Arrivé du Cameroun avec son épouse et ses deux filles à l’été 2022, Abder Nguetpouo enseigne à l’École élémentaire ses Navigateurs de New Liskeard depuis janvier 2023. La famille demeure à Haileybury. Le regard du père de famille sur son nouveau milieu de vie demeure aussi positif qu’à son arrivée.
Pour lui, New Liskeard a été une communauté vraiment accueillante. «Elle est comme toutes les autres communautés. On y retrouve certains qui sont assez réticents devant la diversité, d’autres qui sont curieux. Il y a aussi des personnes qui refusent une certaine ouverture, ne réalisant pas que le monde est en perpétuel changement», commente-t-il.
«L’absence de ma communauté d’origine n’est vraiment pas un problème, poursuit-il. Je voyage beaucoup. Je reste connecté avec ma famille. Je n’ai pas de difficulté; j’aime mon métier d’enseignant en mathématiques, j’aime partager ma passion et mes compétences.»
Les classes nord-ontariennes ne sont pas si différentes des autres classes dans lesquelles il a enseigné ou il y avait une grande diversité. L’important, c’est de servir de guide aux élèves, de leur permettre de progresser selon leurs habiletés. «Les parents ici, sont comme tous les autres parents. Ils s’attendent à ce que la conversation reste professionnelle, portent sur le mérite de leur enfant basé sur ses résultats», dit M. Nguetpouo.
«Moi, je suis fier d’être ici. Vivre la diversité amène à s’ouvrir aux autres; c’est une expérience enrichissante. Je souhaite à tout le monde d’être ouvert à la diversité; d’accepter les autres. Apprendre et s’enrichir de la connaissance de l’autre en écoutant et en partageant, nous rend plus humains», insiste Abder Nguetpouo.
Langues partagées
Abder Nguetpouo maîtrise bien l’anglais, mais son épouse, Aïcha, le comprend seulement si son interlocuteur ne parle pas trop vite. Jusqu’ici, elle a toujours trouvé un francophone pour l’aider. Elle aussi, voit Temiskaming Shores comme une communauté accueillante.
Leurs rapports à l’anglais et au français sont par contre très différents de celui des Canadiens, fait remarquer M. Nguetpouo. «Dans mon pays, le français et l’anglais sont des langues institutionnelles ou d’affaires. À la maison, nous avons nos langues traditionnelles. C’est ce que nous enseignons à nos enfants. Ce qui est dommage est qu’elles ne peuvent pas les pratiquer avec d’autres enfants.»
Les deux filles du couple — Khadija, trois ans et Malayka, cinq ans — s’adaptent plutôt bien elles aussi. Elles ont toujours hâte d’aller à l’école. Il y a même des fins de semaine où Malayka demande à ses parents : «Pourquoi est-ce qu’on ne va pas à l’école aujourd’hui?»
«Elles ont découvert pas mal d’autres cultures : dans l’alimentation et la façon de faire les choses. C’est une richesse», précise leur père.
Se créer sa communauté
Sur le plan culturel, la famille tente de conserver une partie de son identité tout en participant à la culture locale. «Notre culture est assez différente. Nous n’avons pas les mêmes fêtes. On essaie de garder notre culture et on reste connecté avec notre famille.»
Pour la nourriture, la famille Nguetpouo s’adapte avec ce qui est offert dans les épiceries locales. Pour les épices, elle s’en procure à Toronto.
Puis ils partagent une vie communautaire avec une quinzaine de nouveaux arrivants de la région — certains vivent au Québec. Ils se rencontrent pour des évènements, pour faire des barbecues. «Ce sont des étudiants, des travailleurs que je connais. On essaie de se connaître, de se soutenir», dit Abder Nguetpoupo.