Le réalisateur Paul B. Preciado a décidé d’écrire une lettre à l’autrice décédée, parce qu’elle a écrit un livre sur sa vie avant sa naissance, dit-il. Il a rassemblé plusieurs personnes trans — qui ont répondu à son appel sur les réseaux sociaux — pour qu’iels interprètent à leur façon Orlando et partagent leurs propres histoires.
Il n’est pas essentiel d’avoir lu le roman Orlando de Virginia Woolfe pour capter le message du film. La comparaison est importante à l’allégorie, mais pas essentielle pour la compréhension des injustices qui affligent les personnes interviewées dans le film.
Mais pour vous éviter une recherche Wikipédia : Orlando est, au début de cette biographie imaginaire, un noble anglais qui accède à la cour de la reine Elizabeth 1re. Après un étrange sommeil d’une semaine, il décide de devenir ambassadeur à Constantinople. Pendant qu’il s’y trouve, il s’endort une fois de plus pendant une semaine. Cette fois par contre, il se réveille dans un corps de femme. On suit sa vie pendant quatre siècles, jusqu’en 1928, année de publication du livre.
À travers ce personnage qui peut comparer la vie des deux sexes à différentes époques, Virginia Woolf analyse les rapports entre hommes et femmes dans la société anglaise.
Les récits des personnes interviewées dans le film servent justement à critiquer le traitement des personnes trans dans la société moderne. Chacun a au moins un exemple où ses droits ou sa santé mentale ont été ignorés.
«Mon sexe n’est pas douteux. Même si la mode de mon temps fait tout pour le déguiser», dit-on.
«Les mots pour décrire la personne que je veux être n’existent pas. Il faut les inventer», dit quelqu’un d’autre.
D’un passage dans le bureau d’un psychologue limité par sa vision binaire et patriarcale du monde à l’impossibilité de réserver une chambre d’hôtel parce qu’on ne ressemble pas à la photo sur sa pièce d’identité… Plusieurs histoires présentent des traitements que l’on peut considérer comme horribles et ridicules.
Le film alterne entre les témoignages et la mise en scène d’extraits du livre pour en faciliter la compréhension. L’alternance crée un bon équilibre qui nous donne le temps d’absorber l’impact des témoignages. Par contre, certaines scènes trainent un peu en longueur.
Même si plusieurs des récits, on imagine, peuvent s’appliquer ailleurs dans le monde, Orlando reste un film français avec des exemples français. Il faut donc surtout en retenir les impacts psychologiques, plutôt que certains faits qui semblent, parfois, plus applicables à leur système qu’au nôtre — mais il y a très certainement des points communs.
Orlando : ma biographie politique sera présenté au Sudbury Indie Cinema Coop les 24, 25, 26, 28 et 30 novembre ainsi que les 1er et 2 décembre.