Rova Ramananjatovo et Elsa Rabarimanana forment un couple fraîchement installé à Sudbury depuis un mois. Arrivés de Madagascar avec leurs deux garçons, ils ont choisi cette municipalité pour des raisons bien précises.
«À Madagascar, nous travaillions tous les deux dans l’industrie minière. Nous savions que Sudbury regorge de mines et d’entreprises spécialisées, ce qui facilitera notre recherche d’emploi. De plus, la présence d’une communauté francophone forte a pesé dans notre décision», explique Elsa.
Leur premier contact avec cette communauté s’est d’ailleurs fait de manière fortuite. À leur atterrissage à l’aéroport de Toronto, un agent d’un kiosque d’information dédié au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury les a interpellés. C’est cet organisme qui a immédiatement alerté le réseau francophone local pour planifier leur accueil.
Par la suite, le Centre de santé communautaire a guidé le couple pas à pas dans le processus d’inscription scolaire. Leurs fils, âgés de 10 et 13 ans, fréquentent désormais l’École publique Jean-Éthier-Blais et l’École secondaire Macdonald-Cartier.
Le choc des fournitures et de la terminologie
Pour Elsa, le système canadien offre certains avantages financiers comparativement à son pays d’origine : «À Madagascar, l’école est payante. À la rentrée, il faut assumer les frais d’inscription, les frais généraux, les fournitures, les sacs et les vêtements neufs. C’est très cher. Ici, à Sudbury, une partie des fournitures est directement fournie par l’école».
La recherche du matériel en magasin a toutefois donné lieu à quelques moments de confusion linguistique. «Ce n’était pas difficile, mais certains termes diffèrent de ceux utilisés à Madagascar. Par exemple, la liste mentionnait un « étui à crayon ». Je ne savais pas ce que c’était et j’ai dû chercher sur Google pour comprendre qu’il s’agissait d’une trousse. Même chose pour les mots « cartable » et « sac d’école », qui s’embrouillaient dans mon esprit. Finalement, j’ai réussi à tout trouver», raconte-t-elle en souriant.
Sur le plan budgétaire, le couple, qui détient le statut de résident permanent, a su limiter les frais. N’ayant reçu pour l’instant que la liste du fils aîné, ils ont combiné des vêtements apportés de Madagascar et des achats de seconde main dans des commerces locaux comme Once Upon A Child et Value Village, suivant ainsi les recommandations de la communauté.
Entre excitation, autonomie et boîte à lunch
L’aîné de la famille aborde cette rentrée avec beaucoup d’enthousiasme et une fierté grandissante. Il apprécie sa nouvelle autonomie, notamment le fait de prendre le bus scolaire seul, de découvrir son environnement et de se faire de nouveaux amis, dont un camarade d’origine malgache. Bien que Madagascar lui manque, l’excitation l’emporte.
Un défi subsiste, toutefois, concernant le contenu de la boîte à lunch (le dîner). «C’est très différent de chez nous, notamment la place accordée aux fruits et légumes frais, qu’il n’aime pas particulièrement. Ce sera une nouvelle habitude à prendre, mais je pense qu’il va s’adapter par mimétisme en voyant les autres jeunes en manger», confie sa mère.
Pour faciliter cette transition culturelle et scolaire, la famille mise sur la communication. Rova et Elsa discutent ouvertement avec leurs enfants des changements à venir et de l’importance de faire preuve d’adaptabilité.
Un premier bilan positif
Parmi les points forts du système scolaire franco-ontarien, Elsa souligne la grande bienveillance du personnel enseignant. Elle a particulièrement apprécié l’entretien préalable à l’inscription avec un comité parents-enseignants, qui lui a permis de comprendre le fonctionnement de l’établissement et la philosophie éducative canadienne.
Enfin, les horaires scolaires ont causé une agréable surprise. À Sudbury, les cours pour les élèves se terminent à 14 h 30, alors qu’à Madagascar, les journées s’étirent souvent jusqu’à 16 h. Une formule canadienne bien plus adaptée au rythme des enfants en bas âge, conclut-elle.
Frankie N’djock Bolengue.
Du Cameroun au Canada : l’adaptation à un nouveau style de vie
Frankie N’djock Bolengue, originaire du Cameroun, a posé ses valises au Canada le 26 juin dernier avant de s’établir à Sudbury le 14 juillet. Initialement admis au Collège La Cité à Ottawa, ce père de famille a finalement choisi le Collège Boréal à Sudbury.
«C’est en analysant le marché du travail que je me suis orienté vers le programme de Génie civil minier», confie-t-il.
Son intégration au sein de la communauté francophone locale a été grandement facilitée par la solidarité associative et communautaire. Avant même son départ du Cameroun, M. N’djock Bolengue a pu échanger par téléphone avec une famille ivoirienne déjà établie à Sudbury.
«Cette famille m’a aidé à dénicher un logement avant mon arrivée et m’a guidé dans mes premières démarches», raconte-t-il avec gratitude. Elle l’a notamment orienté vers le Centre de santé communautaire du Grand Sudbury, où l’accueil a été déterminant : «J’y ai été très bien reçu et guidé, à tel point que j’ai pu régler 99 % de mes formalités administratives dès ce moment-là.»
