Marc Gauthier, président du conseil d’administration de l’ACFO du Grand Sudbury.
La remise du prix survient quelques mois après son départ de la direction générale de l’ACFO du Grand Sudbury, fin mars 2026, fonction qu’elle a occupée pendant seize années. Pour l’organisme, cette reconnaissance dépasse toutefois le cadre de son travail professionnel.
«Ce n’est pas juste parce qu’elle vient de prendre sa retraite», a expliqué Marc Gauthier, président du conseil d’administration de l’ACFO du Grand Sudbury. «Joanne travaillait comme directrice générale de l’ACFO, mais c’était plus qu’un travail. C’était son dévouement, son côté consciencieux. Elle avait à cœur ce qu’elle faisait.»
Selon lui, l’engagement de Joanne Gervais reposait avant tout sur une conviction personnelle.
«C’est une francophone convaincue et elle a toujours travaillé avec les meilleures intentions. C’était vraiment une passion. Elle y croyait, elle voulait que les choses changent et avancent.»
Un parcours consacré à la communauté
Joanne Gervais possède un parcours professionnel diversifié dans les domaines de la santé, des services sociaux, de l’éducation, du patrimoine et du développement communautaire.
Son engagement au sein de la communauté francophone s’est particulièrement affirmé au cours des années 2000. De 2009 à mars 2026, elle a dirigé l’ACFO du Grand Sudbury, où elle a notamment «travaillé à la défense des intérêts des francophones, au développement de partenariats et à la mise en œuvre d’initiatives destinées à favoriser l’épanouissement de la communauté», pour ainsi reprendre la présentation faite par Danielle Barbeau-Rodrigue, vice-présidente du conseil d’administration de l’ACFO du Grand Sudbury, en annonçant la lauréate du Prix.
Elle a notamment rappelé que Joanne Gervais s’est distinguée par «sa passion, son enthousiasme et son énergie» pour faire avancer les dossiers touchant la communauté francophone.
Joanne Gervais émue sous les applaudissements de l’assistance au moment de l’annonce du Prix de la francophonie 2026.
«Je me sens un peu comme un imposteur»
Visiblement émue au moment de recevoir le prix, Joanne Gervais a commencé son discours par quelques mots qui témoignaient de sa surprise.
«Oh, wow! Quel honneur! Je vous remercie toutes et tous. Je vous remercie du fond du cœur pour ce grand honneur.»
Elle a reconnu avoir de la difficulté à se voir comme une personne qui mérite d’être reconnue pour son engagement.
«Je me sens un peu comme un imposteur», a-t-elle lancé. «J’ai toujours eu de la difficulté à voir ce que j’ai contribué à ma communauté. Et je n’ai jamais fait quoi que ce soit pour être reconnue ou pour être valorisée.»
Pour elle, l’engagement communautaire n’a jamais été une recherche de reconnaissance. «J’ai donné de moi-même à 100 % du mieux que j’ai pu.»
Elle a expliqué que lorsqu’elle repense à ses réalisations, ce ne sont pas les postes occupés, les lieux de travail ou les projets qui lui reviennent d’abord en mémoire, mais les personnes rencontrées au fil des années.
Reconnaissances
Dans son discours, Joanne Gervais a longuement remercié les personnes qui l’ont accompagnée au cours de sa carrière. Elle a évoqué l’influence de sa famille, qui lui a transmis l’importance de donner de son temps sans attendre de récompense.
Elle a aussi rendu hommage aux mentors, collègues, membres de conseils d’administration, élus, partenaires et collaborateurs qui l’ont aidée à mieux comprendre les enjeux liés à la francophonie et au développement communautaire.
Elle a rappelé ses débuts professionnels en français, qui n’ont pas toujours été faciles.
Pour Joanne Gervais, le prix appartient donc autant à ces personnes qu’à elle-même.
«Tout ce que j’ai pu réaliser pour ma communauté, c’est en grande partie à cause des gens qui m’ont appuyée, qui ont répondu à l’appel ou même ceux qui ont contribué de façon très concrète à mon développement.»
