L’exposition dévoilée le 5 octobre est à l’image de l’artiste visuelle, distinctive et peu conventionnelle, comme Rachelle Bergeron aime à se décrire. Elle est aussi audacieuse et peu soucieuse des normes sociétales.
Contre le grain est l’histoire de cinq personnages qui ont choisi leur propre chemin et que l’objectif de l’artiste a figé dans des moments intimistes et de dévoilement. En noir et blanc, comme la pureté. Nus, comme la vérité, pour paraphraser la légende.
«J’ai choisi le noir et blanc, parce que je trouve que les couleurs peuvent nous détourner de l’essentiel. C’est-à-dire de l’humain lui-même dans son originalité», explique Rachelle Bergeron.
C’est d’ailleurs du mode de production des images, plutôt en grain qu’en pixels, que l’artiste a tiré le jeu de mots qui compose le nom de son exposition.
«Contre le grain, c’est aussi mon parcours. Je suis diplômée en design graphique du Cambrian College, mais j’ai choisi une carrière décalée et plus personnelle. J’ai toujours été le mouton noir», confie-t-elle.
L’un comme l’autre
Contre le grain, peut aussi être une histoire de revanche sur la vie et sur le passé. L’artiste visuel Jorge Cueto l’illustre bien, en posant nu, cachant son sexe avec un casque de moto et affichant un doigt d’honneur face à l’objectif.
Le message, selon son amie Pamela Nelson, peut être à l’endroit de ses agresseurs, en raison des violences qu’il a subies lorsqu’il était encore étudiant en histoire à l’Université Laurentienne. Un incident qui l’a laissé dans le coma et qui a failli lui ôter la vie.
Confortable
Si les cinq personnages ont, certes, tous quelque chose de remarquable, l’approche de Rachelle Bergeron y est pour beaucoup aussi, de l’avis de Pamela Nelson
«Rachelle Bergeron a le don de faire ressortir le meilleur de chaque personne. Elle arrive toujours à mettre les gens en confiance. C’est pour cela qu’ils se dévoilent devant son objectif», témoigne l’enseignante en architecture, impressionnée par le travail de son amie.
La directrice générale de la Galerie du Nouvel-Ontario, Danielle Tremblay — coorganisateur de l’exposition avec Place des Arts —, n’en pense pas moins. «Rachelle Bergeron a une approche très intime et assez personalisée, ce qui fait que nous nous sentons confortables avec elle. Quand on veut une belle photo, on demande à Rachelle», affirme-t-elle.
Monica Meza est fraichement installée à Sudbury. Elle arrive de Montréal pour entamer une nouvelle aventure professionnelle. En parcourant les portraits, elle s’est montrée frappée par la confiance qui se dégage des cinq personnages. Elle pense que l’artiste doit y être pour quelque chose.
«Il y a comme du défi dans chaque regard, dans chaque posture. La nudité est mal vue par la société, mais ils ont l’air confiants face à l’objectif, tout en sachant qu’ils vont être imprimés. C’est audacieux», dit-elle.
Rachelle Bergeron n’aime pas particulièrement commenter son propre travail. Elle semble préférer l’image à la parole. Elle pense déjà à une deuxième saison de l’exposition Contre le grain, probablement en 2024.
Une version plus longue de ce texte est paru dans l’édition du 11 octobre du journal Le Voyageur. Pour ne rien manquer, abonnez-vous!