le Mercredi 3 juin 2026
le Samedi 30 août 2025 9:00 Arts et culture

Up Here 11: Connor Lafortune, Emilio Portal et Mustafa Rafiq, un trio dans le vent !

Emilio Portal, à gauche, et Mustafa Rafiq, à droite. — Photo : Nicholas Ntaganda
Emilio Portal, à gauche, et Mustafa Rafiq, à droite.
Photo : Nicholas Ntaganda

Le tout s’est mis en place juste quelques jours avant le spectacle : le poète Connor Lafortune, le batteur et artiste multidisciplinaire Emilio Portal et le guitariste-saxophoniste Mustafa Rafiq devaient performer ensemble pour la première et unique fois à la 11e édition du festival Up Here, qui s’est déroulée du 15 au 17 août à Sudbury.

Up Here 11: Connor Lafortune, Emilio Portal et Mustafa Rafiq, un trio dans le vent !
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L’histoire a débuté avec Rafiq, un artiste basée à Edmonton, en Alberta, à la recherche de nouvelles collaborations passionnantes, quand il a appliqué il y a quelques mois pour participer à une résidence d’artiste dans le cadre du festival. 

 

Les noms d’Emilio et Connor ont été retenus comme collaborateurs potentiels, et l’idée d’organiser deux spectacles de 45 minutes, l’un au Refettorio et l’autre au Townehouse Tavern, a été proposée. Ils se sont rencontrés pour la première fois le 13 août, seulement trois jours avant le spectacle. «On a passé environ sept heures ensemble à juste jammer, à apprendre à se connaître, dans le sens musical, mais aussi dans le sens personnel», nous explique Lafortune, un artiste Anichinabé et queer, qui vient de la Première Nation Dokis. «Ensuite, on s’est revu le lendemain pour vraiment raffiner notre set. C’est vraiment partie de là, juste deux demi-journées pour se mettre ensemble».

 

Des spectacles audacieux, libres et improvisés 

 

En regardant le spectacle, il est difficile de croire qu’il a été organisé si rapidement. L’atmosphère enveloppante et onirique que ce trio parvient à créer est telle qu’on a l’impression qu’il joue ensemble depuis plusieurs années. Le mélange envoûtant de jazz et de paysage sonore ambiant rappelle l’univers riche et méditatif du saxophoniste américain Pharoah Sanders, pionnier du spiritual jazz. Cette influence est particulièrement perceptible chez Mustafa, qui réussit, grâce à ses techniques avant-gardistes, à donner à ses instruments un son étrange et surnaturel. L’interaction entre la guitare et le saxophone hypnotique de Mustafa, les rythmes assurés d’Emilio et la poésie spoken word lumineuse de Connor, qui traite des sujets comme le colonialisme et le racisme, a captivé les foules présentes aux deux spectacles. Le fait que ces spectacles, parmi les plus audacieux proposés par Up Here cette année, aient semblé si libres, si vivants et spontanés, tient peut-être au fait qu’ils étaient en grande partie improvisés.

 

«Toute la performance était pas mal improvisée. Les moments de pause, les différents riffs, c’était tout mis ensemble sur l’estrade. Même notre show hier [au Refettorio] était très différent [de celui-ci au Townehouse]», explique Connor Lafortune. C’est en se rencontrant juste avant le spectacle, ajoute-t-il, qu’ils se sont rendus compte qu’ils «aiment tous improviser, changer de tempo, ne pas toujours être pris sur les moments fixes du temps ou sur la formation classique de guitare ou de rythme».

Connor Lafortune

Photo : Courtoisie

Afin de rester sur la même longueur d’onde, les artistes se regardaient presque constamment les uns les autres pendant le spectacle : «on était vraiment en petit cercle [sur scène], puis on communiquait même pendant que le set se déroulait. Donc, vraiment c’était une question de mettre toute ta confiance en quelqu’un».

 

Pourquoi pas des projets futurs ? 

 

Pour la poète Alexia Cousineau, qui a assisté au spectacle au Townehouse,  la performance était une révélation : «Comme poète locale, je trouve que c’est motivant et beau de voir que Up Here ait mis sur pied un programme de résidence. C’est inspirant de voir naître des arts multidisciplinaires créés en collaboration avec et par des artistes locaux». Elle ajoute que «c’est important de voir des arts qui abordent le colonialisme», comme «ça place les histoires vécues et les réalités persistantes des minorités au cœur du centre-ville et invite une réflexion et un dialogue nécessaire. Ça nous rappelle que l’art n’est pas seulement pour divertir, mais sert aussi souvent de voix» qui nous permet de s’exprimer sur des sujets importants.

 

Après une telle performance, il est difficile de ne pas être déçu que ces trois artistes incroyables ne soient réunis que le temps d’un week-end, pour ne plus jamais reprendre la scène ensemble. Malgré cette déception, il est certain que, quels que soient les projets qu’ils entreprendront par la suite, ils seront des événements à ne pas manquer, si l’on en juge par les foules ébahies qui ont assisté à leurs spectacles cette fin de semaine.