Née à Salluit, Nunavik, et inspirée par un amour profond pour son peuple, son territoire et sa langue, l’inuktitut, Elisapie exerce son métier depuis près de trois décennies.
Son parcours musical a commencé à l’adolescence, quand elle s’est jointe au groupe rock Sugluk, dont ses oncles étaient membres. Par la suite, elle s’est fait remarquer pour sa collaboration avec le compositeur et musicien québécois Alain Auger, une magnifique épopée folk rock intitulée Taima, où elle chante en anglais, français et inuktitut. L’album, qui a reçu de nombreux éloges, s’est mérité le prix Juno du meilleur enregistrement autochtone de l’année en 2005.
En 2009, elle lance sa carrière solo avec There Will Be Stars, suivi par les albums Travelling Love, The Ballad of the Runaway Girl et son plus grand succès jusqu’à date, Inuktitut, qui lui a mérité un deuxième prix Juno en 2023, cette fois-ci nommée l’artiste autochtone contemporaine de l’année. Avec Inuktitut, Elisapie reprend des chansons pop et rock classiques, comme Time After Time de Cyndi Lauper et Wish You Were Here de Pink Floyd, les interprète en Inuktitut, sa langue maternelle, et les réinvente avec un style indie folk qui donne à ces chansons familières des textures inattendues.
Un instant émouvant
Chaque chanson sélectionnée pour Inuktitut, dont plusieurs ont été jouées à Up Here, a une résonance particulière pour Elisapie, liée à des souvenirs marquants qui ont fait d’elle l’artiste qu’elle est aujourd’hui. Au cours d’un des moments les plus émouvants de la soirée, elle a partagé un souvenir. Elle a expliqué que son interprétation de Dreams, ou Sinnatuumait en inuktitut, est un hommage à son grand frère, qui est décédé tragiquement alors qu’Elisapie n’avait que trois ans, et qui comptait le classique de Fleetwood Mac parmi ses chansons préférées. L’association entre lui et cette chanson était si forte que la mère d’Elisapie ne supportait pas de l’entendre quand elle passait à la radio, tellement cela la peinait. Cette introduction déchirante a été suivie par une des plus grandes performances du festival qui a visiblement ému une grande partie du public. Le point culminant de la soirée, par contre, était peut-être l’interprétation de Going to California de Led Zeppelin, dont la performance vocale était particulièrement impressionnante, ou même Wolves Don’t Play by the Rules, une chanson originale qui a fait lever tout le public à Knox Hall pour chanter le refrain en chœur.
Une des membres de ce public était Leandra Stopar, une sudburoise qui ne rate jamais le festival Up Here. «Elle était époustouflante. J’ai ressenti tellement d’émotions quand elle chantait. J’ai vraiment adoré ça». Elle ajoute qu’avant le festival, elle ne connaissait vraiment que ses chansons les plus récentes et appréciait particulièrement sa reprise de I Want to Break Free de Queen. Mais après avoir vu son spectacle, elle a hâte de découvrir le reste de sa discographie : «J’aimerais bien écouter davantage sa musique. Je ne savais pas qu’elle avait sorti autant d’albums. J’ai bien envie de me lancer dedans à fond».