Pour ce faire, elle s’appuie sur une recherche effectuée par deux professeures à l’École des sciences infirmières de l’Université Laurentienne, Lori Rietze (Ph.D.) et Roberta Heale (Ph.D.) qui révèle des statistiques au sujet des risques suicidaires chez les nouvelles infirmières.
C’est ce qui a été révélé lors d’une conférence de presse qui a eu lieu dans l’édifice Ben Avery de la Laurentienne vendredi dernier, le 11 septembre.
Cette loi s’appellera la Loi commémorative Jordan Heffern, pour honorer la mémoire de cette infirmière de 22 ans qui s’est suicidée en 2024 après seulement 13 mois d’emploi à l’hôpital Horizon Santé Nord dans le Grand Sudbury. Ses parents, Toni et Daren Heffern, qui ont pris la parole, de façon émouvante, lors de cette conférence de presse, ont décrit leur fille comme étant une personne très empathique, compatissante, patiente et gentille, des traits de personnalité qui la préparaient bien pour une carrière d’infirmière.
Au cours de son travail, un patient l’a agressé physiquement lui causant une commotion cérébrale. Ses requêtes pour obtenir de la sécurité ont été ignorées, a raconté son père. «Ce fut un premier aperçu de la culture hospitalière où les infirmières et les familles protègent les patients, les gérants protègent l’hôpital mais qui protège les infirmières?» a-t-il demandé.
Les professeures Rietze et Heale ont effectué leur recherche auprès de 134 nouvelles infirmières au Canada grâce à l’appui de deux étudiantes – Amelia Rietze et Sam Mortimer – ainsi que du Centre de recherche sur la santé et la sécurité au travail de l’Université Laurentienne. Cette étude démontre qu’une infirmière autorisée sur trois travaillant dans les hôpitaux canadiens a déjà eu des pensées suicidaires et les infirmières en début de carrière sont les plus à risque. Bien que les principaux facteurs de roulement du personnel infirmier soient bien documentés, les effets cumulatifs du stress lié à la transition sur la capacité des nouvelles infirmières diplômées à s’adapter lors de leur entrée en fonction demeurent peu étudiés.
Des entrevues approfondies menées auprès d’infirmières autorisées canadiennes travaillant en milieu hospitalier et ayant moins de cinq ans d’expérience ont révélé de vives inquiétudes concernant la pratique en début de carrière. Les nouvelles infirmières rencontrent d’importantes difficultés de santé mentale liées à leur travail. L’étude révèle que 41 pour cent d’entre elles ont eu des pensées suicidaires. Par ailleurs, 28 % prennent des médicaments contre l’anxiété ou la dépression et 63 % ont suivi ou suivent une thérapie. Un nombre encore plus important d’infirmières ont indiqué qu’elles souhaiteraient consulter un psychologue, mais que leur assurance ne couvre pas les frais. Face à ces chiffres, il n’est pas surprenant qu’un quart des infirmières ayant participé à l’étude envisagent de quitter leur emploi actuel et que 10 % souhaitent abandonner la profession.
«Les recherches des professeures Rietze et Heale m’ont ouvert les yeux», a déclaré France Gélinas. «J’ignorais qu’autant de nouvelles infirmières avaient des pensées suicidaires. On choisit cette profession par vocation, par désir d’aider les autres. Le moins que l’on puisse faire, c’est de garantir leur sécurité au travail. Dès la reprise des travaux de l’Assemblée législative, je déposerai un projet de loi visant à mettre en application les recommandations de leurs recherches».
«Le projet de loi recommandera un programme de mentorat pour 12 mois pour les nouvelles infirmières», a poursuivi Mme Gélinas. «Je suis convaincue que chaque suicide peut être prévenu. Pour atteindre une deuxième et troisième lecture à l’Assemblée législative, un projet de loi exige beaucoup de temps et d’énergie. Je vais faire tout en mon pouvoir afin de faire en sorte que ce projet devienne loi en Ontario.»
Mme Gélinas a indiqué au Voyageur qu’un tel projet de loi existe dans seulement deux provinces au Canada, soit en Colombie-Britannique et au Manitoba, ainsi que dans quatorze États des États-Unis. «Dès le 27 octobre, je vais aller rencontrer la ministre ontarienne de la Santé et la ministre de soins de longue durée pour lui faire part des statistiques et leur dire que la situation ne peut pas continuer comme ça. On sait quoi faire pour protéger la vie des infirmières.»