Le projet annoncé en octobre 2025 par le Carrefour francophone de Sudbury et le Conseil scolaire du Grand Nord se concrétise. Le Centre de la petite enfance Forêt des tout-petits commencera ses activités avec 15 places pour des enfants de 0 à 4 ans, selon la formule du regroupement familial, qui permet d’accueillir des enfants d’âges différents.
Pour Stéphane Gauthier, directeur général et culturel du Carrefour francophone, cette ouverture marque l’aboutissement d’une longue attente.
«Ça doit faire plus de 10 ans qu’on attend ça», souligne-t-il au Voyageur.
Le projet est le fruit d’une collaboration entre le Carrefour francophone, le Conseil scolaire du Grand Nord, la municipalité de Markstay-Warren et le Conseil des services du district de Manitoulin-Sudbury. Il s’agit du 12e centre de la petite enfance établi par le Carrefour francophone depuis 2005.
Un service attendu par les familles
À Markstay-Warren, l’accès à des places en garderie représente un défi pour les familles aussi bien francophones que anglophones. Le nouveau centre vient, donc, combler un manque de services à la petite enfance et, en même temps, compléter l’offre éducative en français déjà présente à l’École publique Camille-Perron, qui propose également le programme Place des jeunes pour les enfants de 4 à 12 ans.
Cependant, pour le Carrefour francophone, l’enjeu ne se limite pas à offrir des places en garderie. Il s’agit aussi de permettre aux enfants de grandir en français dès leurs premières années.
«C’est plus que rassurant, c’est une nécessité», affirme Stéphane Gauthier.
«L’école, elle seule, ne peut pas suffire. Et le centre de petite enfance, à lui seul, ne peut pas suffire. Ça fait partie d’un continuum de l’éducation. Et ce continuum-là, il a besoin d’être robuste partout où on peut.»
Dans le communiqué annonçant l’ouverture, Carl Dussault, directeur de l’éducation au Conseil scolaire du Grand Nord, souligne que le nouveau centre «enrichit notre milieu scolaire et assure un continuum éducatif francophone fort et accessible dès la petite enfance».
«Les améliorations commencent à faciliter le recrutement»
La concrétisation du projet ne s’est pas faite sans difficultés. Dans un article publié en décembre 2025, «intitulé Markstay-Warren doit trouver des solutions de transport et de logement pour accueillir un CPE en 2026», Le Voyageur rapportait que l’absence de transport collectif et l’accès difficile au logement compliquaient le recrutement de personnel pour le nouveau centre.
À l’époque, Stéphane Gauthier expliquait que des éducatrices et des éducateurs qualifiés étaient disponibles, mais qu’il était difficile de les attirer dans une communauté rurale où les déplacements sans voiture sont compliqués.
Ce lundi 19 septembre 2026, en entrevue avec Le Voyageur, Stéphane Gauthier confirmait que l’équipe était en place. La superviseure, Taylor Landry, éducatrice de la petite enfance inscrite (EPEI) et qui a obtenu son diplôme du Collège Boréal en 2021, vient de la région, au même titre que d’autres recrues du CPE.
Stéphane Gauthier estime, à ce propos, que les améliorations apportées aux conditions de travail dans le secteur commencent à faciliter le recrutement.
«Cet investissement majeur dans les services de garde a changé le sort de la profession», affirme-t-il.
Pour l’alimentation des enfants, le Carrefour francophone a également prévu un service adapté à la région. Un fournisseur desservira les centres de Markstay et de Saint-Charles. Le centre de Noëlville dispose déjà d’une formule comprenant une cuisinière-éducatrice.
Pourquoi le nom «Forêt des tout-petits»?
Le nom du centre a été choisi à la suite d’un appel lancé à la communauté. Selon le communiqué du Carrefour francophone, près d’une soixantaine de propositions ont été reçues et analysées.
Le choix devait notamment «refléter l’identité de Markstay, les aspirations de la communauté et l’approche éducative du Carrefour francophone».
Pour Stéphane Gauthier, le nom correspond à l’importance accordée au contact direct avec la nature.
