À vrai dire, il n’était pas aussi compliqué pour le Voyageur de convaincre Mme Mbonimpa de participer à notre entrevue pour souligner la Journée internationale des femmes. Pour elle, sa voix est un outil d’éducation et de défense des immigrantes noires. «Moi, je parle. J’explique. J’essaie de raisonner, de comprendre ce qui se passe. En Afrique, on ne nous a pas appris ce qu’est le droit de s’exprimer!»
Que signifie pour vous le thème de la JIF 2025 ?
«C’est vrai que la femme est un être fort. On a tendance à l’ignorer. C’est une belle thématique parce que ça nous représente», répond Mme Mbonimpa. Enchantée par le choix du thème de la JIF 2025, Mme Mbonimpa invite les femmes noires francophones immigrantes à «connaître leurs capacités.» De prime abord, elle avance des conseils : «Il faut qu’elles aillent réclamer leur place. Elles ont une place!»
Face à la discrimination et au racisme, «je me suis levée parce que je voulais me lever, parce que je voulais être un exemple pour mes enfants aussi», confirme-t-elle.
Parcours extra solide
D’origine congolaise, Mme Mbonimpa a grandi et fait ses études scolaire et secondaire dans la province du Katanga. Elle détient une maîtrise en administration et gestion des institutions de santé de l’Université de Kinshasa. Sa migration lui a permis de poursuivre ses études universitaires et de rencontrer l’amour de sa vie. «C’est là où ça a poigné !», déclare-t-elle en souriant.
Directrice de la planification familiale – méthodes contraceptives modernes au Congo, Mme Mbonimpa est arrivée au Canada, en 1991, à l’Université Laval, pour suivre une formation en management et planification familiale. Son organisme, financé par l’ONU, l’a sélectionnée pour promouvoir les droits de la femme à l’extérieur de son Afrique natale. Après un bref retour au pays, Mme Mbonimpa a foulé le sol sudburois en tant qu’étudiante internationale. De l’Université Laurentienne, elle a obtenu une maîtrise de travailleuse sociale et un baccalauréat en enseignement.
Sentiment d’appartenance avéré
À la suggestion de son collègue, Mme Mbonimpa a fait du bénévolat un moyen d’intégration dans la communauté francophone de Sudbury. En effet, elle a fait montre d’un engagement civique sans faille.
Elle a siégé aux Conseils administratifs de l’ACFO et du Contact interculturel francophone de Sudbury «C’est là où j’ai beaucoup œuvré», avoue-t-elle.
Mme Mbonimpa était membre active au Centre Victoria. Au Centre de santé communautaire, elle a fait des activités avec des femmes, surtout des ateliers de sensibilisation.
Elle a également collaboré avec les écoles, le Centre franco-ontarien de folklore, l’Université de troisième âge et le Club Richelieu pour parler de l’Afrique et des femmes. «Je suis passée presque partout», reconnaît-elle.
En 2025, Mme Mbonimpa entame sa 34e année à Sudbury. «C’est ma ville, Sudbury. Souvent, je dis à mes élèves qui ont 16 et 17 ans : je suis plus sudburoise que vous.»
Bien qu’elle ait pris sa retraite du Conseil scolaire du Grand Nord en 2021, Mme Mbonimpa continue d’œuvrer dans le secteur de l’enseignement en tant que suppléante dans les écoles francophones. En effet, cela lui permet de rester «active dans la tête, dans la communauté et dans la vie.»
«Avec les écoles, j’étais très généreuse. Je faisais des expositions. J’ai amené des œuvres d’art d’un peu partout. J’ai quitté les écoles en laissant 15 tambours et dix djembés.» Fervente promotrice de la culture africaine, Mme Mbonimpa a offert, pendant sept ans, des ateliers de djembé aux élèves, surtout ceux qui rencontrent des difficultés.
Beaucoup de stéréotypes
Dès les premières démarches d’inscription à l’Université, le couple Mbonimpa semble consterné par les stéréotypes ancrés dans l’imaginaire occidental au sujet du couple africain. «Mais, pourquoi c’est toi qui l’inscris?», demande une employée de l’université, à l’époux de Mme Mbonimpa. «On vous connaît vous les hommes africains! Vous voulez soumettre vos femmes et vous faites tout à leur place».
