le Samedi 24 octobre 2026
le Vendredi 23 octobre 2026 12:50 Racines Autochtones

«Il est important de toujours placer le mot vérité avant celui de réconciliation»

Émilie Bourgeault-Tassé.  — Photo : Donald Dennie
Émilie Bourgeault-Tassé.
Photo : Donald Dennie

L’Université du troisième âge de Sudbury (UTA) a inauguré sa saison 2026-2027 de conférences mensuelles en invitant Émilie Bourgeault-Tassé à effectuer une présentation intitulée «Comprendre les réalités autochtones : au-delà des gestes symboliques», le dimanche 4 mars.

«Il est important de toujours placer le mot vérité avant celui de réconciliation»
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Le maître de cérémonie pour l’occasion, Dominique Chivot, a informé les nombreux membres présents que l’UTA avait invité Émilie, qui est stratège d’apprentissage pour les étudiantes et les étudiants du département des Affaires autochtones de l’Université Laurentienne, dans le prolongement de la Journée nationale de la Commission de la vérité et de la réconciliation qui avait eu lieu le 30 septembre. «Les conclusions de ce document», a déclaré M. Chivot, «sont d’une importance capitale. Le Canada doit les assumer pleinement». 

En effet, les conclusions de cette commission «nous invitent d’abord à la fois à garder en mémoire toutes les injustices dont ont été victimes les autochtones dans notre pays depuis les tous débuts de la colonisation, mais aussi elles nous incitent à mettre en œuvre ce que la commission nomme “les appels à l’action” (au nombre de 94) pour s’engager, autrement que par des mots, sur la voie de la réconciliation avec les Premières Nations».

C’est dans cette perspective que la conférencière invitée a rappelé qu’il était important de toujours placer le mot vérité avant celui de réconciliation. «L’idée c’est qu’on considère souvent la réconciliation avant la vérité», a-t-elle déclaré. «Il y a des gens qui ne sont pas prêts à accepter la réalité et la vérité de ce qu’ont vécu les autochtones. Par exemple, plusieurs n’acceptent pas la vérité à l’effet qu’il y a eu des écoles résidentielles ou que le système de colonisation a fait des dommages aux autochtones. Pensons aux pensionnats en général, au système de réserves. Il faut voir les réalités coloniales dans les systèmes.»

Émilie a ensuite défini quelques concepts importants. Ainsi, le concept de Première Nation se réfère aux nations autochtones avec qui la Couronne a signé des traités. Toute Première Nation a une protection certaine en vertu de l’article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982. De plus, en vertu de la Proclamation royale de 1763, qui accompagne le Traité de Paris mettant fin à la guerre de 7 ans, accorde certains droits aux peuples autochtones. Cette Proclamation affirme que seule la Couronne peut acheter ou vendre des terres aux autochtones. Elle définit les terres à l’ouest des colonies établies comme des territoires autochtones où les Premières Nations ne peuvent pas et ne doivent pas être dérangées.

Le concept de Métis signifie le mélange de deux races ou groupes culturels. Il définit plus précisément le mélange des colons et des autochtones à la rivière Rouge à Winnipeg ainsi que dans les Prairies. «Ils ont une nation, une nationalité et une identité qui leur sont propres «, a précisé Émilie. «On n’est pas des citoyens Métis, mais on a des ancêtres Métis. Le groupe Métis est protégé par la constitution de 1982; il a des droits associés à son identité sous cette constitution, les mêmes droits qu’ont les Premières Nations et les Inuits. L’identité nationale métisse a été créée au Manitoba avec Gabriel Dumont et Louis Riel.»

Le concept d’Indien dénote un statut légal parce que la Loi sur les Indiens existe. «Aussi longtemps que cette Loi sera en vigueur, les Indiens conservent ce statut légal. Éliminer la Loi élimine le droit à la terre.» C’est pourquoi les autochtones ont réagi en 1969, lorsque Jean Chrétien et Pierre Elliot Trudeau ont proposé le Livre blanc qui cherchait à éliminer cette Loi et, par conséquent, à assimiler les Indiens. 

L’existence des écoles résidentielles a aussi été mentionnée par la conférencière. «Ces écoles enlèvent les gens de la terre, de leur communauté», a-t-elle souligné. «On les place dans une école assez loin de leurs demeures. On leur coupe les cheveux, on leur donne un bain dans de la chaux afin de tenter de blanchir leur peau. On apprend aux enfants des tâches domestiques telles que laver les planchers, faire des jardins. Ce n’est pas acceptable de faire ça à des enfants de 3 ans. On cherche à éliminer leur culture, leur langue.» Ces écoles ont cessé d’exister en 1996, soit plus de 100 ans après leur fondation. 

Émilie a aussi mentionné que si une femme autochtone épouse un non-autochtone, elle perd son statut d’Indienne. En revanche, si une femme non-autochtone marie un autochtone, elle hérite du statut. 

La présentation d’Émilie a été très bien reçue par les membres présents si on en juge par le nombre et la qualité des questions qu’elle a suscitées. La prochaine conférence, intitulée «Prendre soin avec dignité : perspectives en soins palliatifs», aura lieu le 1er novembre prochain à l’hôtel Radisson du Grand Sudbury.