le Jeudi 4 juin 2026
le Mercredi 4 mars 2026 10:19 La Voyageuse

Joanne Gervais, la vocation de servir sa communauté jusqu’au bout !

Joanne Gervais prenant la parole lors de la cérémonie du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien, le 25 septembre 2025, au pied de l’Université de Sudbury. — Photo : Mehdi Mehenni
Joanne Gervais prenant la parole lors de la cérémonie du 50e anniversaire du drapeau franco-ontarien, le 25 septembre 2025, au pied de l’Université de Sudbury.
Photo : Mehdi Mehenni

Joanne Gervais a découvert sa vocation dans les organismes francophones communautaires lorsque, en 2004, elle a obtenu le poste de directrice générale du Centre franco-ontarien de folklore (CFOF) et, en 2009, le même poste au sein de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) du grand Sudbury. Après 16 ans à la barre de ce dernier organisme, elle prend officiellement sa retraite à la fin du mois de mars 2026.

Joanne Gervais, la vocation de servir sa communauté jusqu’au bout !
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Née à Sudbury, la fille cadette d’une famille de cinq enfants (trois filles, deux garçons), Joanne a fait des études primaires à l’école St-Conrad et Félix-Ricard et son secondaire à l’école Macdonald-Cartier. «Mes parents avaient présumé que j’allais au Collège Notre-Dame, et c’était là que mes ami.e.s allaient, mais on m’a permis d’aller à Macdonald-Cartier à la condition de conserver une moyenne de 80», a-t-elle confié lors d’une entrevue accordée au Voyageur.

«J’ai un souvenir très positif de mon secondaire où j’ai eu, en général, de super bons professeurs.»

Ses parents, originaires de St-Charles, ont déménagé à Sudbury après s’être mariés en 1942, parce que le père avait obtenu un emploi à l’INCO pendant la Deuxième Guerre mondiale. Mais après cinq ans, ils sont retournés à St-Charles et se sont installés sur une ferme. Ils sont ensuite revenus à Sudbury, plus précisément au Moulin-à-Fleur, puisque le père avait décroché un autre emploi à l’INCO où il a travaillé pendant 35 ans. Ils ont ensuite construit une maison, rue Holland à New Sudbury, peu de temps avant l’ouverture du centre d’achats en 1957. «Ma mère a travaillé comme mère de famille et ensuite dans des petits commerces avant d’ouvrir sa propre entreprise de céramique. Elle aimait beaucoup travailler avec ses mains qui étaient toujours occupées», poursuit Joanne. 

Après le secondaire. Joanne s’inscrit en commerce en français à l’Université Laurentienne dans l’espoir de devenir comptable. «J’aimais les mathématiques et je suis une personne analytique», a-t-elle déclaré. 

«Mais après un an et demi, j’ai décidé de quitter l’université. Mon frère, Gaétan, qui était professeur au département d’Histoire, m’a alors dit que si je n’étais pas heureuse, ce n’était pas ma place, mais je pouvais toujours revenir si je voulais». Elle trouve que le système scolaire oblige les étudiantes et étudiants à faire un choix de carrière, alors qu’ils et elles sont beaucoup trop jeunes.

Après avoir quitté l’université, elle s’est transplantée à Toronto, où elle a occupé divers emplois. «J’avais de la difficulté à trouver ma place», dit-elle.

À la recherche de sa vocation 

«Après un bout de temps dans un emploi, je trouvais que j’avais appris tout ce qu’il y avait à apprendre et que c’était le temps de faire autre chose. Et à mesure que je vieillissais, je trouvais qu’il y avait quelque chose qui me manquait, je ressentais un certain malaise». Et c’est ainsi qu’en 2004, en décrochant le poste au CFOF, elle découvre sa place ou sa vocation.

«Quand j’ai commencé au CFOF, je me suis dit c’est mon monde ça, bien que j’aie trouvé un peu difficile de passer à travailler uniquement en anglais à travailler uniquement en français». Toutefois, puisqu’elle n’avait pas son B.A., on l’a d’abord nommée coordonnatrice plutôt que directrice générale. Elle a alors décidé de retourner à l’université où elle a obtenu un diplôme en Études éthique en 2009. Le CFOF lui a offert beaucoup de flexibilité pour lui permettre de terminer ses études universitaires. «Des femmes très fortes m’ont appuyée. J’ai été choyée d’être entourée de femmes très compétentes».

Cette expérience était certes différente de ce qu’elle avait vécu en tant que secrétaire ou adjointe à des patrons qui étaient tous des hommes. «C’était toujours clair que c’étaient eux les patrons; c’était un boys’club». Mais au début des années 2000, elle a eu un emploi à l’hôpital Laurentien de Sudbury où son patron, un homme, la traitait comme égale. «Dans les réunions, il disait souvent : Joanne, ce n’est pas ma secrétaire, c’est ma collègue».

En 2009, elle a obtenu le poste de directrice générale de l’ACFO du grand Sudbury. «Il y a eu beaucoup d’apprentissage, mais j’étais encore entourée de gens qui croyaient en moi, qui étaient convaincus que je pouvais faire le travail de directrice générale. Mon frère Gaétan m’a beaucoup aidé, il m’a ouvert des portes, ce qui m’a aidé à développer des rapports avec beaucoup de gens. J’avais un historique des organismes que je n’aurais pas eu autrement».

Le sentiment du devoir accompli 

 Aujourd’hui, à la veille de sa retraite, Joanne se dit fière de plein de choses qu’elle a réussi à accomplir. «Ma plus grande fierté, c’est d’avoir développé des relations avec beaucoup de monde dans la communauté et d’avoir rehaussé la visibilité de l’ACFO dans la communauté», affirme-t-elle. 

«Quand j’ai commencé, je me suis donné la peine de rencontrer les D.G. de tous les organismes communautaires francophones, pour me présenter, pour leur demander ce à quoi ils et elles s’attendaient de l’ACFO, ce que l’ACFO pouvait faire pour les aider. Et ces relations, je les ai maintenues».

Elle a aussi développé des relations avec les élu.e.s. «Je tente de les rencontrer deux fois par an. J’ai réussi à développer des relations avec la Ville du Grand Sudbury; je rencontre le maire au moins trois fois par année, afin qu’on ne nous oublie pas. L’ACFO, c’est un endroit qu’on vient voir pour avoir le pouls de la communauté. On est rendu à un point où on nous donne la place». 

Elle dit craindre un peu l’assimilation des francophones, mais a bon espoir que l’immigration francophone des dernières années pourra aider dans ce domaine. Enfin, elle dit avoir beaucoup apprécié ses 16 années à l’ACFO.

Joanne et son conjoint comptent entreprendre des voyages une fois qu’elle aura pris sa retraite.