Elle a ajouté : «Mon boulot, ou même mon titre, c’était des outils, une porte d’ouverture. Et toutes les réussites, ce sont grâce à plein de gens qui tiennent à cœur notre langue, notre culture et notre communauté autant que moi».
Joanne Gervais passe énormément de temps avec son petit-fils Kieran depuis qu’elle est à la retraite. Ils étaient ensemble la matinée du vendredi 25 septembre, à la cérémonie du 51e lever du drapeau franco-ontarien.
Une retraite qui ne signifie pas un retrait
Depuis son départ de la direction générale, Joanne Gervais continue de rester active dans la communauté, notamment par du travail contractuel et différentes formes d’engagement.
En entrevue avec Le Voyageur, elle a parlé de l’importance de conserver des liens sociaux après une carrière consacrée au travail communautaire.
«À la retraite, c’est la plus grosse crainte. C’est de perdre le contact humain», a-t-elle dit, en faisant référence aux nombreuses années passées à travailler quotidiennement avec des personnes, des organismes et des partenaires.
La réception du prix a aussi été pour elle un moment de transition.
«C’était un peu surréel. C’est vrai. C’est émouvant, absolument. Regarder l’auditoire et dire : je fais quoi, moi, ici? C’est tellement pas réel.»
Elle s’est dite particulièrement heureuse d’avoir pu recevoir cette reconnaissance entourée de personnes qui ont marqué son parcours.
«Il n’y avait pas une table dans la place où je ne connaissais pas au moins deux ou trois personnes. C’est mon monde.»
Pour Marc Gauthier, c’est précisément cette présence constante auprès des gens qui explique la décision de l’ACFO.
«Ce n’était pas juste un travail. C’était vraiment une passion», a-t-il répété.
En recevant le Prix de la francophonie 2026, Joanne Gervais a finalement choisi de partager la reconnaissance avec toutes les personnes qui ont contribué à son parcours.
«Je partage donc ce prix avec eux et avec vous toutes et tous », a-t-elle déclaré avant de conclure son discours par un message simple : «Vive la francophonie et vive l’Ontario français.»
Une belle histoire d’amitié
Les choses de la vie ont voulu que ce soit Danielle Barbeau-Rodrigue que remet à Joanne Gervais le Prix de la francophonie 2026. L’amitié entre les deux remonte à leur enfance. Les deux femmes habitaient à seulement trois rues l’une de l’autre, dans la zone de l’actuel Nouveau Sudbury et se rendaient ensemble à l’école Saint Conrad.
«Joanne partait le matin de chez elle, venait me chercher, puis on marchait ensemble jusqu’à l’école. On empruntait même un petit chemin à travers la forêt et la montagne pour raccourcir le trajet », se souvient Danielle Barbeau-Rodrigue.
Après les classes, elles poursuivaient leurs moments ensemble, faisant parfois un arrêt au commerce de céramique de la mère de Joanne Gervais avant de rentrer à la maison. «On était toujours ensemble», raconte-t-elle.
Elle se rappelle surtout de Joanne comme d’une enfant sur qui les autres pouvaient compter. «Joanne était toujours là pour aider. Tout le monde dans la classe savait qu’il pouvait compter sur elle.» Pour Danielle, cette générosité était déjà profondément ancrée en elle : «Il faut aider, puis il faut redonner. Elle a toujours fait ça.»
De son côté, Joanne Gervais garde elle aussi des souvenirs très précis de ces années. «Moi, je partais le matin, je marchais, je m’en allais chez elle. Je frappais à la porte, elle sortait et on s’en allait à l’école. À la fin de la journée, on remarchait chez elle.»
Les deux amies ont ensuite pris des chemins différents au secondaire, avant de se retrouver des années plus tard autour de leur engagement dans la communauté francophone. Aujourd’hui encore, leur amitié demeure bien vivante. Elles se retrouvent régulièrement pour des sorties ou des activités avec des amis. Pour Joanne, préserver ces liens est particulièrement important depuis son départ à la retraite : «Il faut absolument garder ces liens-là, surtout à la retraite.»