le Mercredi 3 juin 2026
le Lundi 30 octobre 2023 17:07 Arts et culture

Théâtre : La légèreté du rire pour des sujets sérieux

Le Poids des fourmis — Photo : Courtoisie
Le Poids des fourmis
Photo : Courtoisie

Sudbury — Sudbury a la chance d’accueillir cette saison plus d’une pièce de théâtre qui fait le tour du monde. C’est le cas du Poids des fourmis au début novembre. Une pièce qui, lorsqu’elle a été annoncée lors du lancement de saison, a provoqué exclamations et applaudissements de la part de ceux qui ont déjà eu la chance de la voir. Le texte a reçu le prix du Gouverneur général – Théâtre 2022.

Théâtre : La légèreté du rire pour des sujets sérieux
00:00 00:00

La satire politique est qualifiée de pièce pour adolescent, mais son auteur, David Paquet, assure l’avoir écrite pour que leurs parents et leurs grands-parents en retirent aussi quelque chose. «Mes représentations préférées de cette pièce auxquelles j’ai assisté sont celles où il y avait trois générations différentes dans la salle. C’est très intéressant d’entendre les conversations après. Par rapport à la fatalité, par rapport à l’espoir.»

David Paquet

Photo : Julie Artacho

M. Paquet considère que même si un futur peut être alarmant pour plusieurs générations, les défis ne sont pas vus de la même façon selon l’âge. 

«Résister»

Dans Le poids des fourmis, Jeanne et Olivier, deux jeunes relativement désillusionnés, s’affrontent dans une élection scolaire tenue lors de la «honteusement sous-financée» Semaine du futur de leur école. Discours enflammés, expéditions ninjas, collusions et licornes sont leurs armes dans une élection créée par l’école surtout dans le but de bien paraitre.

Le texte a émergé d’un seul mot : «Résister», fourni par la compagnie Théâtre Bluff. «Au début, j’ai “résisté” à la contrainte et je m’étais mis à écrire ce que je voulais», raconte M. Paquet en riant. Au fil de l’écriture, il a lentement dérivé dans les thèmes de la résistance citoyenne «de façon plus frontale et qui couvraient des zones plus politiques et sociales».

Il a vu, dans une élection scolaire tenue «dans l’une des pires institutions scolaires du pays», un microcosme qui lui permettait de tout exagérer et de parler de plusieurs autres sujets qui ne touchent habituellement pas directement les écoles.

Rire, mais pas seulement rire

Le côté «exubérant et caricatural à la limite» a deux fonctions, précise l’auteur. «Pour moi l’humour, c’est relié à la dignité. C’est une façon de rester digne quand les temps sont difficiles. Aussi, ça nous permet de rendre digeste ce qui autrement serait difficile à avaler.»

Donc, comme pour d’autres pièces qui parlent d’enjeux sociaux, il ne voulait pas faire déprimer les gens, mais ne pas offrir de solutions toutes faites non plus. On tient surtout à amener les gens à réfléchir. «Je veux bien parler du cynisme ambiant, mais je refuse d’y contribuer.»

Il s’agit plutôt d’une pause dans les incertitudes qui s’immiscent dans nos vies. Simplement rappeler «qu’on se dirige droit vers une falaise» n’était pas l’objectif.

Photo : Courtoisie

Parler franchement

En plus du prix du Gouverneur général — qui, soit dit en passant, est rarement remis à un texte pour ados —, l’Association québécoise des critiques de théâtre a choisi la pièce comme finaliste dans les catégories Meilleur texte original, Meilleur concepteur ou meilleure conceptrice à Odile Gamache pour la scénographie et Interprétation masculine pour Gabriel Szabo (il ne fait pas partie de la distribution pour Sudbury).

Photo : Courtoisie

Ces prix démontrent également que l’on peut parler franchement de sujets sérieux avec les adolescents. «Je pense que les ados ont un détecteur à bullshit, lance M. Paquet. Ils sont extrêmement sensibles à l’authenticité et au manque d’authenticité.» 

Cela ne les empêche pas d’être idéalistes, romantiques, légèrement marginalisés et mis de côté par les adultes, mais de «carburer avec des idéaux et un refus du compromis». Ils peuvent surtout se voir et se reconnaitre plus facilement dans une pièce de théâtre contemporain écrite par quelqu’un «encore vivant», croit M. Paquet.

David Paquet a aussi eu la chance de voir son texte présenté en Gaspésie. La pièce a également été reprise au Mexique, en Allemagne et en Autriche, entre autres. Qu’elle interpelle ainsi un public aux horizons si différents lui apporte une certaine fierté. «On dirait que la pièce trouve toujours son chemin vers le cœur et le cerveau des gens qui la regardent. Je crois qu’on est tous concerné par la corruption politique et de questionner si les gens qui nous dirigent nous ont vraiment à cœur lorsqu’ils prennent des décisions? C’est vraiment une question transculturelle.»

Le poids des fourmis sera présenté par le Théâtre du Nouvel-Ontario à la Place des Arts les 3 et 4 novembre. La causerie suivra la représentation du vendredi soir. L’heure du conte et du brico est disponible pendant la représentation du samedi après-midi et le premier Dialogue philohéâtre sera présenté après celle-ci. Finalement «La fin» — une toute nouvelle fête qui permet de continuer à célébrer les thèmes de la pièce — aura lieu à la Place des Arts samedi soir et mettra en vedette le Groupe 17 de l’École secondaire Macdonald-Cartier.

Si vous choisissez d’y assister, son auteur, David Paquet, nous a demandé de vous transmettre son plus sincère «Merci».