le Jeudi 4 juin 2026
le Jeudi 24 avril 2025 13:00 Société

Université de Sudbury : un accélérateur du développement de la francophonie dans le Nord

Serge Miville, recteur et Vice-chancelier de l’Université de Sudbury.
Serge Miville, recteur et Vice-chancelier de l’Université de Sudbury.

Lettre à l'éditeur - Une angoisse identitaire et culturelle profonde traverse présentement la majorité linguistique au pays, colorant notamment le débat politique canadien alors que plane une menace d’annexion et d’intégration du pays dans le giron américain. C’est un enjeu auquel les francophones du pays sont trop bien familiers.

Université de Sudbury : un accélérateur du développement de la francophonie dans le Nord
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Des choix à l’horizon

En Ontario, le choix a été de rejeter la prémisse de la menace du Sud et de choisir de faire croître la province. Elle cherche notamment à développer le nord de l’Ontario en ce sens. Du côté fédéral, l’enjeu sera de générer une réponse cohésive et collective qui peut rejoindre des régions disparates et distinctes sur les plans économique et culturel autour d’une vision commune.

Il importe de rappeler que la réponse au malaise identitaire de la majorité linguistique se trouve dans les particules élémentaires qui forment le pays. Le bilinguisme plurinational du Canada, fondé sur le socle de trois traditions sociétales, francophones, autochtones et anglophones, a permis de construire une société canadienne qui la distingue du concert international des pays.  

Il importe donc d’insister pour que la francophonie joue un rôle de premier plan dans la défense de nos acquis et la croissance de notre pays. Les institutions du fait français, comme l’Université de Sudbury, doivent répondre à l’appel et prendre une action concertée, afin de s’assurer que la francophonie puisse prendre sa juste place dans le Nord, en Ontario et à l’échelle du pays. 

Une différente crise existentielle en Ontario français

Il existe malheureusement des enjeux systémiques qui pèsent lourdement contre cette francophonie. Statistique Canada brosse un portrait inquiétant de la vitalité linguistique dans le Grand Sudbury. En effet : seulement 15,4 % des francophones de 15 ans et plus de la Région métropolitaine de recensement (RMR) du Grand Sudbury détiennent un grade universitaire, comparé à 30 % des Ontariens et 25,7 % des Franco-Ontariens. Dans la RMR de Moncton, c’est 27,7 % des francophones de plus de 15 ans qui détiennent un grade universitaire. 

Qui plus est, à Sudbury, l’utilisation du français à la maison a chuté de 48,7 % entre 1971 et 2021. Le nombre de personnes ayant le français comme langue maternelle a pour sa part diminué de 25,3 %, alors que la population de langue anglaise a cru de 6,4 %. Plus inquiétant toujours : la connaissance des langues officielles est en déclin. L’écart est clair. La francophonie dans la région est soumise à des enjeux systémiques qui menacent non seulement sa survie, mais l’empêchent de jouer son plein rôle dans la croissance du Nord. Ce grave écart nécessite une mobilisation institutionnelle et communautaire forte pour redresser la situation.

Il y a une lueur positive : les francophones bilingues gagnent plus en salaire médian que leurs compatriotes, preuve que la francophonie économique a un potentiel réel dans la croissance du Nord.

uSudbury : accélérateur du développement de la francophonie économique et culturelle

C’est précisément ce rôle d’accélérateur du développement de cette francophonie économique et culturelle que l’Université de Sudbury est appelée à jouer. Sa charte unique lui permet une flexibilité incomparable dans le secteur pour reconnaître les acquis et pour développer rapidement des programmes axés sur les besoins du milieu. Son modèle de partenariats multiples et sa proximité avec les réalités du Nord lui permettent de se positionner comme un levier stratégique pour propulser les talents francophones et francophiles de la région.

Avec plus d’un million de dollars en bourses, un accès à des résidences modernes et des programmes conçus pour valoriser les acquis, reconnaître les parcours et développer des compétences directement liées aux besoins du marché, uSudbury devient un espace où les étudiants francophones et francophiles peuvent accélérer leur développement, leur employabilité et leur capacité à s’établir durablement dans la région.

Dans un contexte de bouleversements économiques et de transformations rapides du marché du travail, l’Université de Sudbury offre aux francophones du Moyen-Nord les outils pour rivaliser avec leurs pairs, ici comme ailleurs en Ontario. Surtout, elle devient un moteur essentiel pour renforcer la résilience, la prospérité et l’ancrage de la francophonie dans le développement du Nord — et, ultimement, pour inverser les tendances démographiques et économiques qui pèsent sur l’avenir du fait français dans la région.

 

* Serge Miville est recteur et Vice-chancelier de l’Université de Sudbury