Animé par Sonya Malaborza, co-directrice générale et directrice de l’édition aux éditions Prise de parole, ce panel comprenait Waubgeshig Rice, Rémi Labrecque et Charles Bender. Ce dernier était en présence virtuelle.
M. Rice est un auteur et journaliste de la Première Nation Wasauksing, dans le Nord de l’Ontario. Il est l’auteur de quatre livres, dont deux sont parus en français aux Éditions David, traduits par Marie-Jo Gonny : Le legs d’Eva (2017) et La Cérémonie de guérison clandestine (2019). Son roman Moon of the Crusted Snow, paru en 2018, est devenu un bestseller national et existe en deux versions françaises : Neige des lunes brisées, traduit par Yara El-Gadbhan et paru en 2022, ainsi que La lune de l’âpre-neige, traduit par Antoine Chainas et paru la même année. Une suite à ce roman, Moon of the Turning Leaves est également parue en 2022.
D’origine fransaskoise, Rémi Labrecque, détenteur d’un doctorat en recherche et création littéraire de l’Université de Sherbrooke, est un traducteur, chargé de cours à ses heures et auteur compositeur interprète au sein de son groupe Mia Verko. En 2019, Rémi a remporté le prix John-Glassco pour sa traduction du recueil My Shoes Are Killing Me de l’autrice montréalaise Robyn Sarah. Sa plus récente traduction, Mon cœur est une balle perdue, de l’autrice Kateri Akiwenzie-Damm, est parue en 2024.
Claude Bender est un acteur, animateur, traducteur et metteur en scène Wendat. Chez Prise de parole, il a co-traduit avec Jean-Marc Dalpé les récits Halfbreed de Maria Campbell et Éternel émerveillement de Tomson Highway. Au théâtre, on lui doit plusieurs traductions pour la scène dont alterIndiens de Drew Hayden Taylor, Là où le sang se mêle de Ken Loring et Qui se souviendra d’elle? De Daniel David Moses.
Pour Charles Bender, le traducteur qu’il est doit toujours chercher à avoir une bonne relation avec l’auteur ou l’autrice. «Vous devez créer cette base de confiance et ce n’est pas toujours facile à faire, parce l’auteur est déjà en train d’écrire son prochain livre, et si je veux traiter de celui que je traduis, ça va le déranger».
Pour Waubgeshig Rice, l’introduction à la littérature autochtone a eu lieu grâce à l’une de ses tantes qui lui a donné des livres d’auteurs indigènes dont on ne parle pas ou n’étudie pas dans le système scolaire. «C’est ce qui m’a amené à écrire de la fiction», a-t-il déclaré.
«La lecture de ces œuvres m’a ouvert les yeux à une nouvelle forme d’expression; ça a validé mes expériences en tant qu’indigène et ça m’a inspiré à vouloir écrire de ma propre façon. C’est là que mon rêve d’écrire de la fiction autochtone a débuté. J’écris pour quelqu’un qui aime lire. Mais je suis aussi en train de représenter mon peuple de façon authentique. C’est là ma première responsabilité.»
L’auteur discute avec son père, ses cousins et ses amis qui sont des gardiens des connaissances autochtones «afin de m’assurer que je représente bien qui nous sommes». La langue anishnabée, l’Anishnabemowin, prend de plus en plus de place dans ses textes les plus récents. «Ça a été un long voyage pour moi de devenir plus confiant dans l’utilisation de ma langue maternelle. Je pense que c’est ma responsabilité envers le lecteur qui ne connaît pas cette langue; le truc, c’est de trouver comment aider les gens à comprendre ce que signifie l’anishnabemowin».
En ce qui a trait à Rémi Labrecque, la lecture d’autrices de la Saskatchewan lui a fait connaître les Métis qui, dans l’histoire, étaient souvent donnés ou vendus. «Donc, ça a changé ma perception d’où je venais et ça m’a donné une forte impulsion de traduire leurs poèmes», a-t-il affirmé. Puis, il a fait la connaissance du livre de Kateri Akiwenzie-Damm My heart is a strait bullet. «Ça m’a donné le goût de le traduire, car je trouvais que ses poèmes étaient bien représentatifs de ce qu’on a appelé la crise d’Oka, qu’on n’a pas encore vraiment fini de digérer au Québec. J’ai trouvé très riche l’expérience de traduire ce recueil. J’ai beaucoup appris et c’est ce qu’on aime comme traducteur, soit d’apprendre de nouvelles choses». Cette traduction, a -t-il admis, s’est avérée un dialogue qu’il a pu établir avec l’autrice.
Quant à Charles Bender, c’est par le théâtre qu’il est devenu traducteur. C’est en jouant des pièces de théâtre qu’il développe le goût de les traduire. La rencontre de Maria Campbell, autrice de Halfbreed, a mené à sa traduction en compagnie de Jean-Marc Dalpé. «Moi, ça me rassurait énormément d’entrer dans une première traduction avec Jean-Marc, parce qu’il a beaucoup d’expérience; donc j’avais tout à apprendre de quelqu’un de son calibre, non seulement un auteur de théâtre, un poète, un auteur de roman reconnu et qui lui-même a été traduit à plusieurs reprises, donc il savait exactement ce qu’il faisait».
M. Bender croit qu’en tant que traducteur ou traductrice en territoire autochtone, il faut avancer avec humilité. «Il faut qu’on avance en sachant qu’on ne connaît pas tout, qu’il y a des choses qui nous sont cachées, qu’il se trouve des subtilités qui vont nous échapper». D’où l’importance d’établir un rapport de confiance avec l’auteur ou l’autrice.