D’abord les journaux de l’époque ont consacré plusieurs pages de leurs publications à l’événement et au procès qui s’en est suivi. Mais pour de nombreuses années à la suite de cet incident, on n’en a presque pas parlé bien qu’il s’agisse d’un moment des plus dramatiques dans l’histoire ouvrière survenue au Canada. Il a fallu quelques documentaires, des chansons et surtout le roman de Doric Germain, auteur de Hearst, intitulé Défenses légitimes, publié en 2003, quarante ans après l’incident, pour que le sujet soit abordé plus fréquemment.
Parmi les publications qui ont traité de l’incident, on compte des articles de Danielle Coulombe, historienne et de Pierre Ouellette, historien et ancien recteur de l’Université de Hearst, publiés dans le livre Les activités forestières dans le Nouvel-Ontario au XXe siècle, publié en 2009, deux thèses de baccalauréat à l’Université Laurentienne, l’une de Pierre Ouellette en 1992 et l’autre de Melissa Vernier en 2004. Stompin’ Tom Connors a enregistré une chanson en 1969 au sujet de cet incident et Serge Monette en a composé une autre en 2009. Deux films ont été réalisés sur le sujet, soit celui de Stéphane Laberge, un documentaire pour Radio-Canada en 2003 et un autre de Valmont Jobin pour l’Office national du film en 1983. Paul Doucet est l’auteur d’une pièce de théâtre réalisée en 1982 et intitulée Le silence d’une tragédie ou La mesure humaine. Enfin, en 2024, le frère d’un policier impliqué dans ce drame, a profité des notes prises par ce dernier lors de cette soirée fatidique, pour publier un roman.
Le lancement de deux ouvrages portant sur Reesor Siding a eu lieu au Salon du livre du Grand Sudbury qui s’est tenu à la Place des Arts du Grand Sudbury la fin de semaine dernière, soit du 8 au 10 mai. Il s’agit d’une bande dessinée de Jacques Poirier et de Christian Quesnel, intitulé Du sang sur la neige. La tragédie de Reesor Siding ainsi qu’une réédition du livre de M. Germain. Ces deux ont été publiés par la maison d’édition sudburoise Prise de parole.
Toutes ces œuvres portent, chacune à leur façon et leur point de vue, sur l’incident survenu en 1963 qui mettait aux prises quelques centaines de grévistes de la Spruce Falls Power and Paper Company de Kapuskasing et 20 cultivateurs de la région armés, pour la plupart, d’armes à feu. Quelques semaines avant l’événement qui a fait trois morts et huit blessés chez les grévistes, les plus de 1 000 travailleurs de la compagnie ont déclenché une grève. Pendant cet arrêt de travail, les agriculteurs, réunis en coopératives, ont continué à vendre du bois à la papetière au grand dam des syndiqués. Peu après minuit, dans la soirée du 10 au 11 février 1963, les deux groupes se sont affrontés à Reesor Siding, les grévistes cherchant à empêcher les cultivateurs, munis de permis de colons émis par le gouvernement ontarien, de transmettre par voie ferrée leur récolte de bois à la Spruce Falls. Pour tenter d’empêcher que les deux camps ne s’affrontent, une douzaine de membres policiers de la Sûreté provinciale de l’Ontario se sont placés entre les deux. Mais ils n’ont pas réussi à empêcher l’affrontement.
Les 20 cultivateurs ont été accusés de meurtre non prémédité et ont dû subir une enquête préliminaire suivie d’un procès, à la suite duquel ils ont été acquittés, car les avocats de la Couronne n’avaient pas pu démontrer lequel ou lesquels des cultivateurs étaient responsables de la mort et des blessures des grévistes. Pour leur part, 138 grévistes ont été soumis à une amende de 200 $ chacun pour leur participation à cet événement. Le syndicat a déboursé la somme globale au nom des grévistes.
Au cours du Salon du livre, Doric Germain et Jacques Poirier ont parlé du roman et de la bande dessinée, les deux ayant des liens directs aux responsables de l’événement. En effet, le père de M. Germain, a été impliqué dans l’incident en tant que cultivateur alors que celui de M. Poirier était un gréviste qui n’a pas participé à l’affrontement.
Lors d’une entrevue, M. Germain, l’invité d’honneur au Salon du livre, a déclaré que le roman rend un côté humain à l’histoire. «Ça rend les choses plus humaines», a-t-il dit.
«J’ai aussi voulu laisser un genre de documentaire sur comment les choses se passaient dans les années 50 et 60, comment les gens travaillaient avec le bucksaw et la hache. 1963, c’est le début de la mécanisation des opérations forestières avec des scies mécaniques». Le livre de M. Germain a aussi été réédité en 2013.
Quant à M. Poirier, la bande dessinée sert à illustrer les histoires. «Ça aide les gens à mieux comprendre ce qui s’est passé», a-t-il déclaré. En effet, cette bande dessinée illustre la situation des cultivateurs et des employés de la Spruce Falls avant l’événement, ensuite l’affrontement suivi du procès des cultivateurs et de l’amende imposée aux grévistes. Tout comme le roman, la bande dessinée agit comme un documentaire qui rend l’histoire plus humaine.