«La connexion au vivant, elle est juste là, dans la cour arrière», explique-t-il.
Le directeur général souhaite que les enfants puissent découvrir leur environnement par l’observation et l’expérience, plutôt que de dépendre uniquement d’activités organisées à l’intérieur.
«Apprendre à nommer l’environnement, apprendre à le respecter, apprendre à le connaître, apprendre toutes ses nuances, c’est vraiment in situ que ça se fait. Ce n’est pas par l’intermédiaire d’un écran.»
Selon lui, la nature offre aux enfants «des occasions d’apprentissage qui évoluent au fil des saisons : écouter les oiseaux, observer les changements dans les arbres, explorer les reliefs du terrain ou découvrir les différentes formes de vie qui les entourent».
Une orientation amorcée déjà en 2012
L’intérêt du Carrefour francophone pour l’environnement s’inscrit dans une démarche amorcée bien avant le projet de Markstay-Warren.
En 2012, l’organisme avait décidé de privilégier les repas préparés maison plutôt que les produits industrialisés dans ses centres de la petite enfance. Cette orientation s’est accompagnée d’un intérêt pour les fournisseurs locaux, notamment dans le cadre d’un partenariat avec la Coopérative Boréal, qui a pris fin en décembre 2025.
Le Carrefour francophone travaille désormais avec Mama G, de son vrai nom Chef Gaëtanne Larocque, que l’organisme a appris à connaître grâce au Bistrot des découvertes et qui partage, selon Stéphane Gauthier, «des principes favorisant les producteurs locaux et la participation des enfants à des activités d’animation».
Une autre étape importante a suivi en 2021, lorsque le Carrefour francophone a lancé un projet pilote de centre de la petite enfance en forêt au Centre Boréal des tout-petits, à Sudbury. Appuyé par Emploi et Développement social Canada, le projet visait notamment à étudier les effets des activités en nature sur les enfants et les éducatrices.
Le personnel a reçu de la formation pour accompagner les enfants dehors en toute saison. Selon Stéphane Gauthier, l’expérience a fait ressortir plusieurs possibilités d’apprentissage, ainsi que des observations encourageantes concernant le comportement des enfants et les incidents survenus dans les espaces de jeu.
«Les enfants qui jouent dehors développent des capacités et des agilités que tu ne peux pas développer à l’intérieur, même si tu es dans un parc», explique-t-il.
Selon lui, l’expérience était «extrêmement concluante».
«Les enfants qui avaient des symptômes de déficit d’attention étaient complètement atténués. Les incidents graves étaient moins nombreux dehors qu’en dedans, ce qui est contre-intuitif.On croirait que les enfants seraient portés à se faire davantage blesser dehors dans la forêt, mais non, c’est l’inverse. Les espaces plus petits où les enfants ont envie de courir, ils ont envie de s’exprimer, il y a plus d’accidents à l’intérieur que dehors.»
Stéphane Gauthier souligne aussi «la richesse des apprentissages liés aux changements saisonniers, comme reconnaître le chant d’un oiseau, observer l’évolution d’un arbre ou comprendre les cycles naturels sont des expériences qui prennent tout leur sens lorsqu’elles sont vécues directement sur le terrain».
L’enjeu de l’ancrage pour la francophonie locale
Au-delà des 15 places offertes au départ, le centre représente une nouvelle présence francophone dans une communauté rurale où les services éducatifs en français jouent un rôle important dans la transmission de la langue.
«Desservir les zones rurales, c’est aussi notre territoire», affirme Stéphane Gauthier, soulignant qu’il s’agit d’«un ancrage supplémentaire».
L’ouverture permettra aux familles d’accéder à un service de garde en français, tout en offrant aux enfants un environnement éducatif axé sur le jeu, les arts et le plein air.
Enfin, il est à préciser que «les inscriptions débuteront prochainement» et que «les familles seront contactées au fur et à mesure, selon l’ordre de la liste d’attente et les politiques en vigueur», précise Carrefour francophone, qui invite les familles à rester à l’affût des communications du centre.