Pour ce faire, elle a d’abord défini ces deux concepts. La mésinformation est de l’information transmise sans l’intention de tromper, alors que la désinformation, c’est de l’information que des personnes vont partager tout en sachant qu’elle n’est pas vraie. On retrouve aussi la «malinformation», soit celle qui n’est que partiellement vraie. Comment ces types se propagent-ils aussi rapidement et efficacement, a-t-elle demandé. Selon la professeure en communication des sciences, trois facteurs en sont la cause.
Le premier se situe au niveau du cerveau lequel contient déjà des connaissances, des intérêts, des motivations et des croyances qui filtrent l’information qu’il reçoit. «Notre cerveau influence comment on apprend des choses», avance-t-elle. «Si on a déjà une croyance ou une expérience de quelque chose, ça va affecter comment la nouvelle information va être perçue par notre cerveau. Lorsqu’on apprend, c’est un processus actif qui requiert beaucoup d’énergie, surtout s’il s’agit d’une chose qu’on ne connaît pas. Donc, pour apprendre du nouveau, il faut dépenser de l’énergie pour y donner du sens. Et parfois, le cerveau ne veut pas dépenser de l’énergie. Il filtre donc de l’information ou des nouvelles à partir de ce qu’il connaît déjà, par nos valeurs, nos croyances.» Il s’agit là de biais cognitifs qui permettent d’effectuer des raccourcis. Le cerveau prend des raccourcis pour donner du sens aux choses, mais ces raccourcis déforment le jugement.
De plus, des anecdotes peuvent influencer la façon dont une personne perçoit une information ou même renforcer un jugement déjà formé. La conférencière a donné l’exemple de quelqu’un qui a déjà formé un jugement à l’effet que les femmes conduisent mal une voiture. «Si on voit effectivement une femme qui conduit mal, ça va renforcer notre jugement», a-t-elle ajouté. «C’est un biais de confirmation. Et si on ignore les preuves contraires, comme le fait que des hommes peuvent aussi conduire mal, ça renforce notre jugement. Donc on a tendance à ne regarder que ce qu’il y a dans notre tête et on ne porte pas trop attention à de l’information avec laquelle on n’est pas d’accord.»
La puissance des histoires peut aussi être responsable de mésinformation, telle le fait que les vaccins peuvent causer des maladies. «Ça vient chercher nos émotions», dit-elle. «L’histoire, c’est très familier pour nous. Toutes les cultures comptent des histoires. Elles appuient l’information qu’on reçoit. Notre cerveau tend à prendre le chemin le plus facile, avec le moins de résistance». C’est pourquoi, face à toute information, il faut d’abord reconnaître ses propres biais cognitifs ainsi que l’effet des anecdotes et des histoires.
Des tactiques
Les personnes qui cherchent à désinformer vont utiliser certaines tactiques, selon Mme Barriault, qui en a nommé deux en particulier tout en précisant toutefois qu’il y en a des dizaines. «Ce sont des façons de transmettre de l’information dans le but de mal faire», a-t-elle précisé.
La première de ces tactiques est celle du faux équilibre, lorsque des personnes ou souvent des médias disent ou écrivent que deux faits s’équivalent. Elle a pris comme exemple les changements climatiques. «Dans les années 1990 et 2000, les médias, dans le but de présenter les deux côtés de la médaille, pouvaient écrire que des scientifiques ne croyaient pas que ces changements étaient causés par le comportement humain, alors que d’autres y croyaient. Ce que les médias négligeaient de révéler, toutefois, c’est que seulement un ou deux scientifiques n’y croyaient pas, alors que 100 000 y croyaient. On présente donc cette information comme s’il y avait un équilibre. On présentait ça comme si les deux faits s’équivalaient, alors que ce n’est pas le cas.»
La deuxième tactique est celle de fausse causalité, qui consiste à démontrer qu’un fait en cause un autre, alors qu’en vérité, il n’y a qu’une corrélation, un rapport entre ces deux faits, mais non une cause. Ainsi, on montre que l’achat et la consommation de produits bios ont une même courbe, sur un graphique, que la longévité de vie d’une personne. Comme si le premier facteur, les produits bios, était la cause de l’autre, alors qu’il n’y a en vérité qu’une corrélation.
Dans ces deux cas, Mme Barriault a dit qu’il fallait être attentif aux tactiques utilisées pour la transmission de l’information. Si l’on en juge par le nombre de questions et de commentaires qu’a suscité cette conférence chez les participantes et les participants, elle a été très bien reçue et s’est donc avérée une réussite.