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le Dimanche 27 avril 2025 6:45 Société

«Il est presque impossible de faire l’histoire de Sudbury sans croiser celle des Jésuites»

De gauche à droite : le Père Ronald Perron, Pierre Riopel et Marc Despatie.
De gauche à droite : le Père Ronald Perron, Pierre Riopel et Marc Despatie.

L’Université du troisième âge a rendu un chaleureux hommage à la communauté des Jésuites, et tout particulièrement au père Ronald Perron, s.j., lors de son dîner-causerie tenu début avril au Collège Boréal.

«Il est presque impossible de faire l’histoire de Sudbury sans croiser celle des Jésuites»
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Pour l’occasion, l’UTA a organisé deux événements, soit une causerie de Marc Despatie, directeur des communications et des relations gouvernementales du Collège Boréal, qui portait sur l’historique des Jésuites, en plus d’une session de questions-réponses entre le père Perron et Pierre Riopel, ancien enseignant et administrateur scolaire, ainsi qu’ancien président du Collège Boréal.

«Il est presque impossible de faire l’histoire de Sudbury sans croiser celle des Jésuites et de voir leur influence», a déclaré en ouverture Marc Despatie. En effet, leur histoire dans la région remonte au tout début de Sudbury, en 1881-1882, lorsque cette communauté n’était qu’un campement du Canadien-Pacifique, qui construisait alors le chemin de fer qui allait aboutir en Colombie-Britannique. Les pères Jésuites, sous la direction du curé Nolin, ont tôt fait de décider d’y demeurer en permanence en établissant la paroisse Sainte-Anne-des-Pins, en 1883, avec une chapelle qui abritait, dans son sous-sol, une première école.

À la même époque, le Canadien-Pacifique leur a octroyé un terrain de 300 acres du lot 5, de la concession numéro V, du canton de McKim, un terrain qui deviendra au XXe siècle le Moulin-à-fleur. En plus des habitants de ce quartier auxquels ils vendront des terrains, les Jésuites ont établi l’école St-Louis de Gonzague et le Collège du Sacré-Cœur en 1913. Ils ont aussi demandé à la communauté religieuse des Sœurs grises de la croix de venir établir l’hôpital St-Joseph en 1898.

La naissance des institutions 

En plus de la paroisse Ste-Anne, les pères Jésuites sont aussi responsables de l’établissement de paroisses dans la Vallée où une importante population canadienne-française s’était établie sur des fermes. Ils développent de plus des organisations de tout genre tels la Société St-Jean Baptiste et le Club canadien-français. Le Collège du Sacré-Cœur pour sa part a formé non seulement des prêtres pour diriger les paroisses environnantes, mais aussi une élite composée de médecins, d’avocats, de dentistes d’hommes d’affaires et d’enseignants qui ont meublé les institutions de langue française de la région de Sudbury. En 1957, ils fondent aussi l’Université de Sudbury qui, avec les universités Huntington et Thorneloe, constituent les bases de l’Université Laurentienne.

«Les Jésuites, c’étaient donc des acteurs en communauté, en société», a rappelé Marc Despatie.

«Ils négociaient avec les premiers ministres, les élus de la ville. Ils ont été des moteurs et des promoteurs de la communauté en participant à la fondation de l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario en 1910, la Société historique du Nouvel-Ontario en 1942, le Centre franco-ontarien de folklore en 1972, le Centre des jeunes en 1950, devenu le Carrefour francophone en 1989. Ils ont aussi participé à la fondation et à la survie du journal Le Voyageur».

En somme, «il s’agit d’une présence continue à Sudbury pendant 140 ans», a conclu M. Despatie. 

«Nous devons une lourde dette aux Jésuites qui quitteront la région en juin de cette année».

Le brunch de l’UTA.

Les souvenirs du Père Perron 

Lors de la deuxième partie de cette causerie, M. Riopel a interrogé le père Perron qui est originaire d’Astorville dans la région de North Bay. Ses parents étaient propriétaires d’une petite ferme, d’un magasin général et d’un abattoir. De plus, son père vendait du bois de pulpe à l’usine de papier à Sturgeon Falls, du bois qu’avaient coupé les fermiers des environs d’Astorville.

Le père Perron est entré au Collège du Sacré-Cœur en 1952 à la suite de ses frères Réal et Camille (le conteur). Il se souvient d’un voyage qu’il avait entrepris avec son collègue Richard Riopel de Sudbury à St-Benoît du lac, un voyage accompli dans une journée en faisant «du pouce». 

«Nous nous sommes dit que c’était l’Esprit-Saint qui nous avait guidés», a-t-il raconté. 

De ses années au Collège, il se souvient de la piste et de la pelouse où il allait souvent marcher, des fêtes de Dollard des Ormeaux en mai et d’un feu qu’il y avait en compagnie de gens du Moulin-à-fleur, qui venaient participer à des chants autour du feu. «Je me souviens de cette belle ambiance, et aussi d’apprendre à écrire, à parler, de l’amitié et de la présence, matin et soir, dans la chapelle. Ça a été des moments paisibles et réconfortants», a-t-il poursuivi.

Après son noviciat, il a enseigné des cours formels d’éducation physique au Collège. Après sa formation, il a enseigné à l’École secondaire Macdonald-Cartier, avant de devenir secrétaire-général de l’Université de Sudbury, doyen des étudiants et directeur de la résidence. «J’ai fait beaucoup de pastorale à l’Université de Sudbury, accompagné d’un groupe de jeunes, gars et filles, qui se sont engagés dans la pastorale».

Quant à sa philosophie de l’éducation, «c’est d’apprendre à apprendre. Mais l’éducation ce n’est pas seulement le savoir, c’est la formation de la personne toute entière – le corps, les émotions, l’esprit – qui doit apprendre à gérer sa liberté, les relations humaines», a-t-il dit. 

«La formation de la personne, c’est d’être libre et intelligent pour aimer. Retrouver la liberté pour aimer, c’est ce qui est fondamental et, pour moi, je me souviens quand j’étais dans la quarantaine, ça m’a pris du temps pour retrouver cette liberté-là, car on est toujours ‘’pogné’’ par nos passions, nos obsessions et nos préjugés. C’est ça que Jésus nous rend, il nous rend la liberté. Il faut avoir l’humilité de la lui demander», a-t-il conclu.