le Jeudi 4 juin 2026
le Samedi 26 juillet 2025 13:00 Société

Bâtir une communauté agricole nordique, une étape à la fois

  Photo : Capture image
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L’histoire fascinante des premiers agriculteurs à taquiner la terre dans le nord de la province fait l’objet d’un livre intitulé Building a Northern farming community- one step at a time, de l’auteure Joyce Beauchamp. Le bouquin retrace la vie agricole dans la région de West Nipissing et le parcours des premiers agriculteurs et éleveurs, dont une grande partie était francophone.

Bâtir une communauté agricole nordique, une étape à la fois
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«Sudbury comptait une énorme population de travailleurs des mines », raconte-t-elle, « et à l’époque, on devait faire venir le lait du sud de la province. En été, le lait tournait et en hiver, il gelait. On a donc encouragé l’établissement de fermes laitières. À une époque, on en comptait 400; aujourd’hui, il n’en reste que deux.»

À la retraite, Joyce quitte la région de Barrie pour s’installer à West Nipissing, où elle entreprend une carrière dans l’immobilier. Rapidement, elle remarque la présence de belles granges qui semblent toutes avoir une histoire à raconter.

«Je me suis rendue à la Coop régionale et on a lancé l’idée de faire un calendrier avec les photos de 79 granges de la région. J’ai approché les agriculteurs et j’ai réalisé qu’ils détenaient chacun un bout d’histoire qu’il fallait absolument consigner pour la postérité. Après le projet de calendrier, j’ai entrepris de rencontrer une trentaine d’agriculteurs et j’ai recueilli leurs propos », indique-t-elle.

Ainsi commence un voyage dans le temps. Au fil des pages, on apprend que l’office de commercialisation du lait qui régit les producteurs canadiens est né ici. Que des agriculteurs québécois incapable de trouver des terres dans leur province natale se sont expatriés aux États-Unis, avant d’être invités à s’établir dans le nord de l’Ontario par un curé de Verner. Et que beaucoup d’idées nouvelles en agricultures dans la région sont venues d’une femme, Janet Parson, qui aime faire les choses différemment.

Climatosceptique, Joyce n’en rapporte pas moins les propos d’agriculteurs qui ont été témoins du réchauffement climatique qui affecte le nord: « Un agriculteur me racontait que plus jeune, il faisait du ski de fond dans son champ en octobre; aujourd’hui, il cultive du maïs, du canola et des fèves de soja. »

Normand Delorme est de ceux qui ont livré un témoignage pour la rédaction du livre. Propriétaire de la ferme Nordia -contraction de Normand et Diane, son épouse-, il est lui-même fils et petit-fils d’agriculteur.

« Mon grand-père Herménégilde a quitté Clarence Creek dans l’Est de la province pour s’établir ici dans la région. Mon père a eu une ferme à Sturgeon Falls, qui est maintenant à mon frère. De mon côté, j’ai travaillé comme mécanicien agricole diplômé avant d’acheter une ferme au Québec. Ça a duré trois ans, puis on a eu le mal du pays et on est revenu à Verner. »

À l’époque de son grand-père, les colons obtenaient 50$ du gouvernement s’ils défrichaient une dizaine d’acres par année et éventuellement, ils obtenaient la propriété de leur terre.

« Mon grand-père a été parmi les premiers à avoir une auto et un tracteur dans le coin », dit-il. « Mon père a acheté une ferme avec deux chevaux et une dizaine de vaches et il a augmenté le nombre de têtes quand les quotas de lait sont arrivés. »