Ce congrès «sert de plateforme pour partager des connaissances, découvrir des solutions innovantes et nouer des contacts avec ceux qui façonnent l’avenir de l’agriculture dans le Nord». La conférence qui intéressait particulièrement les deux dames est celle intitulée «Accéder au financement et au crédit pour les projets agricoles – Guide destiné aux agriculteurs sur les organismes auxquels s’adresser et comment réussir sa demande de financement.»
Adélina, une jeune inspirante
Elles ont également été témoins de la remise d’une bourse d’études de 2 000 $ à Mlle Adélina Desrochers de Val-Gagné, Ontario, offerte par l’alliance Northern Ontario Farm Innovation Alliance (NOFIA). Mme Nadon a eu la chance de rencontrer la récipiendaire de la bourse d’études, âgée que de 17 ans : «Adélina voit cette reconnaissance comme un appui précieux pour la suite de son parcours. Un coup de pouce concret pour continuer à avancer, apprendre et bâtir l’avenir. Acceptée à l’Université de Guelph dans un programme en agriculture dès l’automne prochain, Adélina est consciente des défis qui l’attendent, notamment en tant que jeune femme dans un milieu encore très masculin. Être parfois sous-estimée, devoir prouver davantage : elle connaît la réalité. Mais elle sait aussi que la compétence ne se mesure pas à la force physique. Comprendre les animaux, guider un troupeau, prendre de bonnes décisions sur le terrain : elle maîtrise ces savoirs parce qu’elle les a vécus. À celles qui, comme elle, rêvent d’agriculture, Adélina lance un message simple et puissant: ne jamais laisser le doute des autres définir ses capacités. Être sous-estimée peut devenir une force, celle de prouver, par les gestes et la passion, qu’elles ont toute leur place dans les champs, les étables… et les décisions de demain».
«Les femmes francophones qui vivent éloignées des grands centres sont confrontées à plus d’obstacles que les autres : ressources insuffisantes en français, isolement géographique et social, l’absence de soutien pour les femmes, l’accès limité à du mentorat ou des réseaux, ainsi que l’absence de transport public rural», explique Mme Myner qui, en fait, est la directrice générale de l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes. Mme Myner ajoute : «Pour mieux comprendre leurs enjeux et trouver des pistes de solutions, l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes a lancé un projet se concentrant sur les femmes franco-ontariennes qui vivent dans une collectivité rurale et qui œuvrent dans le secteur agricole. L’absence de données à leur sujet nuit aux changements systémiques favorables à ce secteur non-traditionnel».
É.G.A.L.E.S
Justement, Mme Nadon est chargée de ce projet intitulé Égalité des Genres des Agricultrices pour le Leadership, l’Équité et la Solidarité (É.G.A.L.E.S). «Cette initiative vise à réduire ou éliminer les obstacles à la réussite des femmes en agriculture.» Parmi toutes ses tâches avec ce projet innovateur, Mme Nadon a créé de toutes pièces un outil qui représente le langage à utiliser à la ferme. Elle explique : «Donc au lieu de dire, c’est qui le fermier en charge de la ferme? Non. Qui est la personne responsable de l’agriculture? Donc là, ce n’est pas genré. C’est neutre. Ça peut vraiment être n’importe qui. Parce que générique. C’est parce que des fois, il y a des termes péjoratifs. Un cultivateur, puis un paysan. C’est péjoratif versus un fermier ou un agriculteur. Ils font essentiellement la même job. C’est juste un mot plus vétuste. Puis, en quelque part, les fermières versus les agricultrices».
Il faut noter que pour mieux comprendre tous les enjeux, il y a tout un historique chronologique derrière l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes, telle qu’elle existe aujourd’hui, et comme l’explique Mme Myner : «l’Union des Cultivateurs Franco-Ontariens est née en 1929. Les hommes se rencontraient dans une salle, puis les femmes se rencontraient dans la salle à côté. Mais dans ce temps-là, ce sont les curés qui disaient à tout le monde ce qu’ils pouvaient faire. Mais les curés disaient moins aux hommes comment ils étaient pour faire, cultiver leurs fermes, que ce qu’ils disaient aux femmes. Les femmes, après un bout de temps, se sont tannées, puis ont dit, nous, on fait notre propre organisme, on va s’appeler l’Union Catholique des Fermières. Donc en 1936, elles ont créé l’Union Catholique des Fermières. En 1970, la présidente à l’époque, qui s’appelait Estelle Huneau, a dit qu’il me semble qu’on empêche plein d’autres femmes de joindre nos rangs, parce qu’on a deux critères particuliers. Ce n’est pas juste des fermières, les femmes qui veulent se joindre à nous. Puis, si on garde le critère catholique, on n’a pas accès à autant de subventions, puis on n’est pas inclusives. Donc, elles ont décidé de changer leur nom à l’Union Culturelle des Franco-Ontariennes. Et donc, cette année, on célèbre 90 ans d’existence».
Ce qui nous ramène à la présence de Mme Myner et de Mme Nadon dans le Nord de l’Ontario. Elles ont planifié un forum, destiné aux femmes du secteur agricole du Nord de l’Ontario, intitulé Femmes en agriculture : vers un financement plus équitable, à Earlton le 8 février et à Hearst le 11 février. «Ce forum, en collaboration avec La Maison Verte, vise à créer un espace sécuritaire et inclusif où les femmes en agriculture peuvent partager ouvertement leurs réalités financières, mettre en lumière les barrières systémiques qui limitent l’accès au crédit et au financement, et faire entendre leur voix. Les informations recueillies permettront également de sensibiliser les institutions financières aux réalités spécifiques des femmes en agriculture et de favoriser un dialogue constructif entre productrices, prêteurs, organismes et décideurs, dans le but de co-construire des solutions concrètes et durables pour des pratiques de prêt plus équitables».