le Mardi 21 juillet 2026
le Dimanche 23 février 2025 9:00 Arts et culture

Il était une fois le Sudbury de Nicole Poulin

Nicole Poulin et Normand Renaud.  — Photo : Diane Labelle
Nicole Poulin et Normand Renaud.
Photo : Diane Labelle

La Place des Arts du Grand Sudbury (PdA) accueille jusqu’au 2 avril 2025, l’exposition Il était une fois de Nicole Poulin, qui offre un voyage exploratoire entre le passé, le présent et le futur, dans une sorte d’échange entre l’artiste et son milieu sudburois.

Il était une fois le Sudbury de Nicole Poulin
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Le vernissage a eu lieu le mercredi 6 février dans l’Atrium Italiano de la PdA. L’événement, soutenu par le Conseil des arts de l’Ontario (CAO), a marqué une soirée d’inspiration et de réflexion sur la présence de l’artiste dans la communauté, racontant son enfance et ses influences au cœur de ses oeuvres.

C’est Normand Renaud qui a animé la présentation «en style entrevue», devant des spectateurs et des proches, où il a dévoilé le parcours fascinant de l’artiste. Née en 1956, Nicole Poulin a débuté sa carrière artistique en 1976 au Centre des jeunes, aux côtés du père Albert Régimbal et de Monique Cousineau, à une époque où les arts foisonnaient. Elle a ensuite travaillé pour divers organismes culturels, dont le TNO, entre 1986 et 1996. Gérald Beaulieu, monteur de décors pour le théâtre l’a présentée à Paulette Gagnon qui l’a par la suite recrutée pour travailler au TNO, situé au 90, rue King. Théâtre, danse, musique, arts plastiques : c’était une véritable effervescence créative, où Nicole a fait partie d’un groupe créatif regroupant des personnalités telles que Sylvie Mainville, Sylvie Lessard, Brigitte Haentjens, Jean-Marc Dalpé, Paulette Gagnon, Yvonne St-Onge, Laurent Vaillancourt, et d’autres, qui ont contribué à la création de pièces de théâtre. Son implication dans le milieu artistique s’est poursuivie avec son rôle de tenancière de livres à la GNO. En 1996, elle a travaillé au Centre franco-ontarien de folklore (CFOF) avec le père Lemieux et se souvenait affectueusement de ce père jésuite «qui soignait ses petits oiseaux le matin» et qui bricolait dans son atelier.

Au fil des ans, Nicole a aussi collaboré avec Denise Truax (éditrice) et Alain Mayotte (contrôleur-comptable) à la maison d’édition Prise de Parole où Patrice Desbiens y a publié son travail pendant une quarantaine d’années. Elle a participé au sein de l’organisme du Salon du livre du Grand Sudbury avec Geneviève Leblanc (directrice générale), où elle s’est investie dans le travail de base de données. Tout au long de ces années, de nombreux artistes ont été une source d’inspiration pour elle et ont nourri son propre parcours créatif, jusqu’à sa retraite, où elle plongea pleinement dans l’art.

Pour conclure, Norman Renaud ajoute qu’il y a «une grande part de Sudbury dans Nicole et une grande part de Nicole dans Sudbury» puisqu’elle a collaboré avec des organismes franco-sudburois pendant plus de 20 ans.

Explorer l’évolution du milieu 

Dans son intervention, Sylvie Mainville, coordonnatrice de projets de la PdA, a expliqué comment la fluidité créative de Nicole se manifeste grâce à «sa capacité à renverser les choses, à voir les images différemment», à s’émerveiller sans cesse. Nicole a expliqué sa démarche artistique en dévoilant l’importance des archives familiales et personnelles dans ses œuvres. Sa maison d’enfance située sur la rue Caron et les paysages de Sudbury, notamment les roches noires, sont des symboles forts dans son travail, représentant à la fois le passé, le présent et le futur.

À travers ces œuvres, Nicole nous invite à explorer l’évolution du milieu, à travers des représentations du passé, des traces de la ville minière, et un futur où la nature se régénère. La fluidité de son travail «ne repose pas sur la nostalgie», mais sur une intuition pure, une pulsion créative qui se libère à chaque geste.

