le Jeudi 4 juin 2026
le Samedi 24 juin 2023 6:00 Arts et culture

L’histoire commune des deux figures de proue de la littérature franco-ontarienne

  Photo : Courtoisie
Photo : Courtoisie

Sudbury — Dans le microcosme franco-ontarien, denise truax et Prise de parole sont pratiquement indissociables. Donc, célébrer le 50e anniversaire de la maison d’édition créée à Sudbury en 1973 sans parler avec celle qui y travaille depuis 35 ans — anniversaire le 1er juillet — afin de revenir sur ce parcours commun serait un sacrilège. Nous l’avons donc rencontré dans son bureau de la Place des Arts.

L’histoire commune des deux figures de proue de la littérature franco-ontarienne
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La jeune femme originaire de Sturgeon Falls — oui, elle a participé à la crise scolaire — est devenue rédactrice responsable de la revue Liaison dès le troisième numéro à la fin des années 1970. Liaison avait été lancée par Théâtre Action (TA) comme revue sur le théâtre franco-ontarien. «La proximité avec ce milieu et les festivals, ça a été mon premier contact avec le bassin provincial de création et c’est clair que Sudbury et le Nord de l’Ontario étaient bien importants là-dedans», dit-elle.

Quand TA a accepté que Liaison devienne une revue pour tous les arts de la scène, ils ont aidé à créer les Éditions l’Interligne pour la gérer. Pendant trois ans, denis truax a continué à travailler surtout pour la revue. La nouvelle maison d’édition publie très peu de livres à ses débuts.

«Quand j’ai quitté la revue en 1983, c’était avec la volonté de ne plus jamais faire d’édition. Je n’avais pas une bonne tête pour toute la coordination», explique-t-elle. 

Après quelques autres contrats et voyages, Gaston Tremblay et Robert Dickson ont cogné à sa porte parce que le poste de direction générale des Éditions Prise de parole (PdP) s’ouvrait. «J’ai dit “non”, parce que j’étais encore dans ma décision. Robert Dickson a réussi à me tordre juste assez le bras pour que je dépose au moins ma candidature.»

Elle connaissait déjà bien la maison d’édition et avait lu «à peu près toutes» ses publications. «C’était très important dans mon cheminement. Il y avait un espace francophone qui était livré en littérature et j’étais un peu une fan finie de ce mandat.» Du moins, c’est ce qu’elle a compris en faisant les démarches pour le poste; qu’elle acceptera finalement.

Les débuts

Lorsqu’elle arrive en poste, il y a déjà quatre ouvrages chez l’imprimeur, dont Le Chien de Jean Marc Dalpé qui remportera le premier Prix du gouverneur général pour PdP, et Noëlle à Cuba de Pierre Karch. «C’était vraiment riche.»

Cependant, il n’y avait aucun manuscrit en attente de lecture, mais quelques projets et dossiers scolaires à terminer. L’un d’eux était le manuel Expression dramatique d’Hélène Gravel et Madeleine Azzola. «J’ai fait les exercices, mais il manquait des bouts de descriptions. J’ai pris des jours et des jours à le refaire», raconte Mme truax.

«Le plus gros de tous les problèmes, c’est qu’on n’avait pas de distributeur au Québec. Mais nous n’étions pas les seuls au Canada, dit-elle. Ça voulait dire qu’un livre extraordinaire comme Noëlle à Cuba, qui a été encensé par tous les médias, on n’en a à peu près pas vendu. Et ça a été ma première grande peine d’amour à Prise de parole.»

«La première décennie, c’en est une où on n’a pas beaucoup d’argent et où il y a beaucoup d’enjeux. Il y a de beaux livres! Mais la maison a peu de moyens», nuance-t-elle. 

Les hauts…

Prise de parole était présent aux débuts du Regroupement des éditeurs franco-canadiens (RECF), fondé en 1989. Les piliers de diffusion et de distribution établis à travers l’association a permis à plusieurs petites maisons d’édition, dont PdP, de se faire connaitre un peu plus au Québec. Des initiatives collectives ont permis de percer le plus gros marché francophone de l’Amérique.

«En bout de ligne, il y a des éléments qui se sont mis en place et qui ont permis que, dans les années 2000, on change de vitesse.»

Mme truax considère l’étendue du territoire de couverture de PdP comme une autre histoire à succès pour la maison d’édition. Un élargissement du mandat original, qui était de donner une voix aux Franco-Ontariens. 

Quand on publie quelqu’un, que l’on donne accès aux paroles de chez nous, non seulement les gens se voient et s’entendent, mais ça leur donne aussi souvent la piqure. On enrichit un milieu.

— denise truax

denise truax

Photo : Courtoisie

C’est en suivant cette philosophie qu’elle a lancé la maison dans l’édition de livres d’auteurs des Premières Nations. «Nous avons publié [Champion et Ooneemeetoo] de Tomson Highway en 2004», traduit par Robert Dickson. «Je ne comprends pas vu l’excellence de l’œuvre de Tomson, que les [Québécois] n’étaient pas intéressés. C’était surtout les Français qui publiaient en traduction les autochtones de l’Amérique du Nord.» 

«Ça nous a amenés à changer notre mandat et à le déterritorialiser. Parce que la notion de territoire chez les Autochtones est très différente de chez les colonisateurs», explique Mme truax.

Elle inclut aussi l’arrivée de Sylvie Lessard dans les moments forts. En 2004, elle devenait la 3e employée de PdP et a développé les premiers efforts de commercialisation et de promotion. «Elle a fait un travail exemplaire avec nous pendant 9 ans.»

… et les bas

En 1989, une inondation a détruit tous les ordinateurs. Heureusement, ils sont parvenus à récupérer les données.

Au cours de la première décennie, denise truax a aussi eu à gérer une poursuite de PdP contre l’éditeur québécois Guérin. Ils avaient mis tous les éléments principaux de la trame narrative du roman La vengeance de l’orignal de Doric Germain — un des meilleurs vendeurs de la maison d’édition à l’époque —  sans demander leur permission. «Après ça, ils allaient nous le dire et nous on allait être gentil et on allait accepter 1000 $.» La bataille légale a durée quatre ans et s’est terminée en faveur de PdP.

Ce texte publié dans Le Voyageur du 21 juin contient quelques sujet de plus sur l’ouverture vers l’Acadie, le numérique et les plans futurs de Mme truax. Pour ne rien manquer, abonnez-vous!