Père de deux fillettes de 3 et 5 ans, Frankie N’djock Bolengue a également bénéficié du soutien du Centre de santé communautaire pour l’inscription de ses enfants. «Un agent s’est occupé de tout. Ma plus jeune a obtenu une place à la garderie du Collège Boréal et l’aînée a été inscrite à l’école Saint-Denis», explique-t-il. Les fournitures scolaires ont été faciles à trouver dans les commerces locaux.
Sur le plan financier, le coût de cette première rentrée canadienne représente toutefois un certain défi, notamment pour l’achat des vêtements d’hiver et des outils technologiques, bien que l’école catholique n’ait encore exigé aucuns frais majeurs. C’est plutôt la logistique quotidienne qui surprend le nouveau résident.
«Si je compare avec le Cameroun, le rythme ici à Sudbury est plus exigeant. Au pays, il suffisait de préparer un morceau de pain fourré pour la journée de l’enfant. Ici, la préparation du lunch (déjeuner) est très stricte, c’est presque un restaurant 5 étoiles! Le Canada n’est pas forcément plus cher, mais il impose un style de vie beaucoup plus rigoureux», constate le père de famille.
Entre excitation et perte de repères
Pour ses deux filles, cette première rentrée scolaire en sol canadien suscite un mélange d’impatience et d’appréhension. Quitter le Cameroun a provoqué un véritable chamboulement dans leur quotidien.
«Elles ont perdu leurs repères et doivent en construire de nouveaux», confie M. N’djock Bolengue. «Au Cameroun, mon aînée n’avait pas l’habitude de côtoyer des personnes d’autres origines. Je discute beaucoup avec elle pour lui expliquer que c’est tout à fait normal et que c’est son nouveau milieu de vie. Il y a aussi l’alimentation qui change et l’absence des amis restés au pays, ce qui crée un certain isolement.»
Malgré ces défis, l’enthousiasme reste palpable. Lors de la visite d’inscription à l’école Saint-Denis, la plus grande était si émerveillée qu’elle ne voulait plus repartir.
«Au retour, elle me posait beaucoup de questions sur les gens qu’elle avait croisés. Mon rôle de parent, aujourd’hui, c’est simplement de dissiper ses craintes et de l’accompagner dans cette belle aventure», dit-il avec optimisme.
Face à cette transition majeure entre le Cameroun et le Canada, la préparation psychologique des enfants s’avère essentielle, d’autant plus que le modèle éducatif canadien diffère radicalement du système camerounais.
Pour adoucir ce passage, Frankie mise avant tout sur une communication constante au sein du foyer. Il a ainsi instauré un rituel quotidien : une table ronde après le repas où chacun dépose ses écrans et ses téléphones pour laisser place au dialogue. Si sa plus jeune fille est encore trop petite pour saisir ces changements, son aînée de cinq ans se montre déjà très curieuse. Lors des repas ou des sorties au supermarché, elle observe son nouvel environnement et multiplie les questions, trouvant toujours auprès de son père une oreille attentive et des explications rassurantes.
Le regard que porte ce parent sur l’école canadienne est d’ailleurs particulièrement positif. Dès la rentrée, Frankie dit avoir ressenti un véritable engagement et un souci sincère du bien-être des élèves de la part du corps enseignant.
Il souligne également avec satisfaction l’équité qui règne au sein des établissements : «J’ai constaté qu’il n’y a pas de discrimination. Tous les enfants sont pris à la même enseigne».
Le défi de la conciliation des emplois du temps
Sur le plan logistique, l’adaptation comporte toutefois quelques défis. Le principal obstacle qui se dessine à court terme réside dans la conciliation des emplois du temps. Frankie devra en effet jongler entre son propre calendrier scolaire et les horaires de fin des classes de sa fille, un défi organisationnel qu’il compte relever en équipe avec son épouse pour s’assurer que l’un d’eux soit toujours présent à la sortie de l’école.
Malgré ces ajustements, l’expérience reste jalonnée de bonnes surprises, notamment l’efficacité des services publics. Frankie se dit impressionné par la réactivité de l’administration scolaire, qui traite chaque demande en l’espace de quelques jours. Le système de transport scolaire l’a également séduit par sa proximité et sa sécurité, les autobus prenant soin de récupérer et de déposer les enfants au plus près de leur domicile.
Fort de cette expérience, Frankie partage un conseil précieux pour les futures familles francophones qui s’apprêtent à s’installer à Sudbury : faire du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury leur tout premier arrêt. Selon lui, cette structure entièrement francophone est un pilier indispensable pour briser la barrière de la langue dès l’arrivée. Grâce à une équipe qu’il qualifie de particulièrement performante, le centre permet de centraliser et de faciliter l’ensemble des démarches, qu’il s’agisse des formalités administratives personnelles ou de l’inscription scolaire des enfants.