France Gélina, députée néo-démocrate de Nickel Belt.
«C’est facile pour la ministre ontarienne de la Santé d’affirmer qu’elle a augmenté le budget de 1,1 milliard de dollars, mais il faut mettre ça en perspective de ce dont on a besoin», a déclaré Mme Gélinas. «La population de la province augmente, la population âgée augmente et les temps d’attente dans les hôpitaux ont augmenté de façon phénoménale sous le régime de M. Ford. Mais on est la province qui investit le moins dans son système de santé; on est la province qui a le moins de lits par population de tout le Canada. On est aussi la province qui a le moins d’infirmières par 100 000 de population dans tout le pays et les gens se plaignent d’attendre trop longtemps pour recevoir des soins. Tout ça, la ministre le sait, mais le gouvernement n’est pas intéressé de changer la situation parce que, pour lui, la solution c’est la privatisation et le sous-financement des hôpitaux.»
Selon la députée de Nickel Belt, «le gouvernement vient de financer un paquet de nouvelles cliniques privées qui offrent des IRM (MRI) et des tomodensitométries (catscans), des chirurgies du genou, de la hanche, des cataractes». Il s’agit, affirme-t-elle, d’«une augmentation de 300 % que l’on voit dans le système privé comparativement à 1 ou 1,5 % dans le système public».
C’est un peu la même situation que décrit le chercheur Andrew Longhurst qui vient de publier un rapport intitulé In Failure, By Design : Ontario’s deepening hospital funding crisis. Il conclut que l’augmentation des coûts hospitaliers évaluée à six pour cent par année combinée au sous-financement par le gouvernement provincial créent une situation toxique qui retarde les soins pour les patients. Selon l’auteur, il s’agit d’une crise qui, au lieu d’être corrigée, ne fait qu’empirer.
Selon le rapport, les temps d’attente pour une admission à l’hôpital Horizon Santé Nord ont augmenté de 89 % depuis l’année fiscale 2020-2021, 90 % des patients dans les urgences devant attendre 51 heures au lieu de 27 heures il y a cinq ans pour avoir un lit. Les temps d’attente pour une évaluation médicale au centre d’urgence ont augmenté de 169 %, les patients devant attendre sept heures en 2024-2025 comparativement à 2,6 heures en 2020-2021. En 2023, l’Ontario était bonne dernière au Canada en ce qui a trait aux dépenses par habitant pour les soins hospitaliers et de santé.
La ministre ontarienne de la Santé, Mme Sylvia Jones, a disputé ces conclusions, en affirmant que son gouvernement allait investir 101 milliards de dollars au cours de la présente année fiscale dans le système hospitalier et de santé, ce qui constitue une augmentation de quatre pour cent dans le secteur pour une quatrième année consécutive. Elle a déclaré que le gouvernement provincial avait investi plus de 130 millions de dollars depuis 2018 dans l’hôpital du Grand Sudbury.
Quant à Horizon Santé Nord, un porte-parole a affirmé qu’en 2025-2026, un patient ou une patiente devait attendre 33 heures pour obtenir un lit d’hôpital, alors que la moyenne provinciale est de 28 heures. Plusieurs facteurs seraient responsables de cette disparité dont le taux élevé d’occupations de lits et la complexité croissante des soins exigés. La demande de soins de la part des patients et des patientes demeure très élevée à l’hôpital de Sudbury. Le ministère de la Santé serait conscient de ces réalités et, par conséquent, l’hôpital travaille de concert avec le ministère pour effectuer une expansion du nombre de lits dans les départements d’urgence, de pédiatrie et de santé mentale et de toxicomanie. Au cours de la dernière année fiscale, le budget de l’hôpital a été équilibré.
Mme Gélinas a décrit la situation existante à Horizon Santé Nord comme étant très pénible pour nombre de travailleurs et travailleuses dont plusieurs sont obligés de prendre des congés de maladie prolongés. «Les travailleurs dans le système public qui sont en congé de maladie prolongé augmente quasiment tous les mois», a-t-elle affirmé. Selon elle, les hôpitaux veulent un financement stable; ils veulent le savoir trois ans à l’avance, parce que le recrutement de médecins et de travailleurs de la santé prend du temps. Elle soutient que le gouvernement Ford croit qu’à la longue, à force de devoir vivre les longues attentes pour les soins, la population optera pour la privatisation. «Les compagnies américaines de santé sont à Queen’s Park sans arrêt, se disant prêtes à investir des centaines de millions de dollars, parce qu’elles savent qu’il y a de l’argent à faire sur le dos des gens malades», a-t-elle conclu.