Le but du jeu est de se transformer, d’habiter le corps d’un autre, de voir le monde à travers ses yeux, mais ces transformations n’ont-elles pas des limites, surtout dans un monde qui met de l’avant les valeurs de la diversité, l’équité et l’inclusion?
Nous sommes peut-être tous d’accord qu’un personnage noir devrait être jouer par un acteur noir, mais devrait-on appliquer cette même logique pour des personnages malentendants, des personnages à mobilité réduite ou des personnages vivant avec l’autisme? L’étendue de l’expérience humaine est-elle l’apanage de tous ou certaines histoires ne peuvent-elles être racontées que par certaines personnes?
Ce sont ces questions qui préoccupent Cispersonnages en quête d’auteurice, une production de la compagnie théâtrale montréalaise Joe Jack et John qui a été présentée par le Théâtre du Nouvel-Ontario du 1er au 3 mai. Elle raconte l’histoire d’une troupe de théâtre composée de cinq acteurs neurodivergents qui se rencontrent pour une séance de remue-méninges avec le but de monter une pièce originale. À tour de rôle, chaque membre propose ses idées, mais en discutant avec leurs collègues ils se rendent compte que leurs ambitions artistiques vont souvent à l’encontre des considérations morales entourant l’identité et la représentation. Leur paralysie d’analyse est juxtaposée à l’histoire d’un acteur neurotypique, dont les voies artistiques possibles semblent beaucoup moins limitées. Pour ce dernier, les opportunités professionnelles sont nombreuses, tandis que la troupe doit tracer son propre chemin afin de se trouver une place dans un paysage artistique qui l’a souvent ignoré.
Les sujets abordés dans Cispersonnages en quête d’auteurice sont certainement importants, comme ils soulignent les liens ambigus entre personnage et acteur, entre réalité et représentation, entre vérité et fiction, qui sont au cœur de débats qui agitent actuellement l’art et la culture. Malheureusement, pour la majorité de sa durée, Cispersonnages en quête d’auteurice ne fait que reprendre ce débat en répétant les arguments et les contre-arguments que nous avons tous déjà entendus dans des sections de commentaire ou des articles d’opinion, sans apporter de nouveaux aperçus. La plupart des dialogues consistant à répéter ce débat, la pièce semble laisser penser qu’elle est provocante et audacieuse, qu’elle affronte sans peur des sujets délicats, mais ce n’est pas tout à fait le cas.
La pièce devient plus intéressante quand la troupe fait la rencontre de l’acteur neurotypique, en opposant leurs points de vue sur le théâtre et en soulignant la façon dont les personnes bien intentionnées se montrent souvent condescendantes à l’égard de ceux qu’elles considèrent défavorisées. La scène d’audition, où la troupe demande à l’acteur de jouer comme s’il avait une déficience mentale, est un autre point fort, comme c’est l’un des seuls moments où la pièce n’a pas peur de rendre ses spectateurs inconfortables. À la fois drôle et malaisante, la scène dramatise les enjeux mentionnés avec un dynamisme qui était absent jusqu’alors.
Malgré quelques moments agréables, Cispersonnages en quête d’auteurice est une pièce qui n’a pas grand-chose à dire sur son sujet qui n’a pas déjà été exprimé ailleurs. Il y a des idées intéressantes ici et là, mais le résultat ultime est ordinaire. Bien que la décision de ne pas fournir des réponses simples à ces questions complexes et préoccupantes est admirable, quelque part, il faut offrir un point de vue, un nouvel angle et une perspective qui illuminent et approfondissent le sujet. Cispersonnages en quête d’auteurice ne fournit rien de tout cela.