par Rachel Desaulniers
Je suis fille de mineur. Mon père a travaillé sous terre en Abitibi et dans le nord du Manitoba avant de s’établir ici à Sudbury avec sa femme et ses cinq enfants. Au souper, on écoutait le récit de sa journée : la « cage » qui est tombée en panne retardant la descente des mineurs vers les galeries souterraines, un tel qui est resté coincé derrière la « mucking machine », l’autre qui s’est disputé avec le « shift boss ». Gamine, je me souviens d’une journée, dans l’autobus qui me ramenait de l’école à la maison, apercevoir la voiture de mon père dans l’entrée. J’étais contente parce que mon papa avait terminé sa journée à l’INCO plus tôt qu’à l’habitude, un congé hâtif comme une journée d’école écourtée qui réjouit les élèves. Mais, arrivée à la maison, l’ambiance n’était pas à la fête. Je découvrais mon père assis dans son fauteuil, blême, l’air grave, la jambe levée sur une chaise avec au pied, comme une botte de plâtre fraichement posée, résultat d’un accident de travail. Ma joie avait été chassée par un sentiment de tristesse et de préoccupation pour celui qui avait été blessé dans l’exercice de ses fonctions.
Ce sont des anecdotes semblables que vous pourrez lire dans la plus récente publication de la Société historique du Nouvel-Ontario (SHNO). L’ouvrage Des vies sous la terre, des vies sur la terre est une collaboration de trois auteurs, Rachid Bagaoui, Simon Laflamme et Donald Dennie, qui recensent la mémoire collective et l’héritage du milieu minier dans la vie sociale de la région. On peut y lire des récits de vie, des souvenirs et des témoignages d’anciens mineurs qui se sont confiés à Donald Dennie, professeur émérite de sociologie de l’Université Laurentienne, et à Rachid Bagaoui, professeur à la Laurentienne. Alors que Dennie poursuit ses recherches et ses écrits sur l’histoire sociale du Grand Sudbury, les travaux de Bagaoui portent sur la sociologie du travail, l’économie sociale et les enjeux liés à la minorité francophone en Ontario.
Sur une période d’un an, les chercheurs ont mené des entretiens, dont 17 en anglais et 11 en français, avec des retraités de l’industrie minière de la région du bassin de Sudbury. Les participants et la participante, puisqu’il y une femme parmi les anciens travailleurs, ont partagé des informations sur des sujets variés : la famille, l’éducation, les loisirs et le quotidien à la retraite.
Les auteurs font un retour sociohistorique sur le travail dans l’industrie minière dans le contexte du bassin sudburois et brossent un portrait humain de ceux et de celle qui ont fait carrière dans l’anonymat et l’obscurité souterraine afin que leurs histoires soient connues publiquement… au grand jour.
A également contribué à cet ouvrage, Simon Laflamme, lui aussi professeur à l’Université Laurentienne où il enseigne des cours de méthode et de théorie dans les programmes de sociologie et de doctorat en sciences humaines et interdisciplinarité. Il met à profit son expertise en proposant une analyse textométrique des propos recueillis, c’est-à-dire une étude fine du vocabulaire et des mots qui permettent d’approfondir le sens et la lecture des témoignages des mineurs.
Le livre Des vies sous la terre, des vies sur la terre sera en vente au Salon du livre du Grand Sudbury qui se déroule en fin de semaine à la Place des arts, situé au 27, rue Larch au centre-ville. La Société historique du Nouvel-Ontario (SHNO) est fière de vous inviter au lancement ainsi qu’à une causerie le samedi 9 mai à 11h30 avec les auteurs. La session sera animée par Julie Boissonneault, chercheuse associée au Centre de recherche sur les francophonies canadiennes (CRCCF) et professeure émérite de l’Université Laurentienne. Responsable du comité de publication de la SHNO, elle a coordonné la production de ce livre. Madame Boissonneault a pu compter sur la participation des autres membres du comité de publication, soit Lucien Pelletier et Paul de la Riva.
Cette 104e édition des documents historiques s’ajoute aux autres publications de la SHNO ayant pour thème les mines de la région. Les titres suivants seront également disponibles au Salon du livre : Faune et mines régionales (1943), Les Mines de Nickel de la région de Sudbury par Frédéric Romanet de Caillaud (1960), L’industrie du nickel à Sudbury au début du XXe siècle (1978) et Mine de Rien, les Canadiens français et le travail minier à Sudbury, 1886-1930 par Paul de la Riva (1997).
Pour plus d’informations, écrivez à la SHNO à [email protected].
Au plaisir de vous voir au Salon!