le Mercredi 3 juin 2026
le Mercredi 31 Décembre 2025 9:00 Tapage

Diane Diep-Thai : un modèle de force et de résilience

Entrevue de Léa Atoui avec son professeure de karaté Diane Diep-Thai. — Photo : Courtoisie
Entrevue de Léa Atoui avec son professeure de karaté Diane Diep-Thai.
Photo : Courtoisie

École secondaire Macdonald-Cartier, Sudbury

Diane Diep-Thai : un modèle de force et de résilience
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Je fais du karaté depuis l’âge de 4 ans et je connais Diane Diep-Thai depuis 2022. Elle est ma professeure de karaté (ceinture noire, 3e dan). Elle a également tout un parcours de survivante. Voici donc l’histoire exceptionnelle de ma Sensei, qui a été rédigée à partir d’extraits d’une entrevue réalisée en personne, le 29 novembre 2025. 

 

Fuite du Vietnam

Diane Diep-Thai est née le 30 juillet 1971, au Vietnam, d’une mère chinoise et d’un père mi-chinois et mi-vietnamien, pendant la guerre (1955-1975). Le nord du pays était alors communiste, c’est-à-dire que tout appartenait au gouvernement. Le sud était démocratique; les gens étaient donc protégés par des lois justes. En 1975, le nord a gagné la guerre et le pays est devenu communiste. Beaucoup de gens ont perdu leur maison et ont quitté le pays pour rester en sécurité.

À 7 ans, Diane a fui le Vietnam avec ses parents et son frère, entassés avec des inconnus dans un petit bateau de pêche, alors que sa mère était enceinte de six mois. Pendant plus de deux semaines et demie, ils ne savaient pas s’ils allaient survivre. Elle a raconté : «Comme vêtements, j’avais seulement ceux que je portais sur moi. Je n’avais pas de chaussures. Il n’y avait pas de nourriture. J’avais juste un petit sac. Un jour, nous étions au large, en haute mer. La mer était déchainée. Nous avons vu à l’horizon une grosse tempête et de la pluie. Le capitaine du bateau a dit : « le bateau va couler. Enlevez le plus d’eau possible». C’était très dangereux. On ne savait pas ce qu’il allait arriver. J’ai vraiment cru que j’allais mourir »». C’est l’histoire d’horreur qu’ont vécu les «boat people» en quête de liberté. 

Arrivée à Hong Kong

Après plus de deux semaines et demie sur le bateau, à se demander s’ils allaient survivre, ils se sont finalement retrouvés dans un camp de réfugiés, à Hong Kong, pendant trois mois. Sa famille a ensuite fait le choix entre les États-Unis et le Canada. Ils ont choisi le Canada; toute la famille a pris l’avion, comme réfugiés politiques.

Arrivée au Canada 

Recommencer une vie ailleurs est extrêmement difficile et rempli de défis. Le Canada représentait pour eux un endroit sécuritaire et libre, pour avoir une vie meilleure. Sa mère a accouché de son petit frère. Ensuite, tout s’est enchainé rapidement : une nouvelle culture, une nouvelle langue, ne pas avoir d’argent, ne pas avoir de nourriture, ne pas avoir de maison… Au Vietnam, avant 1975, la famille de Diane avait une très belle vie et une magnifique maison. Le choc a été brutal. Ses parents, qui étaient des gens éduqués (sa mère était directrice d’école et son père était enseignant), ont dû travailler au salaire minimum dans des restaurants pour subvenir aux besoins de leurs enfants. 

Diane est allée dans une école d’anglais langue seconde, à Toronto, où elle a dû apprendre l’anglais à partir de zéro. Elle avait appris le français au Vietnam et elle parlait déjà le vietnamien, le mandarin et le cantonais. Plus tard, elle a rencontré son mari qui est, lui aussi, un réfugié politique. Ensemble, ils sont les propriétaires d’une pharmacie, à Sudbury, où ils sentent qu’ils redonnent à la communauté. Diane est extrêmement fière d’être Canadienne. Pour elle, le Canada représente l’espoir et la foi, et aussi l’endroit où elle a découvert une grande passion pour les arts martiaux. 

Karaté, source de bonheur 

Auparavant, elle a fait du taekwondo et du judo. Il y a neuf ans, lorsque sa fille Tiana a commencé le karaté, Shihan Benoit, l’instructeur, lui a proposé de s’y mettre elle aussi. Diane est devenue tellement passionnée par ce sport qu’elle a réussi à obtenir sa ceinture noire en trois ans et demi! Il faut généralement cinq ans ou plus pour obtenir une ceinture noire. Son plus grand défi a été de s’assurer de rester physiquement en forme. Voilà pourquoi elle s’entraine chaque jour : tapis roulant, lever des poids lourds, yoga, pilates… et le karaté. Ce qui est particulièrement inspirant, c’est qu’elle n’a jamais pensé à abandonner; et sa motivation l’a menée à l’ouverture de son propre dojo, quelques mois avant la pandémie. 

Ouverture de son propre dojo

En 2019, Shihan Benoit, a décidé de prendre sa retraite et de fermer le dojo Benoit’s Martial Arts. Pour poursuivre son héritage et sa mission, Sensei Diane a réussi à convaincre Shihan Benoit (ceinture noire, 8e dan) de devenir le chef instructeur de Northern Seishin Karate Academy. Sensei Diane a rapidement compris qu’elle pouvait avoir un impact positif dans la communauté en créant un dojo où chaque personne se sent comme un membre de la famille.

Je fais partie de cette famille et je suis fière d’être l’une de ses élèves. Sensei Diane a une grande force physique et mentale. Elle est très douce, empathique et compréhensive, mais elle est aussi très rigoureuse. Elle demande toujours le meilleur de nous-mêmes lors des cours de karaté. Merci, Sensei Diane, de nous montrer que, même quand la vie est difficile, on peut toujours se relever – et aller encore plus loin.