le Samedi 18 juillet 2026
le Vendredi 14 novembre 2025 9:00 Politique

Services de soin de santé dans les petites communautés : «de mal en pis»

France Gélinas, députée provinciale de Nickel Belt, prenant la parole le 30 octobre 2025, à l’Assemblée législative.
France Gélinas, députée provinciale de Nickel Belt, prenant la parole le 30 octobre 2025, à l’Assemblée législative.

Le 30 octobre 2025, France Gélinas, députée provinciale de Nickel Belt, a pris la parole à l'Assemblée législative pour réitérer la situation de crise dans laquelle se trouvent les services des soins de santé. Dans son allocution, Mme Gélinas met l’accent sur les défaillances du système de santé de l'Ontario, notamment dans les petites communautés du Nord. Elle condamne également le projet de privatisation du secteur de soins de santé.

Services de soin de santé dans les petites communautés : «de mal en pis»
00:00 00:00

Face à un système de santé déficient, France Gélinas ne cesse d’exprimer son indignation contre le gouvernement Ford. La députée tire la sonnette d’alarme. «On est passé de crise à désastre».  

En effet, et selon le Collège des médecins de famille de l’Ontario, le nombre d’Ontariens n’ayant pas accès à un fournisseur de soins primaires s’est vu augmenter de 1,8 million en 2020 à 2,5 millions en 2024. Conséquence : «les demandes sur les hôpitaux ont augmenté de façon phénoménale». 

La députée rappelle la crise hospitalière dans certaines communautés comme Hearst, Kapuskasing, Smooth Rock Falls, Espanola, etc. Aujourd’hui, ce «filet de sauvetage» peine à recruter et retenir une main-d’œuvre à cause des conditions de travail. Mme Gélinas signale les fermetures de certains hôpitaux et services d’urgence.

Crise aiguë dans les petites municipalités  

À part les grands centres du Nord, la crise des services de santé dans le Nord, notamment dans les petites communautés, va «de mal en pire». 

Pour sa part, Capreol, une communauté de 3 600 habitants de la ville du Grand Sudbury, a un seul point d’accès en matière de soins de santé qu’est la Clinique dirigée par des infirmières praticiennes de Capreol (CDIP). Une clinique qui, selon Mme Gélinas, offre des services de qualité, mais «qui n’a pas vu d’augmentation dans leur budget de base depuis 12 ans». Par conséquent, le CDIP «n’a pas vu une augmentation du nombre de son personnel».   

À Capreol, «les patients ne sont pas satisfaits des soins qu’ils reçoivent parce que ça prend beaucoup de temps à prendre un rendez-vous»

Iniquité au niveau des budgets

La députée a confirmé que plusieurs demandes ont été déposées par la CDIP auprès du ministère de la Santé pour embaucher une infirmière praticienne supplémentaire. Toutefois, aucune suite n’a été donnée à la démarche de la CDIP. Les maintes rencontres entre la députée et la ministre de la Santé, Sylvia Jones, étaient également infructueuses. «J’ai parlé de ça au moins six fois. Elle ne répond jamais à ma question». 

La CDIP «avait réussi avec des fonds de COVID à embaucher une infirmière supplémentaire, mais la Clinique a dû la laisser aller parce qu’ils n’avaient pas d’argent». La députée pointe une augmentation des coûts contre une stagnation des budgets. «Le ministère de la Santé refuse de les financer de façon adéquate. On ne parle pas de milliards de dollars. On parle de quelque cent mille dollars». France Gélinas déplore une iniquité flagrante au niveau de la redistribution des budgets entre les régions du nord et du sud de la province.

Vers une privatisation du secteur 

Si le gouvernement appelle au changement au niveau du secteur de la santé, ce changement ne serait que la privatisation des services. Pour certains services de soins de santé, la députée confirme que «des contrats à long terme ont été attribués à des cliniques privées». Ce qui a fait, entre autres, «tomber en lambeaux le secteur public». 

«Ce n’est pas par hasard que les centres de santé communautaire, les cliniques d’infirmières praticiennes, les équipes de santé familiale, la santé mentale, les soins palliatifs, etc., ne reçoivent pas des augmentations budgétaires pour faire face à l’augmentation des coûts de la vie, à celle de la demande, au vieillissement de la population», explique France Gélinas.

La députée rappelle que le système de santé est censé être basé sur «le besoin», et non sur «l’habileté à payer». Bref, si la privatisation du secteur de santé assure un service «de qualité supérieure» aux nantis, elle entraîne «un service de qualité inférieure» à l’intention des plus démunis.

Les médecins québécois comme solution ?

Les chamboulements dans le gouvernement québécois feraient possiblement l’affaire de l’Ontario. En raison de la loi 2, l’Ontario enregistre un taux de migration fulgurant des médecins québécois. Depuis le 1er octobre 2025, le Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario a reçu 208 demandes de permis de pratique.

Pour la députée, cela «donne de l’espoir aux communautés du nord de l’Ontario. On va essayer de se mettre en contact avec ces médecins-là». Elle ajoute «qu’il y a bien des chances que des médecins québécois soient capables de parler en français».

Cependant, France Gélinas insiste sur le fait que le gouvernement de l’Ontario doit «augmenter le budget de base» des fournisseurs de services de soins primaires, mais aussi «d’augmenter le nombre de postes dans les sites qui existent déjà». La députée souligne également le «besoin d’ouvrir de nouveaux sites», notamment dans les petites communautés.

«Le programme de soins de santé est un programme qui nous définit comme Ontariens, comme Canadiens», tient à rappeler France Gélinas.