L’initiative réunira, entre 8 h 30 et 17 h 30, dans la salle Palladium North du Radisson Hotel Sudbury, des personnes issues de différents milieux, afin de réfléchir à des moyens «concrets» pour mieux servir les communautés dans les deux langues officielles.
Financée par le gouvernement fédéral par l’entremise de Patrimoine canadien, l’activité prendra la forme d’un laboratoire citoyen et d’un concours d’innovation collective. Les participantes et participants seront répartis en équipes bilingues chargées de proposer des solutions à des problèmes réels liés à l’offre et à l’accès aux services bilingues.
Pour Félix Corriveau, directeur général d’Impact ON, cette initiative répond à des besoins observés sur le terrain. «On a constaté, de par les multiples initiatives qu’on mène sur l’ensemble du territoire ontarien, mais principalement dans le Nord, qu’il y avait un besoin de développer des solutions simples, des solutions concrètes pour accroître les services bilingues sur le territoire», explique-t-il.
L’enjeu ne se limite pas, donc, à la volonté des organismes d’offrir des services dans les deux langues officielles. Car, M. Corriveau fait observer que cette volonté, même si elle est présente, ne se traduit pas toujours dans les interactions avec le public. «Il y a beaucoup d’intentions, mais il y a peu d’actions. Il manque cruellement d’outils, il manque cruellement de façons d’offrir claires en matière d’offres actives de services bilingues», affirme-t-il.
Félix Corriveau, directeur général d’Impact ON.
Des besoins qui évoluent dans le Nord
Impact ON constate cette problématique depuis plusieurs années. M. Corriveau souligne notamment l’évolution des besoins liée à l’établissement de nouveaux arrivants dans des régions situées en dehors des grands centres urbains.
«Depuis peut-être cinq à huit ans, on constate qu’il y a une masse de nouveaux arrivants qui désormais s’implantent dans des régions autres que les grands centres urbains et qui fait en sorte d’accroître les besoins en matière de services bilingues dans l’ensemble des communautés de l’Ontario, ce qui inclut aussi le Nord», relève-t-il.
Cette réalité concerne plusieurs collectivités du Nord-Est ontarien où Impact ON mène des activités, notamment Sudbury, Temiskaming Shores, North Bay et Timmins.
«Sur l’ensemble du territoire qui est desservi dans le Nord, on entend, on le voit, on le constate, l’importance d’offrir des services bilingues. On voit la demande en matière de services bilingues s’accroître sur le territoire», soutient le directeur général.
L’organisme souhaite donc réunir des personnes aux expériences variées, dont des citoyens, des jeunes, des aînés, des étudiants, des entrepreneurs, des gestionnaires et des nouveaux arrivants. L’objectif est de confronter les réalités vécues par les personnes qui utilisent les services à celles des organisations qui les fournissent.
«L’événement du 20 octobre, ce n’est pas une autre conférence sur l’accès aux services bilingues, c’est vraiment une journée d’action», insiste M. Corriveau.
Des solutions concrètes et transférables
La journée commencera par un panel consacré aux défis d’accès aux services bilingues et aux pratiques déjà mises en place. Les quelque 40 personnes participantes seront ensuite réparties en huit équipes. Chacune devra travailler sur un problème réel et présenter sa proposition devant un jury dans le cadre d’une présentation de deux minutes. L’équipe gagnante recevra une bourse de 1 000 $ et une journée d’accompagnement stratégique offerte par Impact ON pour approfondir sa proposition et envisager sa mise en œuvre.
«Les autres propositions ne seront toutefois pas mises de côté», précise M. Corriveau, comme Impact ON prévoit de rendre gratuitement accessibles aux organismes les outils élaborés pendant l’activité.
Il cite quelques exemples de pistes possibles : «un accueil systématique dans les deux langues officielles, des formulaires bilingues prêts à utiliser et des protocoles permettant de maintenir les services en français malgré les changements de personnel».
A cet effet, le recrutement et la rétention du personnel bilingue représentent, selon M. Corriveau, un défi important pour les organismes prestataires de services, particulièrement dans le Nord de l’Ontario.
«Souvent, les organismes qui sont des prestataires de services sur le terrain, et c’est particulièrement vrai dans le Nord, peinent à recruter des gens qui sont bilingues et peinent encore plus à les garder en poste», explique-t-il.
Des protocoles internes pourraient ainsi, selon lui, contribuer à assurer la continuité des services, même lorsqu’un employé bilingue quitte son poste.
L’objectif n’est pas de repartir de zéro, souligne le directeur général. «On veut vraiment que ce soit une journée concrète, simple. On arrive avec des solutions réalistes, mais aussi transférables.»
Sudbury servira de point de départ à cette démarche. Les solutions élaborées pourraient ensuite être adaptées à d’autres collectivités de la province.
L’offre active et la qualité de vie
Pour le directeur général d’Impact ON, l’accès aux services dans la langue de son choix dépasse la seule question de l’intégration des nouveaux arrivants. Il touche également la qualité des services et la qualité de vie dans les communautés.
«Pouvoir être servi dans la langue de son choix, ça améliore l’accès, ça améliore la confiance, ça améliore la qualité du service», affirme-t-il.
Cette réalité est particulièrement importante dans des domaines comme «la santé, l’éducation, l’immigration et les services publics», où les personnes qui demandent de l’aide «peuvent se trouver en situation de vulnérabilité».
«Pouvoir exprimer ses besoins et pouvoir avoir une réponse face à ce besoin dans la langue de son choix, ça fait une immense différence dans la qualité de la prestation de service, mais aussi dans son impact», fait-il remarquer.
L’offre active constitue un autre élément central de la réflexion. M. Corriveau estime que la responsabilité doit être partagée entre les personnes qui utilisent les services et les organismes qui les offrent. Il relève que certains francophones, notamment parmi les nouveaux arrivants, peuvent hésiter à demander un service en français dans leur volonté de s’intégrer à leur société d’accueil.
«Il y a un réflexe double à développer ici : un, les gens doivent demander le service bilingue. Deux, les entreprises qui livrent des services doivent développer le réflexe d’offrir de manière systématique le service bilingue», fait-il observer.
Il ajoute que les organismes doivent aussi mettre en place des mécanismes durables, afin que l’offre bilingue ne dépende pas uniquement des initiatives individuelles ou de la présence de certains employés.
«Garantir une offre numérique bilingue»
Si la mobilisation locale constitue une première étape, Félix Corriveau estime que des mesures législatives et des mécanismes de suivi peuvent également contribuer à améliorer l’accès aux services en français.
Il évoque notamment la possibilité d’élargir la portée de la Loi sur les services en français aux services municipaux essentiels dans les régions désignées, ainsi que d’assujettir automatiquement à cette loi certains organismes largement financés par la province.
Il propose également d’intégrer des obligations linguistiques mesurables aux contrats gouvernementaux et de garantir une offre numérique bilingue à l’échelle de l’Ontario.
«Dans les régions désignées, les services essentiels offerts par la province, il y a des municipalités et des organismes financés par l’État qui devraient être accessibles dans les deux langues avec une qualité puis des délais qui sont équivalents», affirme-t-il.
Le directeur général souligne aussi l’importance de «prévoir des plans de main-d’œuvre bilingue», de «rendre publics les résultats» et d’«appliquer des mesures correctives lorsque les obligations ne sont pas respectées».
À signaler que la journée d’innovation collective est ouverte à différentes catégories de participantes et participants, au-delà des représentants d’organismes. La Chambre de commerce du Grand Sudbury a été invitée à participer, et certains de ses membres envisagent de prendre part à l’activité, selon M. Corriveau.