Éberluée par la scène, Mme Mbonimpa s’est engagée dans un combat contre les stéréotypes et les opinions reçues au sujet des droits et de l’image de la femme africaine. «Pourquoi on lui dit que je suis soumise alors qu’ils ne nous connaissent même pas!» , s’interroge-t-elle.
Son parcours universitaire ne s’avère pas non plus dépourvu d’embûches stéréotypées. «Je ne pensais pas que tu étais capable de faire une telle présentation!», l’interpelle sa professeure. «Pourquoi ? Parce que je suis une femme africaine noire? Parce que tu penses qu’en Afrique, il n’y a pas d’universités comme celles au Canada?», répond Mme Mbonimpa à sa professeure.
Femme de conviction, Mme Mbonimpa adopte désormais un discours de sensibilisation et d’éducation. «Les femmes africaines ne sont pas soumises. Elles s’assument. Ce sont des femmes qui contribuent à leur ménage. Elles ont leurs droits.» De tels préjudices l’ont propulsée vers la voie de déconstruction d’«une fausse idée de la femme africaine.»
Obstacles systémiques
L’histoire de Mme Mbonimpa souligne l’omniprésence des micro-agressions. Elle souligne les avoir subies au travail, à l’église, à l’arrêt de bus, à l’école, etc. «Tu ne peux pas changer de couleur. Ce que tu es, c’est dans tes gênes», réagissait-elle à son élève qui refusait qu’elle le touche.
«Quand je suis arrivée, il n’y avait pas beaucoup d’immigrants francophones. Des femmes africaines francophones, non plus. Il y en avait à peu près six», rapporte Mme Mbonimpa. Afin de briser cette solitude, ces femmes africaines ont créé un cercle informel de rencontre. Cette initiative leur a permis de guérir le mal du pays.
Mme Mbonimpa et ses compatriotes ont voulu mettre leurs compétences et leurs connaissances au profit des organismes francophones. Quoique les idées de projets ont été bien accueillies, ces immigrantes n’étaient pas recrutées pour les gérer. «Quand l’argent arrivait, on a pensé qu’ils prendraient l’une de nous pour travailler. Enfin, c’est quelqu’un d’autre qui avait pris le travail», déplore-t-elle.
Ni ses initiatives ni ses diplômes n’ont participé à l’accélération de son intégration dans le marché d’emploi. «Quand j’ai terminé mes études, c’était très compliqué pour moi de trouver du travail», affirme Mme Mbonimpa. Sa créativité lors de son stage en tant que travailleuse sociale ne se révèle pas utile. «Mes collègues étaient impressionnées. Elles sont allées à la direction pour m’engager.
La directrice a refusé en disant : “non, elle n’est pas franco-ontarienne. Elle vient à peine d’arriver. Elle ne connaît pas la violence faite aux femmes”», raconte-t-elle.
«Toi, tu es bien pour prendre la direction. Or, on ne veut pas de direction noire. Donc, oublis!», lui a confirmé une Franco-ontarienne.
Ironiquement, elle a été congédiée avant de prendre ses fonctions de gestionnaire. «J’ai eu une job de gestionnaire. J’étais contente. Le lendemain, une dame m’appelle. Elle me dit : “tu as fait l’entrevue. C’est vrai que tu as réussi, mais quel est ton niveau d’anglais?”», se rappelle-t-elle.
Selon l’histoire de Mme Mbonimpa, l’intégration des femmes noires issues de l’immigration dans le marché d’emploi est une quête sans répit. «Comme personne, je suis très sociable, mais le travail était le point d’achoppement», avoue-t-elle.
Faisant le lien entre son vécu et la thématique de la JIF 2025, elle se résout à dire que la ténacité a porté fruit : «ils ont fini par me donner un emploi.», s’en réjouit-elle.
Quelle est la force de votre histoire ?
Avant d’achever l’entrevue, Le Voyageur lui a demandé de décrire son histoire en trois mots. «J’ai appris à être résiliente. Je suis généreuse parce que mon expérience je la partage avec les autres. Je ne veux pas que les autres passent par où je suis passée. J’ai une force mentale de sorte que rien ne va me briser. Je m’accroche à la vie», conclut Marguerite Mbonimpa.