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le Mardi 25 mars 2025 18:24 Politique

Entretien – La crise avec Les États-Unis «rappelle au Canada qu’il doit vivre en international», selon l’ambassadeur de France, Michel Miraillet

L'ambassadeur de France au Canada, Michel Miraillet, lors de son allocution à la municipalité du Grand Sudbury.  — Photo : Mehdi Mehenni
L'ambassadeur de France au Canada, Michel Miraillet, lors de son allocution à la municipalité du Grand Sudbury.
Photo : Mehdi Mehenni

En visite à Sudbury, l’ambassadeur de France au Canada, Michel Miraillet, a participé, ce mardi 25 mars, dans la matinée, à une cérémonie de lever du drapeau de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), organisée par le maire Paul Lefebvre. La dernière visite officielle d’un ambassadeur de France au Canada, à la ville du nickel, remonte à il y a 37 ans.

Entretien – La crise avec Les États-Unis «rappelle au Canada qu’il doit vivre en international», selon l’ambassadeur de France, Michel Miraillet
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Photo : Lynne Dupuis

Le Grand Sudbury, étant une région minière par excellence, dans le Nord de l’Ontario, des discussions sont à l’ordre du jour, pour explorer des pistes de coopération économique. 

Le domaine du postsecondaire en français est également à l’ordre du jour. Des rencontres sont prévues avec l’Université de Sudbury et l’Université Laurentienne. 

Le Voyageur a saisi l’occasion pour réaliser un entretien express avec l’ambassadeur Michel Miraillet, qui voit en la crise multidimensionnelle avec les États-Unis de Donald Trump une occasion pour le Canada de diversifier ses relations économiques notamment. Il reconnaît, aussi, que la France doit désormais porter un regard nouveau sur la francophonie canadienne, pendant longtemps réduite à la dimension québécoise.

Le Voyageur : Le Premier ministre Mark Carney revient d’une visite à Paris, où il a rencontré le président de la France, Emmanuel Macron. Il a également fait escale à Londres, où il a été reçu par le Premier ministre britannique, Keir Starmer, et le  roi Charles III. Quels sont, selon vous, le message, mais aussi la symbolique qui s’en dégagent, dans un contexte de crise avec les États-Unis ? 

M. Michel Miraillet : La visite de M. le Premier ministre à Paris est très symbolique. Elle rappelle que le Canada a aussi deux autres alliés fondamentaux, la France et le Royaume Uni. Deux nations fondatrices avec lesquelles le Canada reste profondément attaché. 

Le Canada est membre du Commonwealth et pour nous, pour la France, il y a la langue française qui est encore fondamentale. C’est un ancrage culturel considérable. C’est bon de savoir que nous conservons des amis, lorsque la tempête se fait plus grosse.

Nous l’avons bien vu lors de l’accueil de M. le Premier ministre par le Président de la République. Il y a une chaleur entre les deux hommes, étant donné qu’ils se connaissent depuis très longtemps. C’est un avantage considérable, parce que les relations internationales sont souvent des relations humaines. 

La bataille avec les États-Unis s’annonce économique. Est-ce qu’il y aura, concrètement, davantage d’échanges et de coopération entre le Canada et la France ?

Nous faisons actuellement huit milliards d’euros d’échanges. Il y a de la place pour en faire plus. Beaucoup plus. Pour l’Europe notamment d’importer plus de potasse. Pour le Canada d’acheter d’autres biens, y compris en matière de défense. Tout ça, c’est quelque chose qui se fait de façon concertée. Il y a des choix à faire. Il appartient aux autorités canadiennes de prendre leurs décisions.

Nous avons mis en place entre l’Union Européenne et le Canada un accord de libre-échange (AECG/CETA, 2016). C’est le traité de libre échange le plus fonctionnel au monde. La France ne l’a toujours pas ratifié pour des raisons de politique intérieure. 

Le CETA, c’est 50% de plus de commerce entre l’Europe et le Canada. Et c’est 35% de plus entre la France et le Canada, en six ans. 

Maintenant, il s’agit de faire en sorte que les petites et moyennes entreprises puissent désormais mieux utiliser ce traité. C’est un accord qui est assez complexe. Il faut donc éduquer, prendre par la main ces entreprises pour leur apprendre à se servir de ce traité, afin qu’on passe de 35% à 50%, puis à 60% de croissance dans les années à venir. 

Nous nous y sommes engagés et je pense que nous avons toutes les raisons de penser que ce qui se passe en ce moment avec les Etats-Unis, cette espèce de guerre commerciale brutale, inexplicable, aboutira à réveiller l’économie canadienne et se rappeler qu’elle doit aussi vivre en internationale.

Les hostilités de Donald Trump sont aussi d’ordre territorial. Est-ce que la langue française et la francophonie canadienne, qui font la particularité de l’identité canadienne, peuvent constituer un rempart face aux visées expansionnistes du président des États Unis ?  

Bien sûr que si, c’est assez évident. Mais ce qui est important, c’est que les Français le réalisent eux-mêmes. Réaliser que la francophonie ce n’est pas que le Québec, mais  aussi l’Ontario et le Manitoba. Moi-même, lorsque j’ai découvert, en allant au Yukon, que 20% de la population locale était francophone, je suis tombé de ma chaise. 

Et cette réalité, il nous appartient à nous, diplomates, de la faire partager à nos autorités. C’est ce que j’ai fait, en invitant le Président de la république, Emmanuel Macro, à débattre avec des représentants des francophonies canadiennes, autres que québécois. Et il a adoré le faire.