le Mardi 15 septembre 2026
le Mardi 15 septembre 2026 9:00 Francophonie

Intégration des immigrants francophones à North Bay : entre embûches, résilience et optimisme

L’activité Bienvenue à North Bay, lors de la Semaine de l'accueil en septembre 2024. 
 — Photo : Archives
L’activité Bienvenue à North Bay, lors de la Semaine de l'accueil en septembre 2024.
Photo : Archives

Bien que la francophonie soit bien vivante à North Bay, grâce à diverses activités culturelles, l'intégration des nouveaux arrivants y demeure un parcours semé d'obstacles. C'est le constat que dresse, entre autres résidents de la ville, issus de l’immigration, Joyce Ayong, navigatrice en intégration socio-économique au Collège Boréal.

Intégration des immigrants francophones à North Bay : entre embûches, résilience et optimisme
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Établie dans la municipalité depuis avril dernier, Joyce Ayong constate qu’il est particulièrement difficile d’entendre parler français dans les commerces et dans les rues.

«Que ce soit dans les magasins ou sur la place publique, l’anglais prédomine», déplore-t-elle, précisant que le français se limite presque exclusivement aux événements organisés par les institutions francophones.

Selon elle, les services publics respectent rarement les droits linguistiques de la minorité officielle. 

«Je suis tout de même tombée un jour sur un francophone dans une structure publique», confie-t-elle. 

«Mais c’est extrêmement rare. Parfois, on nous assure que le service en français est disponible, mais la personne désignée est absente. On doit alors se débrouiller en anglais ou utiliser Google Translate, ce qui est loin d’être l’idéal», mentionne-t-elle.

Mme Ayong se réjouit toutefois de la grande solidarité qui anime la communauté franco-ontarienne locale, toujours présente lors des rassemblements. 

Elle cite d’ailleurs sa propre expérience : «À mon arrivée, j’ai éprouvé de grandes difficultés à me loger. Ce sont les membres de la communauté francophone qui m’ont aidée à trouver un toit et à m’installer. C’est un geste qui m’a profondément marquée».

Joyce Ayong travaille pour le Collège Boréal à North Bay. 

Le marché de l’emploi : l’anglais comme passage obligé 

Le marché de l’emploi représente un autre défi de taille, car les postes valorisant le français sont rares. «C’est un problème récurrent chez les francophones, malgré leurs diplômes et leur expérience professionnelle», explique-t-elle. 

«Sans la maîtrise de l’anglais, décrocher un emploi est un parcours du combattant. Même pour des postes bilingues, les entrevues se déroulent souvent en anglais. Pour progresser professionnellement, l’anglais devient incontournable, ce qui pénalise ceux qui ont les compétences techniques, mais qui peinent à s’exprimer dans cette langue», souligne-t-elle.

Sur le plan culturel, l’offre francophone repose sur de rares piliers. «Les activités en français sont principalement portées par Les Compagnons des francs loisirs, qui veillent au tissage des liens communautaires, ainsi que par le Collège Boréal pour le volet éducatif. Depuis mon arrivée, je n’ai vu aucune autre structure proposer ce genre d’initiatives», regrette l’intervenante.

Pour stimuler la croissance et le rayonnement de la communauté, Joyce Ayong propose que les francophones s’impliquent davantage au sein des organismes anglophones afin d’y insuffler leur culture. 

«Si nous intégrons ces structures, il sera plus facile de faire entendre notre voix et de développer l’espace francophone. Si l’on attend toujours que l’initiative vienne des autres, la situation n’évoluera pas», estime Mme Ayong d’origine camerounaise.

Elle rappelle que la population francophone de North Bay est assez importante pour exiger une meilleure inclusion économique et publique. «Le Collège Boréal et Les Compagnons des francs loisirs ne peuvent pas tout porter à bout de bras dans une ville comme North Bay ou dans la région du Nipissing. Il faut déployer de vrais moyens d’intégration. Autrement, les nouveaux arrivants repartiront vers les grands centres après quelques mois, ce qui serait une perte collective», dit-elle.

Rim Ayatallah vit à North Bay depuis un an. 

Une vision plus nuancée : l’ouverture de la majorité anglophone 

Rim Ayatallah, une éducatrice de la petite enfance originaire du Maroc installée à North Bay depuis un peu plus d’un an, partage une vision nuancée. Bien qu’elle remarque elle aussi l’omniprésence de l’anglais dans les commerces, elle salue l’ouverture d’esprit de la population majoritaire.