«C’est qui je suis», ajoute Nicole Poulin, dont la « vie baigne » dans ses œuvres. Cette artiste multidisciplinaire, qui explore divers médiums, comme le pastel sec, qu’elle utilise pour ses autoportraits et ceux de ses sœurs, avec des lignes organiques et des couleurs complémentaires comme le vert et le rouge, qui captent l’attention du public, l’acrylique, dans son œuvre majestueux sur une toile de lin, qui s’étend sur le mur principal, met en lumière les roches du bouclier canadien, son «terrain de jeu» à l’époque et la convergence de plusieurs époques, superposées dans un même instant. Les encres dans ses impressions des collines démontrent sa démarche artistique spontanée. Le corps et les mains de l’artiste suivent son intuition, sa passion, dégageant une énergie créative sans calcul ni artifice.

Regard sur les œuvres 

L’artiste Isabelle Ratté a trouvé «formidable et super cool» le lien que Nicole Poulin a créé avec la ville de Sudbury, soulignant l’évolution de la ville, tant dans l’œuvre peinte représentant les trois cheminées que dans l’oeuvre structurale illustrant la slague, ce « résidu du processus d’extraction des métaux » qui coulait jadis d’une couleur orange brillant et devenait noire en refroidissant. Elle raconte que l’artiste lui a expliqué que la poupée en chiffon, avec un trou en forme de cœur devant une machine à écrire, représente un beau témoignage d’amour pour sa mère, décédée lorsqu’elle avait 19 ans. Le départ de sa mère, sans doute, « laisse un vide ». À l’époque, sa mère corrigeait ses textes et ses poèmes.

Les œuvres de Nicole Poulin ont déjà été présentées à des expositions collectives, notamment à la Galerie du Nouvel-Ontario (GNO), lors du Nouveau Louvre. L’opportunité d’exposer ses œuvres et ses explorations en solo constitue un bel hommage à l’artiste, selon elle. Isabelle a également été honorée l’an dernier pour son talent en tant qu’artiste multidisciplinaire. En tant que professeure d’arts au Collège Boréal pendant 25 ans, elle a aussi œuvré dans l’ombre pour préparer les autres aux arts visuels. Elle a eu la chance de participer à la pièce de théâtre communautaire, Devant le Jukebox, en tant que scénographe, où elle a signé les esquisses du plan, le design conceptuel du jukebox et des masques. Comme Isabelle, cette exposition, Il était une fois, lui donne l’élan nécessaire pour faire reconnaître davantage ses talents d’artiste.

L’importance des arts dans la communauté

Sylvie Mainville a mis l’accent sur l’importance de la qualité de vie et de la richesse culturelle qui nous entoure. Elle a évoqué la série d’expositions, présentée en collaboration avec la GNO, qui met en lumière des créateurs talentueux.

Selon Mme Mainville, «la PdA veut faire découvrir ou mieux faire connaître des artistes franco-ontariens, émergents ou établis… et engagés». Concernant le processus de sélection des œuvres, elle explique qu’il n’y a pas de «formule magique». 

«Cela dépend de l’artiste, du type d’œuvres proposées et de l’installation finale sur le mur.» L’objectif, selon elle, est de trouver «une cohérence, une proposition ou une installation qui respire et qui met en valeur les œuvres, tout en établissant un fil conducteur, éventuellement une thématique». 

Elle cite, par exemple, «les visages de Wayne Mayer», comme la thématique de l’avant-dernière exposition à la PdA. Avec Nicole, elle précise qu’ils ont choisi de se «concentrer sur des œuvres liées à ses souvenirs d’enfance du moulin à Fleur – cette cour arrière physique et intériorisée, qui se dévoile dans ses créations». 

Elle ajoute aussi que «les interactions dépendent des œuvres proposées et des démarches des artistes. Dans certains cas, l’artiste invite clairement le public à interagir avec les œuvres, comme de lire les notes dactylographiées dans son installation de sa mère… et de découvrir potentiellement des liens entre ces notes et les autres œuvres».