le Dimanche 19 juillet 2026
le Lundi 11 mai 2026 10:30 Arts et culture

Théâtre : Isabelle Payant plonge Sudbury dans l’univers du 45, de la Taupinière

Isabelle Payant. — Photo : Amélie Frederick
Isabelle Payant.
Photo : Amélie Frederick

Le Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO) clôt sa saison le 16 mai avec 45, de la Taupinière, une création du Théâtre des Petites Âmes conçue pour les 2,5 à 5 ans. Née d'un atelier étudiant dirigé par Isabelle Payant au Collège Lionel-Groulx, cette production axée sur la marionnette et la proximité sera présentée à la Place des Arts du Grand Sudbury, avant de poursuivre sa route vers la Saskatchewan et le Manitoba.

Théâtre : Isabelle Payant plonge Sudbury dans l’univers du 45, de la Taupinière
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Directrice artistique et co-directrice générale du Théâtre des Petites Âmes, basé à Montréal, Isabelle Payant est une créatrice aux multiples visages. Pour sa production 45, de la Taupinière, elle multiplie les rôles : idéatrice, créatrice et co-conceptrice. Mais comment ces différents chapeaux s’articulent-ils dans le secret de l’atelier? Pour elle, la création n’est pas une ligne droite, mais un dialogue constant entre l’objet, l’espace et l’humain.

L’épreuve du réel : construire pour voir

Contrairement à ceux qui attendent le texte pour imaginer la scène, Isabelle Payant mise sur le concret dès les premières heures du projet. «On a tout de suite construit le dispositif scénique à échelle réelle», explique-t-elle. «Je refuse de travailler dans le « peut-être ». Il faut l’essayer, il faut le voir.»

Plutôt que de dicter une histoire aux marionnettes, elle laisse l’espace et le mouvement guider le récit. En jouant avec le dispositif, les enjeux techniques et les possibilités physiques des « petites créatures » — qu’elle décrit comme très vivantes —, la structure du spectacle émerge naturellement. Pour Isabelle, les mots sont les derniers arrivés : «On est dans l’action. Qu’est-ce qui est possible? Qu’est-ce qui est réaliste? On peaufine jusqu’à l’essence même du spectacle.»

Un laboratoire de collaboration

Le spectacle a également servi de terrain fertile pour la relève artistique. En collaboration avec le département de musique du Collège Lionel-Groulx (Sainte-Thérèse), Isabelle a impliqué douze étudiants en composition pour imaginer l’univers sonore. À partir de scènes filmées et de pistes de recherche rythmiques, les compositeurs ont proposé leurs visions. «Je suis allée puiser dans leur travail pour bâtir la trame sonore finale, principalement portée par deux d’entre eux.»

Cette volonté d’inclusion s’est étendue à la scénographie, réalisée par une diplômée récente, créant un cadre où l’expérience des uns nourrissait la fougue des autres. Pour Isabelle, porter plusieurs chapeaux est un privilège qui permet à une idée visuelle d’en nourrir une musicale, tout en gardant une vision globale.

L’éthique du métier : apprendre par le faire

Au-delà de la performance, 45, de la Taupinière porte une mission pédagogique forte. Isabelle a tenu à ce que les étudiants touchent à tout, de la technique au montage. «Dans une optique de formation, il est crucial de comprendre le métier de la personne qui t’accompagne en technique. En touchant soi-même aux projecteurs ou aux décors, on développe un respect profond pour ceux qui permettent au spectacle d’exister.»

C’est là toute la signature d’Isabelle Payant : transformer une expérience pédagogique en un spectacle d’une exigence professionnelle rigoureuse, où chaque objet, chaque son et chaque geste trouve sa juste place.

Apprivoiser l’imaginaire des tout-petits

S’adresser à un public âgé de deux ans et demi à six ans demande une sensibilité hors du commun. Comment Isabelle Payant parvient-elle à captiver cette tranche d’âge aussi spontanée ? Pour la créatrice, c’est avant tout une question d’affinité naturelle.

«C’est le public avec lequel j’ai le plus d’atomes crochus», confie-t-elle avec enthousiasme. «Si la ligne directrice est claire, on peut leur proposer des univers très audacieux. Ils répondent merveilleusement bien à la qualité et à la sensibilité.»

Isabelle compare la structure de son spectacle à une courbe de concentration qu’elle manipule avec soin. Elle sait alterner entre des moments de tension — qui viennent parfois titiller la peur — et des rebondissements dynamiques pour ramener l’attention des enfants au bon moment. Pour plusieurs, il s’agit d’un baptême culturel. «Nous sommes souvent le premier spectacle de leur vie. J’ai la responsabilité de les guider pour qu’ils ressortent avec l’envie de revenir. Mon plus beau cadeau, c’est un enfant qui me dit : « À demain ! »»

Dans un monde saturé par les écrans, Isabelle Payant mise sur le pouvoir du réel: «On veut les plonger dans quelque chose de concret, qui vibre et qui vit avec eux.»

La magie sous la colline

Le spectacle se distingue par sa fantaisie, particulièrement lorsque l’action bascule littéralement sous terre. «Au début, on se trouve sur la colline, puis on tombe dessous», explique la marionnettiste. C’est là que se déploie un univers inventé, peuplé de petites créatures souterraines.

Le secret de cette magie ? L’oubli de la technique. «À un moment donné, on oublie qu’il y a quelqu’un qui manipule les créatures. Elles semblent vivantes par elles-mêmes. Même les plus vieux, qui tentent parfois de percer le mystère, finissent par se laisser prendre au jeu. Je ne cherche jamais à briser cette illusion ; j’aime y croire moi-même le plus longtemps possible.»

Un rendez-vous pour les familles de Sudbury

Le 16 mai prochain, Isabelle espère que les familles qui viendront voir 45, de la Taupinière repartiront avec un souvenir précieux. Son souhait est simple : que l’adulte éprouve autant de plaisir que l’enfant. «Le spectacle est pour tout le monde. Je veux que chaque membre de la famille se laisse porter et vive un moment de connexion authentique.»

Ce passage dans le Grand Sudbury aura d’ailleurs une saveur particulière pour l’équipe. «Ce sera notre troisième visite en ville, mais notre toute première dans la nouvelle Place des Arts. On a très hâte de découvrir ce lieu», conclut-elle avec un sourire.