«À mon arrivée, je n’avais qu’un anglais de base, mais les gens ici facilitent la communication. Même s’ils ne comprennent pas le français, ils font l’effort de dialoguer en combinant mon maigre bagage d’anglais et des gestes», raconte celle qui travaille aujourd’hui en garderie.

Son expérience avec les services publics s’avère également plus positive : «J’ai dû appeler la police un jour, et les agents ont immédiatement cherché un collègue francophone pour prendre ma déposition et m’aider». 

En matière de santé, l’accès aux soins en français reste limité, mais Mme Ayatallah estime avoir eu de la chance lors d’une urgence médicale. «Deux mois après mon arrivée, j’ai souffert d’une infection au genou. À l’hôpital, le médecin d’origine vietnamienne qui m’a soignée parlait un français impeccable. De plus, si le technicien en radiologie s’exprimait en anglais, l’infirmière qui m’accompagnait faisait la traduction en français.»

Elle constate enfin un intérêt grandissant de la part des anglophones pour la culture de leurs voisins. «Beaucoup d’anglophones sont attirés par la langue française. Par exemple, le père d’une de mes élèves, qui ne me parlait qu’en anglais au début, a commencé à glisser des mots comme « bonjour » ou « au revoir ». Il m’a confié qu’il souhaitait apprendre la langue et m’a demandé de lui parler en français lorsqu’il vient chercher sa fille pour l’aider à pratiquer. C’est très encourageant», indique-t-elle.

Bello Mohamadou, travailleur en établissement dans les écoles.

Les trois piliers du développement communautaire 

Bello Mohamadou, travailleur en établissement dans les écoles au sein des Compagnons des francs loisirs, souligne pour sa part que les occasions d’intégration ne manquent pas pour les nouveaux arrivants francophones à North Bay. 

«Pour faciliter une meilleure inclusion, on a besoin de prendre ce qui est déjà canadien et ce qui vient d’ailleurs», suggère-t-il.

Pour que la communauté francophone de la région du Nipissing puisse s’épanouir et se renforcer, M. Mohamadou cible trois piliers fondamentaux : la santé, l’emploi et le logement.

«Ce sont des domaines cruciaux pour notre région. Si les employeurs locaux s’ouvrent davantage à la francophonie, les gens vont s’installer ici. C’est la même chose si notre système de santé permet aux francophones de s’épanouir. Quant au logement, la crise touche tout le monde, mais elle représente un frein majeur pour les francophones. Travailler sur ces trois points est essentiel pour l’avenir de notre communauté», insiste-t-il.

Le défi de la rétention des jeunes diplômés 

Interrogé sur la fuite des jeunes diplômés francophones vers d’autres régions, Bello Mohamadou admet que le défi de la rétention est bien connu.

«Retenir les talents dans le Nord n’a jamais été facile, encore moins pour les diplômés. Heureusement, ceux qui étudient ici ont la chance de bâtir un réseau local grâce à leurs stages ou au bénévolat. C’est le cas par exemple au Collège Boréal, qui propose des formations assorties d’options d’emploi pour faciliter l’intégration sur le marché du travail. Le manque de rétention reste un problème généralisé, mais il est particulièrement criant à North Bay», fait savoir M. Mahamadou.

De son côté, Suzanne Taillefer-Boland, bénévole chez les Compagnons des francs loisirs, se réjouit de la vitalité culturelle francophone à North Bay, même si elle souhaite voir l’offre de spectacles s’élargir davantage. 

Interrogée sur sa fierté d’être francophone dans la région, elle confie : «North Bay, c’est ma famille, mes racines, ma culture. C’est une cause qui me tient à cœur. Dans mon travail d’interprète judiciaire, j’ai toujours eu ce désir de servir la population francophone pour que nous puissions préserver notre langue». 

Selon elle, l’avenir et la croissance de la communauté passe impérativement par la relève. «Les jeunes sont l’avenir, ce sont nos flèches que nous lançons dans le monde. Il est essentiel de les impliquer», recommande-t-elle. 

En conclusion, Mme Taillefer-Boland voit d’un très bon œil l’arrivée de la nouvelle immigration : «Bien que nous soyons minoritaires, l’accueil de nouveaux arrivants d’expression française enrichit notre communauté. Cela nous permet de découvrir et de vivre d’autres cultures, tout en français, ce qui est extrêmement stimulant».