le Jeudi 29 octobre 2026
le Jeudi 29 octobre 2026 11:15 Francophonie

Entretien avec Serge Dupuis : «Il y a deux Centres des Jeunes pour le père Régimbal»

BV : Serge Dupuis, historien franco-ontarien et membre associé de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord (CÉFAN). — Photo : Courtoisie
BV : Serge Dupuis, historien franco-ontarien et membre associé de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord (CÉFAN).
Photo : Courtoisie

Serge Dupuis, historien franco-ontarien et membre associé de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord (CÉFAN), lancera le 3 novembre prochain à la Place des Arts du Grand Sudbury son nouveau livre intitulé «Grandir et bâtir en milieu minoritaire. 75 ans d’engagement et d’appartenance du Carrefour francophone». Entretien.

Entretien avec Serge Dupuis : «Il y a deux Centres des Jeunes pour le père Régimbal»
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Capture d’image de la couverture du livre «Grandir et bâtir en milieu minoritaire. 75 ans d’engagement et d’appartenance au Carrefour francophone».

Le Voyageur : De quelles sources vous êtes-vous inspiré pour écrire ce livre qui porte en grande partie sur le père Albert Régimbal, s.j., fondateur du Centre des jeunes de Sudbury?

Serge Dupuis : Ce n’est pas une biographie du père Régimbal. Il a été le fondateur et a eu une influence très importante sur le Centre des Jeunes. On en a parlé mais ce n’est pas une biographie du père Régimbal étant donné qu’il fallait raconter la vie ou la biographie de plusieurs personnes dans cette organisation-là dont Monique Cousineau et Stéphane Gauthier. On a voulu mettre en valeur ce qui avait déjà été écrit sur le père Régimbal et une partie de sa correspondance à partir des archives des Jésuites, mais j’ai pas trop creusé le fonds du Carrefour francophone/Centre des Jeunes dans ces dimensions-là. Il faut dire aussi qu’à la base, la mission (du livre), c’était une mise à jour de l’ouvrage de 1992 par les étudiants de Guy Gaudreau (ancien professeur d’histoire à l’Université Laurentienne). Donc on n’avait pas besoin de refaire toutes les recherches dans les archives qui avaient été faites à ce moment-là. Mais on peut l’approfondir à l’aide d’articles de journaux, d’entrevues, de témoignages avec des personnes qui étaient là dans les premières heures du Centre des Jeunes. Ça donne une nouvelle perspective, une nouvelle couleur de cette histoire-là. Donc, on est certainement retourné dans les archives du Centre des Jeunes pour des aspects moins étudiés dans le livre de 1992.

On a creusé l’histoire de La Slague qui a célébré ses 60 ans en 2024. Ça, ce n’était pas une dimension dans le livre de 1992. Maintenant, c’est beaucoup plus approfondi. Le père Régimbal a tout de même donné beaucoup d’entrevues dans les journaux. Ça aussi ça nous a permis d’ajouter une autre couleur. 

Vous mentionnez dans le livre la notion de personnalisme. Est-ce que c’était la vision ou l’objectif du père Régimbal de faire vivre cette philosophie chez les jeunes?

Moi, je pense que dans les années 1950, il y avait une philosophie d’engagement, d’épanouissement de la personne et la dimension culturelle et franco-ontarienne était peut-être plus secondaire dans les premières années du Centre des Jeunes. Elle est devenue beaucoup plus importante dans les années 1960 lorsque le père a sorti le Centre des Jeunes de la paroisse Sainte-Anne en 1967 et a établi des locaux dans l’édifice Empire. Ensuite, le Centre de la culture française, l’objectif était très clair, c’était d’obtenir du financement du gouvernement fédéral pour la dualité culturelle et linguistique. Il fallait qu’il y ait des objectifs autres que religieux. Donc, pour moi, il y a deux Centres des Jeunes pour le père Régimbal. Il y a le Centre qui est plus personnaliste, plus engagé vers une philosophie d’engagement personnel dans les années 1950 et début 1960, et le Centre des Jeunes après 1967 qui garde des dimensions du catholicisme, mais ça ne semble plus être la priorité dans la programmation de l’Île-aux-Chênes ni du Centre de la culture française. La vocation culturelle est alors assez claire et le père Régimbal semble voir à la fin des années 1960 et début 1970 le catholicisme comme un élément de la culture franco-ontarienne. Il représente les choses comme ça, mais disons associée ou dépendante en partie de cette particularité culturelle. C’était l’inverse avant. En 1973, le père Régimbal n’est pas engagé pour les mêmes raisons qu’il l’était en 1948-1949 quand il a commencé à mettre sur pied le Centre des Jeunes.

En 1951, le syndicat Mine Mill a établi un camp pour les jeunes. Est-ce que le père Régimbal a mentionné commencer son Centre des Jeunes pour contrer celui du Mine Mill?

C’est une dimension qu’on a moins abordée. Je sais que Michel Bock (professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa) a travaillé un peu plus là-dessus. Le père avait peut-être des réserves par rapport à certaines dimensions du projet du Mine Mill. Il avait sa propre conception d’un engagement ouvrier catholique. Moi, je suis resté un peu plus sur le Centre des Jeunes et je n’ai pas vu beaucoup de questionnement de sa part par rapport à la question ouvrière. Il avait des réserves par rapport au mine Mill, il n’y a pas de doute-là.

Le Centre des Jeunes s’est donné plusieurs différentes identités. Pourquoi, le savez-vous?

Le Centre des Jeunes au départ voulait avoir une certaine autonomie par rapport à la paroisse, par rapport à l’Action catholique. C’est moins clair dans mon esprit au-delà d’avoir un lieu sur la montagne, on a ajouté le nom Civitas Christi si c’était pas de sortir du sous-sol de la paroisse. Le Centre de la culture française, c’est plus clair parce qu’on veut obtenir des subventions publiques. On s’engage dans la culture franco-ontarienne parce que les subventions sont là. Le Carrefour francophone, l’hypothèse qu’on a c’est celle de Georgette Paquette que j’ai trouvée intéressante, c’est-à-dire que le Centre était moins jeune dans les années 1980. On offrait des cours de musique et de danse aux enfants et c’était moins orienté vers les adolescents et les jeunes adultes, et on enseignait des cours de français langue seconde pour les fonctionnaires municipaux, provinciaux et fédéraux. C’était une grosse source de revenus pour le Centre des Jeunes pendant à peu près 10 ans. Donc, à partir de ce moment-là, ce n’était plus un centre communautaire intergénérationnel pour les enfants et les adultes. C’était peut-être logique qu’on se donne le nom de Carrefour francophone. C’est le nom qui a duré le plus longtemps; ça fait déjà 37 ans, exactement la moitié de l’histoire du Centre. On voulait refléter la nouvelle réalité de Sudbury à la fin des années 1980. C’était aussi un terme plus inclusif.