction qui l’a poussée, en 2025, à demander que soit instauré officiellement le prix dédié à la francophonie au sein du concours. 

«Il était impératif que la contribution des francophones soit reconnue et intégrée de façon permanente dans la structure des Prix civiques», souligne-t-elle.

Lynne Dupuis espère que son engagement inspirera d’autres entreprises du secteur privé à soutenir de telles initiatives, rappelant que chaque geste de bénévolat renforce le tissu social de notre communauté.

Jeannette Castonguay, présidente du Club 50 de Chelmsford, avec le maire du Grand Sudbury, Paul Lefebvre.

Photo : Courtoisie

Une vocation familiale de longue date

Au niveau individuel, le Prix civique pour l’engagement communautaire francophone a été décerné à Jeannette Castonguay. Enseignante à la retraite et présidente du Club 50 de Chelmsford — un lieu essentiel de rencontre et de soutien pour les aînés —, elle a été honorée pour son dévouement exceptionnel envers sa communauté.

Lorsqu’elle a appris la nouvelle, l’émotion était palpable : «J’ai été réellement touchée d’être choisie comme personnalité de la francophonie, car la langue et la culture me tiennent énormément à cœur. Ce sont mes enfants qui ont soumis ma candidature, s’unissant pour témoigner de leur fierté face à mon travail communautaire. C’est un geste qui m’a beaucoup émue», confie-t-elle.

Interrogée sur le moment précis où elle a décidé de s’investir pour la communauté franco-sudburoise, Mme Castonguay explique que le bénévolat est, pour elle, une affaire de famille. «Nous avons grandi là-dedans. Mes parents comptaient parmi les couples fondateurs du Club 50 et étaient très actifs au centre culturel. Dès mon plus jeune âge, j’ai suivi leurs traces, que ce soit par le scoutisme, l’église ou l’école», raconte-t-elle. 

Plus tard, cet engagement s’est poursuivi comme animatrice chez les Guides pendant 15 ans.

Son passage dans l’enseignement a aussi été marqué par cette volonté de faire rayonner sa culture : «J’ai toujours cherché à en faire plus à l’école pour faire vivre la langue, par la musique, le théâtre ou la comédie. J’ai essayé d’apporter tout ce que je pouvais, d’abord dans mes classes, puis dans la communauté, et aujourd’hui au Club 50.»

Bâtir des ponts entre les générations

Le travail de Jeannette Castonguay contribue également à rapprocher les citoyens. 

À travers les quatre clubs d’aînés de la région (Azilda, Sudbury, Hanmer et Val Caron), elle mise sur l’intergénérationnel. 

«Nous organisons des activités qui attirent différents groupes d’âge, afin de renforcer les liens familiaux. C’est une façon de pérenniser l’héritage que nos parents et grands-parents nous ont laissé», dit-elle.

L’avenir de la francophonie à Sudbury

Quant à l’évolution de la culture francophone à Sudbury, elle pose un regard à la fois lucide et optimiste. «Bien que la tendance des jeunes à parler anglais m’inquiète parfois, je garde espoir. Avec des institutions comme la Place des Arts et des équipes extraordinaires, la culture est vibrante. Nos écoles travaillent aussi très fort pour sauvegarder la langue et valoriser le bilinguisme», se félicite-t-elle.

Pour elle, le bénévolat reste le meilleur outil de préservation culturelle. 

« Je suis ravie de voir que les élèves du secondaire doivent accomplir 40 heures de bénévolat. C’est une occasion de découvrir la joie de donner sans compter, comme on disait chez les Guides. Ce sont ces gestes qui rendent les gens heureux et créent une chaîne d’entraide. On ne peut pas toujours rendre le bien à ceux qui nous ont aidés, mais on peut le transmettre de main en main, de génération en génération. Nos groupes survivront grâce à ces jeunes qui décident de s’embarquer», conclut-elle avec conviction.

Co-fondatrices d’AlphaGraphe : à gauche, Michèle Minor-Corriveau; à droite, Alex-Andrée Madore.

Photo : Courtoisie

Le projet AlphaGraphe à l’honneur

Dans la catégorie des groupes, le Prix civique de l’engagement communautaire francophone a été décerné aux créatrices d’AlphaGraphe. 

Cet outil pédagogique innovant, conçu pour soutenir l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, est le fruit d’une collaboration entre Michèle Minor-Corriveau, orthophoniste et professeure agrégée à l’Université Laurentienne, et la psychologue scolaire Alex-Andrée Madore.

«Nous avons créé cet outil pour combler un manque. En français, il n’existait pas de documentation concrète pour orienter le personnel scolaire sur la progression à suivre dans l’enseignement de la lecture», explique Mme Minor-Corriveau.

Interrogée sur sa première réaction à l’annonce du prix, la co-créatrice ne cache pas son émotion : «J’ai été surprise. Je suis consciente de tout le travail remarquable qui se fait dans la communauté et qui mérite tout autant d’être reconnu. C’est très flatteur. On a souvent l’impression de travailler dans l’ombre, alors s’apercevoir que les gens portent attention à ce que l’on fait est extrêmement gratifiant», indique Michèle Minor-Corriveau.

Le moteur de l’engagement

Bien que ce prix soit une belle tape dans le dos, la motivation de l’équipe reste ancrée dans le service à la communauté. «Ce n’est pas pour les prix que nous donnons nos soirées et nos fins de semaine ; nous l’aurions fait de toute façon», confie la professeure. «Voir que des gens attendent nos ressources ou expriment des besoins encore non comblés nous pousse à continuer de nous investir», souligne-t-elle. 

Militer pour le français au quotidien

Le prix de l’engagement francophone souligne une réalité particulière. Pour Mme Minor-Corriveau, être francophone en milieu minoritaire exige un effort constant : «Je connais peu de francophones ici qui n’ont pas besoin d’être militants quotidiennement pour préserver leurs droits. Ce prix reconnaît la difficulté de travailler avec peu de soutien dans notre contexte minoritaire.»

Quant à l’avenir, l’objectif d’AlphaGraphe dépasse la simple distribution de matériel. 

«Mon espoir est que les enseignants s’approprient ces savoirs sur la structure de la langue. À terme, cela facilitera leur enseignement et ils auront moins besoin de ressources externes pour soutenir leurs élèves de manière concise et efficace.»

Elle conclut sur l’aspect humain du projet : «Au-delà du format papier, le fait que cet outil soit gratuit permet un partage des connaissances. Il suffit qu’une ou deux personnes s’approprient ces savoirs dans une école pour qu’elles les transmettent aux autres, créant ainsi un effet durable pour les générations futures.»

Outre l’engagement au sein de la francophonie, des prix civiques ont été décernés dans plusieurs catégories, notamment les arts et la culture, l’action communautaire, les soins de compassion, l’environnement, les sports, la préservation du patrimoine et l’apport des nouveaux arrivants.